THE DARK KNIGHT RETURNS : THE GOLDEN CHILD

États-Unis – 2018
Genre : Super-héros
Scénariste : Frank Miller
Illustrateur : Rafael Grampa
Nombre de pages : 136
Éditeur : Urban Comics
Date de Sortie : 18 septembre 2020
LE PITCH
Alors qu’une élection approche et provoque un soulèvement sans précédent au sein de la population de Gotham, Batwoman, Superwoman et son jeune frère, le fils de Superman et Wonder Woman, tentent de lever le voile sur la panique qui s’empare des citoyens de la ville. Car, derrière le candidat populiste se cache le seigneur d’Apokolips, le maître de l’Anti-Vie, Darkseid !
« The Future is Young »
Revenu des limbes après quelques années d’errances, Frank Miller ne lâche plus son univers The Dark Knight Returns. Dernier chapitre en date, The Golden Child est non pas un hommage à la carrière d’Eddie Murphy mais bien un one-shot enragé célébrant une nouvelle génération prête à prendre les armes.
Cette notion de passation de pouvoir, de remise en main des responsabilités et d’un regard de moins en moins admiratif de la jeunesse envers une génération qui a laissé le monde s’effondrer, est l’une des réflexions qui nourrit The Dark Knight Returns depuis le début, et qui en particulier servait de point d’orgue d’un The Dark Knight Strikes Again franchement furieux et toujours trop sous-estimé. Conscient sans aucun doute que les charges politiques qui animent ses BD depuis des lustres (et on écarte gentiment son passage post-traumatique) sont tristement toujours d’actualité, il rebondit ici sur les évènements décrits dans le troisième opus, The Master Race, et surtout l’apparition de nouvelles incarnations plus jeunes, pour signer un nouveau manifeste pour un changement de direction. Le fait qu’avant même la publication du titre la Chine ait cru percevoir dans une simple illustration montrant la nouvelle Batwoman brandir un cocktail molotov, un soutien aux manifestations de la communauté hongkongaise, subodore qu’il a déjà visé juste. S’il ne vise pas la dictature chinoise proprement dite, Miller élabore tout de même un état des lieux peu jouasse, et fait de nouvelles élections présidentielles américaines, l’une des étincelles qui fait exploser les rues de Gotham. Un évènement démocratique noyés sous les vociférations des médias, sous les fakes news des réseaux sociaux et les déclarations délirantes d’un gouverneur ressemblant trait pour trait à Donald Trump.
Kids United
Un pantin au service du mal absolu, la folie irresponsable personnifiée par un nouveau Joker, la pulsion de mort fasciste personnifiée par un colossal Darkseid, démiurge mégalo qui va se heurter à trois nouveaux héros lassés de voir le monde s’effriter. Le retour en force de l’excellente Carrey Kelley (ex-Robin, ex Batgirl) désormais Batwoman plus vindicative et efficace que son modèle, et les enfants de Superman et Wonder Woman, super-héros surpuissants jouant sur la dualité entre le regard froid porté sur l’humanité et la patience bienveillante face à une espèce qui ne peut que progresser apporte un vrai souffle nouveau. Miller exhorte ses personnages, et toute la vague post millenials, à reprendre le pouvoir et à se débarrasser des vieux modèles… la présence éclair d’une certaine Greta Thunberg n’ayant bien entendu rien de gratuit. Tout cela sur fond de poursuites dans les rues de Gotham, de combats à mains nues et de duels apocalyptiques. Forcément Frank Miller n’offre pas un comic plein de subtilité mais fonce dans le tas comme un gros bourrin pratiquant toujours aussi joyeusement la BD propagandiste. D’autant plus bourrin que The Golden Child est un récit qui ne se développe qu’en une quarantaine de pages pleines à craquer (d’où l’ajout de l’intégralité des planches en noirs et blancs et d’une galerie de couvertures bonus pour l’édition). Forcément moins ample et complexe que le chapitre précédent, cet épilogue tonitruant et chaotique n’en est pas moins assez réjouissant, surtout que les illustrations et le découpage sont signés par l’excellent dessinateur brésilien Rafael Grampa (Voodoo Child, The Massive, Catalyst).
Un mélange survolté et ébouriffant de Moebius, Otomo et Quietely qui retrouve la fougue des premières œuvres de Frank Miller avec une finesse et une énergie rare. Si bien entendu à la manière d’Andy Kubert sur The Master Race, il se plie docilement aux formes, poses et iconisations de l’auteur, il réussit à y imposer tout autant sa marque, plus moderne et vibrante, signifiant que là aussi la relève est prête.



