HÉRÉTIQUE

Heretic – Etats-Unis – 2024
Genre : Thriller
Dessinateur : Charlie Adlard
Scénariste : Robbie Morrison
Nombre de pages :
Éditeur : Delcourt
Date de sortie : 22 janvier 2026
LE PITCH
Ce thriller historique aux accents d’horreur et de surnaturel se concentre sur la relation entre le docteur, chevalier, avocat, occultiste, philosophe et magicien Cornelius Agrippa et son jeune élève Johann Weyer alors qu’ils enquêtent sur une horrible série de meurtres à Anvers au XVIe siècle.
Le sorcier et le culte
Les deux auteurs de La Mort Blanche se retrouvent pour une nouvelle chronique « historique » à l’univers des tranchées de la der des ders succède celui de l’Europe du XVIe Siècle au carrefour d’un éveil humaniste et de l’obscurantisme religieux. Au célèbre Cornelius Agrippa et son jeune élève d’y apporter leurs lumières.
C’est une histoire qui trotte dans la tête du scénariste britannique Robbie Morrison (Judge Dredd, Doctor Who, Shakara…) depuis quelques années, fasciné par la figure ambiguë du fameux Agrippa, philosophe, théologien et homme de science que beaucoup imaginèrent aussi sorcier et hérétique. Beaucoup de légendes et de mystères persistent autour de cette figure mystérieuse, mais ses affrontements directs avec la fameuse inquisition sont tout à fait avérés, comme sa réussite lors d’un procès à extirper de leurs griffes une jeune femme accusée de sorcellerie et promise au buché. Ici, fraichement rejoint par son disciple Johann Weyer (qui a véritablement existé lui aussi), il devient par la force des choses une sorte de Sherlock Holmes de son temps, engagé par l’Église pour enquêter sur la mort spectaculaire de l’un de ses curés, retrouvé crucifié sur la croix de l’église de la ville. Le départ d’un long cheminement à travers les différentes strates de la cité, de la Guilde des bouchers au ghetto juif en passant par les tavernes mal famées et les arrières-courts de l’ordre catholique, alors que l’inquisition vient elle-même mener sa guerre sainte dans les rues et multiplie les enlèvements et les tortures. Si le cadre du récit enveloppe toute la cité d’Anvers, alors propriété des Pays-Bas et considéré comme l’un des ports les plus fructueux d’Europe, il est impossible de ne pas retrouver une partie de l’ambiance étouffante, oppressantes et inquiétante de l’incontournable Le Nom de la Rose de Umberto Eco.
Les Vampires d’Anvers
Ici aussi les différents crimes perpétrés, viennent faire écho à une montée de l’obscurantisme et les diverses confrontations utilisent moins l’épée que le débat théologique et moral pour leurs résolutions. Une influence totalement assumée par l’auteur mais dont les évènements et les révélations ont sans doute beaucoup plus à voir cependant avec un contexte contemporain. Si l’enquête est parfaitement orchestrée et relève d’un polar historique tout à fait solide et sérieux, elle est surtout l’occasion de rappeler comment certaines autorités montent les hommes les uns contre les autres, utilisent la peur pour assoir leur contrôle et fustigent les différences (religieuses mais pas seulement) de tous les maux. La réflexion est d’une pertinence implacable, mais si le scénariste amène le parallèle avec une certaine discrétion, certains dialogues finaux échappent de peu à la démonstration un peu lourde.
Même si une silhouette digne d’un giallo se trimbale dans les ruelles et que certaines mises en scène peuvent rappeler L’Exorciste III, Hérétique est une bande dessinée on ne peut plus concrète, crédible et ancrée dans une réalité qui peut s’avérer tout à fait monstrueuse. Le choix de Charlie Adlard (Damn Them All, Savage…) pour le mettre en image semble rapidement tout à fait évident. L’artiste de The Walking Dead apporte son trait réaliste et détaillé, offre des visions architecturales précises mais qui glissent volontairement vers le gothique et surtout travail un noir et blanc contrasté, une opulence de détails et d’ombres qui ajoutent constamment à la sensation d’étouffement du récit. Les deux passages en couleurs (avec une invasion d’un rouge sang du meilleur effet) et les quelques visions tout à fait macabres (hallucinations, découvertes des corps, tortures échappées d’un Roger Corman…) rappellent tout le talent qu’à l’artiste pour célébrer l’horreur en bande dessiné. Une réussite.




