REQUIEM – CHEVALIER VAMPIRE T.1

France – 2025
Genre : Action, Horreur, Fantastique
Dessinateur : Seban
Scénariste : Victor Santos
Nombre de pages : 228
Éditeur : Glénat
Date de sortie : 21 janvier 2026
LE PITCH
Fauché par la mort, Heinrich se réveille amnésique sur Résurrection, un monde où le temps et les terres se sont inversés. Adoubé chevalier vampire sous le nom de Requiem, le voici projeté au cœur d’un conflit entre vampires et autres créatures démoniaques. Alors que ses premiers exploits s’écrivent dans le sang, une obsession le guide : retrouver Rebecca, quelle que soit sa réincarnation…
Sang nouveau
Fleuron de la BD Dark Fantasy européenne, la saga Requiem Chevalier Vampire revient ! Non pas pour un treizième tome imaginé par ses créateurs, Patt Mills et Oliver Ledroit, mais sous la forme d’un manga. Une réinvention presque totale de la série qui confirme que les forces du chaos n’ont décidément aucune limite.
La série fut au départ éditée en toute indépendance par les deux auteurs dans leur propre maison d’édition Nickel, puis repris pour plus de confort par Glénat qui s’empressa de rééditer l’intégralité des onze albums pour mieux préparer l’arrivée du 12eme et inédit La Chute de Dracula. Une résurrection pour les fans après 10 ans d’attente, mais qui cachait une autre surprise : la reprise de la série au format manga. Non pas simplement un jeu de maquettiste ou de réorganisation, mais bien une ré-imagination complète de la série initiale sous une nouvelle forme narrative. Naturellement les deux auteurs originaux surveillent et conseillent la manœuvre comme des Producteurs Exécutifs le feraient au cinéma, mais ce sont deux nouvelles signatures qui s’emparent de la saga de Heinrich qui se réveille comme futur Chevalier Vampire sur Résurrection, monde infernal, violent et chaotique, construit comme une inversion de celui des vivants. Se découvrant presque chaque jour de nouveaux pouvoirs de guerriers sanguinaires, mais aussi quelques bribes de souvenirs de sa vie d’avant, Requiem trouve peu à peu sa voie dans la hiérarchie dominante des lieux, se découvre quelques alliés féroces, et plonge très rapidement dans la bataille. Ici une horde de femme goule pirate particulièrement furax qui donne lieu à un combat aérien épique et démesuré.
La fièvre après la mort
Les vieux lecteurs reconnaitront immédiatement la trame et les personnages de Patt Mills, car Victor Santos (Sukeban Turbo, Violent Love, Young Ronins…) se montre naturellement très fidèle à son modèle, autant dans le ton général que la profusion de détails d’un univers fastueux et baroque. Mais on note cependant déjà dans ce premier tome des variations de rythme, avec des affrontements plus longs pas si loin de l’énergie du shonen, ainsi qu’une mise en avant sans doute plus poussée du romantisme tragique qui nourrit la quête personnelle de Requiem. Santos ne trahis jamais la BD mais y apporte ses propres petites touches plus personnelles, le pince sans rire très british de Patt Mills laissant par exemple beaucoup plus place à de l’humour plus décalé, plus manga justement. Le travail était à ce titre peut-être encore plus compliqué pour le jeune illustrateur Seban, bolivien ayant fait ses premières armes du coté des webtoon, et qui devait réussir à succéder au fastueux et décadent Olivier Ledroit sans se faire écraser par ce dernier. C’est peut-être ce qui impressionne le plus à la lecture du volume : tout en évoquant constamment un même univers totalement baroque et délirant, barbare et corrompu, il se le réapproprie magnifiquement par un travail rigoureux sur les détails (architectures, armures, vaisseaux infernaux…), une maitrise impressionnante du noir et blanc et sans doute aussi une forme moins rigide, moins gothique dans ses compositions, apportant une énergie nouvelle et sans doute plus accessible pour les nouveaux lecteurs. L’artiste a énormément de talent, une touche vraiment à lui, qui insuffle alors une vision plus décontractée et certainement beaucoup moins glauque de Requiem.
Une nouvelle version de Requiem Chevalier Vampire que personne n’attendait, mais qui dépasse assez facilement le simple argument commercial (toucher un nouveau lectorat) pour aboutir à une proposition inédite, visuellement impeccable, pont réussi entre deux écoles, sans sacrifier son identité.



