UN ALLER SIMPLE

France, Italie, Espagne – 1971
Support : Bluray
Genre : Thriller, Policer
Réalisateur : José Giovanni
Acteurs : Jean-Claude Bouillon, Maurice Garrel, Rufus, Nicoletta, Ottavia Piccolo, Paola Pitagora, Jean Gaven, Alain Mottet…
Musique : François de Roubaix
Image : 1.66 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 117 minutes
Editeur : Coin de Mire Cinéma
Date de sortie : 21 juillet 2026
LE PITCH
Marty Rome et Tom Mills sont jeunes et veulent vivre « vite ». Dans cette course à l’argent et au plaisir, ils violent toutes les lois. Tom Mills trouve la mort dans une attaque de banque. Marty Rome y est grièvement blessé. Soigné dans un hôpital-prison, les charges sont lourdes : agressions et meurtre d’un inspecteur de police. Marty savait que son règne serait de courte durée. Il ne cherche ni à se disculper ni à implorer des atténuations, et ne demande qu’à être jugé et exécuté rapidement. Mais des gens pires que lui tentent de profiter de sa résignation pour lui faire endosser un meurtre qu’il n’a pas commis…
Sur le chemin d’un homme sans avenir
Longtemps invisible, ou presque, à cause de son échec en salle initial et un casting finalement assez modeste, Un Aller simple vient pourtant s’intégrer parfaitement dans la filmographie très personnelle et populaire à la fois de José Giovanni : le récit d’une fuite, d’un monde criminel et d’un homme qui a oublié le chemin retour.
Scénariste incontournable du polar français durant toutes les années 60, soit à partir de sa propre adaptation de son roman Le Troue , José Giovanni a allègrement réussi son passage à la réalisation avec son récit d’aventure Le Rapace et surtout le superbe et moderne Dernier domicile connu, tous deux avec le grand Lino Ventura et la jeune Marlène Jobert pour le second. Les coudés franches, l’auteur ne revient pourtant pas à ses propres écrits et préfère jeter son dévolu sur le roman de série noire The Chair for Martin Rome (Henry Edward Helseth), déjà porté à l’écran en 1948 par Robert Siodmak avec un angle très différent. Il ne choisit pas non plus de s’entourer d’acteurs ajoutant un cachet bankable à l’entreprise, offrant le premier rôle à un jeune Jean-Claude Bouillon qui n’a pas encore connu son heure de gloire de la série Les Brigades du tigre, et celui de la femme « fatale » à une Nicoletta dont cela restera le seul vrai rôle important au cinéma. Giovanni ne se facilite clairement pas la vie et l’échec du film au box-office de l’année s’explique autant par ces données, que par certaines faiblesses évidentes que se soit dans une direction d’acteurs inégale, voire quelque peu maladroite sur certaines scènes, et la difficulté à insuffler la tension nécessaire à cette longue chasse à l’homme.
Fuite mineure
Aussi intense, voir passionnant, que puisse être parfois son cinéma, José Giovanni reste un auteur dont la mise en scène porte essentiellement la marque d’un artisan appliqué. Cadres efficaces, montage classique mais resserré, mouvements économes, son habilité rejaillit ici surtout lors des quelques poursuites, braquages et échanges de coup de feu décrivant un jeu de policier et du voleur qui a bien mal tourné. Sans doute par le prisme de sa propre expérience, Giovanni met comme souvent l’accent sur la figure tragique du délinquant. Il fait de cet Ennemi numéro 1, un voleur à l’ancienne, habité par un certain sens de l’honneur, un respect de la vie humaine (bafouée par la force des choses) et même habité par un certain romantisme (tout est pensé pour protéger et retrouver la belle Teena) qui pousse à une pointe de lyrisme fataliste. Face à une police essentiellement représentée par une poignée de pourris (sauf le commissaire sobrement interprété par Maurice Garrel, paternaliste mais bien intentionné) et un système qui pousse à la faute et à l’exécution définitive, Marty fait office de nouveau sacrifié, d’ange brisé venant souligner la vacuité de cette Peine de mort que Giovanni combattit toute sa vie. On peut d’ailleurs retrouver certains éléments très proches de son roman Ho !, porté à l’écran par Robert Enrico.
Effectivement moins mémorable qu’un Deux hommes dans la ville, moins populaire que La Scoumoune ou moins pointu que Dernier domicile connu, Un Aller simple n’en reste pas moins une proposition très marquée par la personnalité de son auteur et un polar français sombre, voire nihiliste, qui se suit avec un intérêt certain malgré ses petits défauts. Ces presque cinquante ans d’oubli n’étaient clairement pas mérités.
Image
Encore un nouveau master pour Coin de mire avec ici une restauration HD en provenance de Studiocanal. Pas vraiment d’informations sur la source utilisée ou le procédé si ce n’est la mention « à partir des négatifs image et son » mais effectivement après de longues années de disette, la redécouverte est franchement appréciable : cadre ultra propre, lumière froide bien rendu, colorimétrie rehaussée, noirs profonds… On peut cependant regretter un manque d’intensité dans les argentiques et surtout un nettoyage qui a parfois sérieusement atteint les matières avec des plans régulièrement trop lisses.
Son
Un mono d’époque mais solidement rafraichi, offrant une clarté et un équilibre constant, et qui profite d’un DTS HD Master Audio pour installer quelques ambiances directes et soutenir efficacement les belles musiques de François de Roubaix, peut-être un peu plus classiques d’ailleurs que d’autres grands moments de son répertoire.
Interactivité
Pour les habitués de la collection « La séance » pas de surprise puisque l’éditeur nous fourni à nouveau un pré-programme (optionnel) en forme de voyage dans le temps avec les Actualités de la 20e semaine de l’année 1971. Un journal plutôt progressiste pour une fois qui brosse le portrait des évolutions énergiques de la France d’alors, entre thermique et nucléaire, soulignant l’importance d’une surveillance accrue du respect de l’environnement. Tout aussi d’actualité, le sujet suivant s’intéresse aux émigrés en provenance d’Afrique qui doivent faire face chez nous au racisme ordinaire et aux abus des marchands de sommeil… rien n’a changé. Après la bande annonce de l’excellent Le Chat (disponible dans la même collection), on se tourne avec une nouvelle sélection de réclames d’antan, entre les incontournables glaces Motta, les omniprésents stylos Bic, l’anti-moustiques Mini Fly-Tox avec un tout jeune Gérard Jugnot ou les pâtes en sauce Lustucru avec un Christian Marin enthousiaste et dédoublé.
Coin de mire propose aussi deux courtes interviews de promo de l’époque avec d’un coté José Giovanni qui ne semble pas très intéressé par l’opportunité de filmer une comédie romantique et de l’autre la chanteuse Nicoletta qui garde une bonne expérience du tournage mais n’est pas prête à délaisser sa carrière de chanteuse. Enfin, le collaborateur régulier Julien Comelli propose une présentation complète du métrage (adaptation du roman, place dans la carrière de Giovanni, casting principal…) et s’efforce surtout de réhabiliter le film et le cinéaste, n’hésitant pas même à effectuer des parallèles entre Un aller simple et Le Cercle rouge. Hardi mais pas inintéressant.
Liste des bonus
La Séance complète (21’), « Le Deuxième cercle » : Document de Julien Comelli (17’), Interviews de José Giovanni et Jean-Claude Bouillon (3’), Interview de Nicoletta (1’).






