GREENLANDER T.1 : L’AIMÉ-DES-OURS

France – 2026
Genre : Aventure
Dessinateur : Przemyslaw Klosin
Scénariste : Christophe Bec
Nombre de pages : 56
Éditeur : Editions Oxymore
Date de sortie : 28 janvier 2026
LE PITCH
XVe siècle. Björn, dit l’Aimé-des-ours, mène une vie de solitude sur les hauteurs glacées du Groenland, en compagnie de son chien et de son faucon. Mais lorsqu’un prédateur mystérieux décime son troupeau, son destin bascule.
Au bout du monde
En parallèle de la sortie d’un album de la collection Thorgal Saga, La Déesse d’ambre, aux éditions Le Lombard, Christophe Bec propose une autre aventure viking chez Oxymore : Greenlander. Si le fantastique n’est jamais très loin, cette fresque là est cependant nettement plus ancrées dans les remous de l’Histoire.
Au début du XVème siècle le Groenland n’est plus la vaillante colonie Viking qu’elle fut pendant les siècles passés. La ruptures des ponts commerciaux, la prise de pouvoir de la Norvège et une vague de froid sans précédant qui rarifie terriblement la végétation et les denrées alimentaires, ne laissent plus quelques villages épars et isolés. Une époque s’éteint lentement alors que le peuple inuit, dit les skræling, se verrait bien enfin reprendre le contrôle de ses terres. Le productif et talentueux Christophe Bec (Carthago, Olympus Moon, Pandemonium…) s’empare de cet authentique, mais méconnu, épisode historique pour en faire une grande aventure civilisationnelle, récit d’un déclin et d’une fin annoncée, vu par le regard de Björn, homme solitaire, plus proche de la nature que de ses semblables, qui justement par son enfance compliquée aura connu autant une éducation autochtone que viking. Il ne voit cependant pas d’un très bon œil l’omniprésence d’une curée illuminé qui projette dans les multiples catastrophes (famine, maladie…) qui s’abattent sur le village de Bratthald les signes d’une vengeance divine, lui qui a justement appris à lire les signes pour ce qu’ils sont.
Qu’elle était verte ma vallée
Prévu en deux albums, Greenlander, pose pour l’instant ses marques et reste plutôt avare en grandes scènes spectaculaires, les batailles restants dans les souvenirs ou prenant plutôt le ton du récit d’un massacre de pauvres fermes éloignées par une armée sauvage non identifiée. L’auteur préfère installer ses personnages, disposer efficacement les enjeux de pouvoirs (moraux, religieux…) qui sous-tendent les décisions à prendre et surtout distiller une atmosphère de fin du monde. Ici la menace invisible de ces assaillants qui ravagent les troupeaux et déciment les colons est impalpable mais omniprésente, et le fantastique (comme l’horreur) n’est jamais loin de pointer son nez lorsque les rares récits de survivants décrivent une bête gigantesque qui dirigerait ces troupes. Déjà illustrateur d’une trilogie viking chez Anspach avec Jylland, le polonais Przemyslaw Klosin vient parfaitement donner corps à ce croisement entre un regard extrêmement réaliste et historique dans son décor et ses détails, et cette empreinte indélébile de vieilles croyances, de mythes et de peur primaires qui semblent parfois transformer la réalité. Le trait est fin et précis, l’encrage délicat, tandis que les très belles couleurs de Julia Pinchuk viennent constamment rehausser la force des décors (villages battus par les vents, paysages décharnés, mers déchainés…) et la fatigues de visages burinés qui sentent constamment le vécu et les anciennes cicatrices.
Une proposition des plus solides et prenante qui rappelle que les terres ne sont jamais aux hommes pour bien longtemps. Un sentiment d’éphémère qui devrait se concrétiser lors du prochain, et dernier, tome qui pour le coup devrait laisser plus de place cette fois-ci à la violence des batailles.




