DONJON ANTIPODES + 10000 : RUBÉUS KHAN

France – 2020
Genre : Fantastique, Humour
Scénaristes : Joann Sfar, Lewis Trondheim
Illustrateur : Vince
Nombre de pages : 48
Éditeur : Delcourt
Date de Sortie : 02 septembre 2020
LE PITCH
Pour lutter contre l’invasion des démons géants surgis des entrailles de Terra Amata, l’oncle de Robert a créé une usine de robots géants prêts à les affronter. Robert, lui, est gardien de nuit dans cette usine. Un travail plutôt tranquille jusqu’au jour où il est accusé de sabotage. Mais le jeune homme est bien décidé à faire la lumière sur son innocence.
Bleu canard
Donjon Antipodes – 10000 revenait aux origines de Terra Amata à l’aube des temps et par le regard humide d’un cabot en quête de son maitre. Donjon Antipodes + 10000 fait découvrir au lecteur ébahi un futur des plus contemporains et un canard râleur prêt à tout casser pour retrouver son fils. 20000 ans d’écart mais l’esprit Donjon reste le même !
L’idée première de Sfar et Trondheim, illustres créateurs de cette féériques saga, était certainement d’explorer plus avant leur distingué univers, mais surtout de bousculer un peu leur habitude. Changer de personnages, de décors, de situations et de genre. Antipodes -10000 se rapprochait ainsi plus que jamais de la Fantasy à la Tolkien, tout en préservant cet humour délirant et cette ironie mordante indispensable. Antipodes + 10000 va plus loin encore au donnant à Donjon les teintes d’un pur produit des années 80. Kwak ? Bienvenu dans le futur de Terra Amata, royaume désormais aux allures de cité industrielle, voir de banlieue grisâtre, où le descendant d’Hervet, soit le grand Khan, est un pauvre gardien de nuit dans l’entreprise de son oncle, peinant à joindre les deux bouts. Tombant malgré lui dans un traquenard politico-industriel digne d’un polar français avec Gérard Lanvin, ce canard rouge vif, bien trop impulsif pour son bien se fait envoyer par son oncle richissime (normalement ça résonne un peu là) en prison tandis que son fils est récupéré par les services d’état, futur petite main dans les mines ou matraqueur dans la police.
Ça casse trois pattes
Une question de survie, une place qui se reconquiert grâce aux poings et une résistance qui s’affirme dans les bastons organisées avec la bienveillance des matons. Une fable sociale en sommes, âpre et violente. Enfin presque, puisque tout cela implique aussi des robots géants construits pour défendre la ville contre des monstres géants venus du magma, une alliance avec un gangster local et beaucoup, beaucoup de castagnes. L’arrivée de l’illustrateur Vince (Now Future, Density) sur le titre est une vraie gageure puisqu’il apporte une niak inédite, un coté rentre-dedans qui fonctionne à merveille, totalement à l’image de son anti-héros, version bodybuildée d’un célèbre canard de cartoon, portant un marcel comme Bruce Willis, constamment tiraillé entre ses colères incontrôlables, sa vengeance personnelle et une certaine tendance à sauver le monde malgré lui. Accompagné par l’ours Mimi, imposante saute-au-paf mais tueuse sans état d’âme, Rubéus Khan ouvre fièrement la voie à une nouvelle ère resplendissante pour Donjon.
Un croisement improbable et irrésistible de Goldorak, Claude Chabrol, Audiard, Walt Disney et d’actionner ricain, toujours affirmé par ce sens du décalage et du politiquement carrément pas correcte qui fait un bien fou par là où ça passe. Même quand ça tombe un peu à coté.



