HENRI DÉSIRÉ LANDRU

France – 2006
Genre : Drame
Dessinateur et scénariste : Chabouté
Nombre de pages : 144 pages
Éditeur : Vent d’Ouest
Date de sortie : 10 juin 206
LE PITCH
En 1922, Henri Désiré Landru est reconnu coupable de l’assassinat de 10 femmes et d’un homme. De la fumée nauséabonde se dégageait de la cheminée de sa villa de Gambais… On y a récupéré une cuisinière dont les tuyaux avaient beaucoup servi… Malgré deux ans d’instruction acharnée, personne ne réussit à faire reconnaître ses crimes à Landru… Il n’avoua rien. Aucun cadavre ne fut retrouvé…
Plus que des cendres…
C’est l’un des incontournables de la riche œuvre de Chabouté (Purgatoire, La Bête, Tout seul…) qui revient au format poche chez Vent d’Ouest. L’occasion de replonger dans cette relecture étonnante de l’un des faits divers les plus retentissants de l’Histoire française.
Petit homme à la barbe pointue et au regard profond, Landru a été reconnu coupable de l’assassinat de onze femmes. Des femmes esseulées qu’il avait séduites, attirées dans sa maison de campagne puis assassinées, découpées et incinérées partiellement dans son fameux four. Des faits avérés… Oui mais et si les véritables évènements s’étaient passés autrement ? Ici Chabouté joue avec un fait divers sordide connu de tous et le fait dévier des éléments reconnus pour leur donner un nouvel écho, une nouvelle vérité. Un récit qui démarre désormais dans les tranchés de la Première Guerre mondiale auprès de Paul, un soldat qui fera tout pour échapper au conflit mais finira gueule-cassée. C’est lui qui, avec sa compagne, va transformer la petite arnaque de Landru, volant jusque-là argent et bijoux à ses victimes, en véritable massacre sordide, menaçant le petit bonhomme de le donner aux policiers (il est recherché pour quelques truanderies depuis longtemps) ou de mettre fin aux jours de ses enfants. Plus questions de simplement voler quelques pièces et celles qui normalement par un jeu de mise en scène devaient finir par s’enfuir pour un pays lointain, se font éliminer dans un but bien plus malsain…
Plus que des cendres
La force du récit est que malgré son glissement progressif dans l’horreur et, disons-le, vers des biais de plus en plus fantasques, entre roman de gare et complot d’état, l’auteur réussit toujours à garder une fibre plausible, concrète. Sans doute parce que ce revirement s’ancre totalement dans le contexte et les ténèbres de l’époque, confirmant finalement ce conflit absurde entre les nations européennes comme le berceau aussi de cette horreur-là. Des meurtres qui par une volontaire redondance dans les illustrations et le découpage, deviennent presque coutumiers, ordinaires, factuels, annonçant par quelques fumées noires d’autres évènements plus terribles encore à venir. Chabouté offre un pont audacieux entre deux époques, reliées ici constamment par la mort et l’inhumanité ordinaires de ses personnages. Plus encore que d’habitude sans doute grâce au contexte historique, la visites dans un Paris de début du siècle, les planches de l’artiste renvoient régulièrement à la ligne nette de Tardi, mais le noir et blanc extrêmement tranché et contrasté se rapproche lui plus ouvertement du talentueux Comes. Deux grandes références sous lesquels ne ploie jamais Chabouté qui y trouve sa propre sensibilité, plus noire, plus acérée, plus réaliste, réussissant peu à peu, par ses plans resserrés et la justesse du trait à capturer une certaine humanité derrière les regards absents et les célèbres silences du fameux Landru.



