LA VILLE DONT IL NE RESTE RIEN

France, Italie – 2026
Genre : Drame
Dessinateur : Sergio Varbella
Scénariste : Valentina Grande
Nombre de pages : 168 pages
Éditeur : Pictavita
Date de sortie : 3 juin 2026
LE PITCH
Vienne, 1950. Fritz mène une vie morne et solitaire qu’il occupe entre son travail d’employé de bureau et la confection de la maquette de Vlastrod, son village natal, rasé durant la guerre en représailles à des actions de résistance. Seul survivant, Fritz s’est donc donné pour mission de faire perdurer la mémoire du village à travers sa version miniature… et de découvrir ce qui a pu rendre une telle catastrophe possible. Mais bientôt, la découverte d’une autre survivante va ébranler les certitudes du jeune homme…
Mémoires de guerre
Récit imaginaire mais inspiré par la véritable tragédie de Lidice, ville tchèque rayée de la carte par l’armée allemande, La Ville dont il ne reste rien se demande ce qu’il peut rester à ceux qui ont tout perdu. Une mémoire oui, mais qui inévitablement trompe et se dilue avec le temps.
L’album débute comme un récit de rien, de pas grand, chose, d’un homme parmi d’autre qui traverse les rues de Vienne entre son appartement et son lieu de travail. Une figure solitaire, silencieuse, triste, qui effectivement ne « vit plus » depuis qu’il a découvert les ruines de Vlastrod, sa petite ville d’origine, rasée du jour au lendemain par les envahisseurs nazis. Il a tout perdu ce jour-là, sa famille, ses racines et un sens à donner à son existence. Le récit a donc effectivement parfois tout d’une enquête, sur la trace du moindre indice d’une persistance de ces lieux, d’une recherche d’un coupable qui aurait donné la cellule résistante qui se cachait sur place ou d’une autre survivante… mais c’est surtout finalement un voyage où le point de vue intime devient, par son encrage dans l’Histoire et la réalité, universel et se confronte au monde qui nous entoure, à notre passé collectif. Il ne faut dès lors pas s’attendre à un rythme trépidant, à la mise en place d’un suspens haletant voire à quelques révélations fracassantes, l’autrice Valentina Grande (Les Nageuses de minuit, Bauhaus…) cultivant justement un récit en notes mineurs, aux dialogues essentiels, à l’action absente et constamment construit autour du regard perdu de ce pauvre Fritz qui doit apprendre à se libérer de la culpabilité du survivant pour trouver un nouveau chemin.
Les rues sans fond
Très belle idée d’ailleurs de marier ce puzzle intérieur avec l’authentique installation The Imaginary Town of an Unconscious Architect reconstitué par l’artiste Oliver Croy à partir de sa découverte de plus de 300 miniatures urbaines en papier abandonnées dans un sac poubelle. Dans La Ville dont il ne reste rien ces maisons, ces bâtiments et ces rues ne sont pas tout à fait anonymes et permettent au protagoniste de faire subsister la ville perdue tout en restructurant sa mémoire. Entre l’outil et l’obsession en forme d’hantise cette grande maquette contamine jusqu’à l’art séquentiel de Sergio Varbella (déjà présent sur Bauhaus) qui en déconstruit régulièrement le quotidien réaliste en emboitant les éléments descriptifs, les errances de la pensées, les souvenirs, les rêves et les inserts divers dans un casse-tête graphique qui trouve alors toute sa pertinence. Son trait simple et délicat, l’omniprésence d’aplats et de lignes directes et épaisses proposent une proximité directe avec le lecteur, sans encombrements ou fioritures envahissantes, laissant les émotions et l’humanité affleurer, jusqu’à cette conclusion douce et poétique ouvrant sur cette idée salvatrice qu’une guérison est toujours possible.
Un très joli album, touchant, et qui plus d’une fois met en image les notions de souvenirs, de vérité et de deuil avec beaucoup de justesse.




