LES MYSTÈRES DE HOBTOWN T.1 : L’AFFAIRE DES HOMMES DISPARUS

Hobtown Mystery Stories 1 : The Missing Men – Canada – 2017 / 2024
Genre : Policier
Dessinateur : Alexander Forbes
Scénariste : Kris Bertin
Nombre de pages : 312
Éditeur : Delcourt
Date de sortie : 26 mars 2026
LE PITCH
Dana Nance dirige le Teen Detective Club, un programme parascolaire agréé, dont les jeunes membres enquêtent sur tous les événements qui se produisent à Hobtown. Leur petit monde est bouleversé lorsqu’un véritable aventurier leur demande de partir à la recherche de son père disparu. Mais les choses se compliquent : le père de Sam est le sixième homme à avoir disparu cette année !
Les 4 As et la ville maléfique
Beaucoup, comme nous, sont sans doute passés à côté de la première publication en France de la série canadienne Les Mystères de Hobtown chez le tout petit éditeur Pow Pow. Quelques années ont passé, la couleur est apparue et c’est désormais Delcourt qui relance la traduction locale avec la première affaire de ces détectives du bizarroïde : L’Affaire des hommes disparus.
Amis d’enfance ayant grandi dans la Nouvelle-Écosse, à Halifax pour être exacte, Kris Bertin et Alexander Forbes se sont directement inspirés de leurs souvenirs de jeunesses, de leurs longues heures perdues dans les coins paumés du Canada, où l’imagination permettait d’habiller l’ennui. D’une certaine façon, Hobtown ressemble sans doute beaucoup à leur ville d’origine et l’étrange population qui l’habite, gars du cru, plèbe bien rustre, police lassée et petite bourgeoisie installée comme d’anciens seigneurs sur leurs vieilles terres, doit certainement tout autant au regard qu’ils portaient, ados, sur ces drôles de voisins aux comportements bizarres. Presque un petit voyage en soi, en tout cas un certain dépaysement qui fait bien souvent penser à la petite communauté d’une ville nettement plus célèbre : Twin Peaks. Un même milieu rural, une même image d’Épinal, identique aux brochures touristiques, une même profusion de personnages à la normalité trop apparente, où on réalise rapidement que des choses biens plus sombres et inquiétantes se meuvent sous la surface.
Le crime est leur affaire
Ici donc des hommes et une femme qui disparaissent sans raison apparente, sans laisser de trace, mais dont l’absence ne semble alarmer personne ou presque. En attendant, quelques étranges silhouettes cachées sous des cirés jaunes sont remarqués, un homme est surpris en train d’enterrer des ongles à l’orée d’une forêt, le maire et son acolyte chasse la nuit dans les parkings et certains auraient même vu une sorte de lutin difforme… Et tout cela à la veille de la très attendue Fête des pionniers, célébrant comme il se doit un massacre d’autochtones. Le surréalisme envahit un réel trop réel et distille une atmosphère aussi délirante qu’intrigante, invoquant autant l’esthétique noire et tranchante des neo-slashers des années 90 (période où se déroule les évènements d’ailleurs) que les procédés bien plus naïfs des romans d’aventures pour jeunes lecteurs. A l’instar de nombreux héros de la Bibliothèque verte, entre Le Club des cinq et Nancy Drew, Dana Nance et ses camarades lycéens, ont ainsi crée un club de détectives amateurs, habitués à mettre leur nez là où il ne faut pas, mais pas forcément à enquêter sur des morts véritables pour découvrir un culte secret enraciné dans le passé de la ville et gérer quelques visions médiumniques voir effrayantes. Le contraste entre le style graphique presque naïf et les textures hachurée et automnales, le ton bon enfant de nos charmants héros et quelques apparitions parfaitement grotesques, les surgissements du fantastique et un scénario policier particulièrement sophistiqué, donnent naissance à un album forcément des plus étranges et insolites.
Entre aventure adolescente, récit de corruption, délire parano et malédiction ancestrale, ce premier tome des Mystères de Hobtown permet de faire un premier pas alléchant dans cet univers qui est très loin d’avoir livré tous ses secrets. Cela tombe bien, Delcourt publiera prochainement le second tome, L’Hermite maudit, lui aussi déjà édité par Pow Pow mais cette fois-ci en couleurs, ainsi que les volumes 3 et 4 pour le coup totalement inédits chez nous.



