HUNDRA

Espagne, États-Unis, Italie – 1983
Support : Bluray
Genre : Aventure, Fantasy
Réalisateur : Matt Cimber
Acteurs : Laurene Landon, Cihangir Gaffari, Ramiro Oliveros, Cristina Torres, Victor Gans, Tamara, Luis Lorenzo, María Casal…
Musique : Ennio Morricone
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 109 minutes
Editeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : mars 2026
LE PITCH
Dans une forêt profonde vit en secret une tribu d’amazones. Afin que la race soit perpétuée, elles doivent trouver régulièrement des hommes, tout en restant libres et non esclaves. Mais, à la suite de l’attaque d’une horde de pillards, les amazones sont décimées, à l’exception de Hundra, qui était partie chasser. Folle de rage, elle occit les barbares, puis se rend auprès de la prêtresse Crisona qui lui assigne la mission d’assurer la pérennité de sa race. Dans ce but, elle devra se rendre dans les terres du Dieu buffle.
Femme des terres sauvages
L’immense Conan Le Barbare de John Milius ne sera pas longtemps resté sans progénitures, puisque rapidement quelques Beastmasters, Ator, Deathstalker ou Yor sont rapidement venus sur les écrans pour profiter un peu du nouvel attrait des spectateurs pour les grands spectacles de Sword & Sorcery. Mais parmi ses nombreux « fils », ne serait-ce pas Hundra qui finalement pourrait être sa plus grande fierté ?
Projet opportuniste parmi beaucoup d’autre donc, Hundra n’a certes pas le budget imposant de la maison Dino Di Laurentiis pour lui assurer figurants par milliers et effets spéciaux derniers cris, mais il partage directement quelques membres de l’équipe technique espagnole du film de Milius ainsi que certains de ses décors naturels. Mais pas que, puisque les plus aguerris peuvent même reconnaitre la Tour de Seth au second plan d’une traversée d’une bourgade pauvrette utilisée des dizaines de fois au cinéma. L’introduction de Hundra et l’assaut perpétré sur son village amazone par des guerriers mystérieux est d’ailleurs plus ou moins un décalque de celui de Conan. Très réussi, plein d’emphase et indéniablement efficace mais décalque tout de même. Dès lors impossible de ne pas penser continuellement au chef d’œuvre du genre tout au long du visionnage du film qui en reprend donc une bonne part de l’esthétique aride, le format de la quête initiatique et un affrontement contre une secte toujours en quête de pouvoir (un taureau remplaçant le serpent), mais ici surtout pour maintenir les femmes à disposition. Imaginé initialement comme une copie au féminin de l’adaptation de la saga culte de Robert E. Howard, le projet semble cependant avoir légèrement bifurqué avec l’arrivée un peu tardive du réalisateur Matt Cimber, grand spécialiste de l’exploitation sous toutes ses formes, mais qui avait déjà montré une certaine sensibilité à la cause féminine avec des propositions comme The Witch Who Came from the Sea ou Butterfly, qui semble ici beaucoup s’amuser à détourner les codes virilistes de cette Fantasy bodybuildée pour en faire un authentique manifeste féministe.
La voie de la guerrière
Seule survivante du massacre de sa famille de guerrière, Hundra faisait partie de celles qui n’envisageaient même pas de se reprocher des hommes pour enfanter. Portant désormais l’avenir de sa lignée sur les épaules, elle part donc en quête non pas de vengeance mais bien d’un mâle pour engendrer une fille. Naturellement dans un monde de chaos et de violence rien n’est facile, et le cinéaste s’amuse à confronter cette combattante un peu basse du front et pas franchement adepte de la séduction, à quelques images bien reconnaissables de la figure masculine. Mars vs Venus, une vieille histoire traitée ici avec beaucoup d’humour et de distance, où même le jeu assez limité de l’athlétique Laurene Landon (Maniac Cop) finit par participer au charme du film, glissant de l’aventure épique à la comédie de mœurs barbare avec une facilité rafraichissante. Du gros beauf qui traite ses épouses comme des objets sexuels parce qu’il rapporte la bouffe à la maison, aux chefs de guerre qui rêve de soumission et d’esclavage féminin (mère ou pute pourquoi choisir ?) en passant par quelques aristocrates qui ferme gentiment les yeux sur l’instrumentalisation (et les viols) subits par les jeunes femmes du royaumes, Hundra à fort à faire… Mais elle doit aussi apprendre à s’adoucir et à accepter sa part de féminité. Si forcément toutes ces réflexions réduisent un peu le nombre de bastons, poursuites et autres décapitations attendues, les scènes d’actions restantes sont toujours assez convaincantes et soignées avec entre autres un long final bardé de ralentis dont les excès habités par les échos lyriques et épiques du maitre Ennio Morricone (préparant sans doute sa future partition pour Kalidor) finissent par donner une réelle ampleur au spectacle.
Hundra reste une série B avec ses petits accents kitchs, un érotisme certes agréable mais relativement gratuit et un casting très inégal (la moitié espagnole apprenant son texte en phonétique pouvant expliquer cela), mais l’aventure reste franchement originale dans le genre par son point de vue profondément féminin, sans même un acolyte mâle pour sauver la face, et certaines séquences n’ont franchement pas à rougir face à son modèle, dépassant aisément quelques tentatives italiennes (au hasard) où l’humour finalement tient plutôt d’un second degré involontaire.
Image
Croisé du coté américain et du coté espagnol, la copie HD de Hundra n’est pas exempt de petits défauts et peine parfois à dissimuler les fragilités de sa source et certainement son âge. Les génériques sont relativement floconneux, quelques traces de taches, griffures et spots blancs restent parfois perceptibles et le grain à tendance à varier d’une séquence à l’autre, entre l’effet pellicule et un léger bruitage. Pas parfait donc, mais tout de même bien agréable avec un rendu général très convenable, souvent propre et bien tenu. Le piqué tire le meilleur des cadres et des contrastes forcément un peu ternes mais qui restent en adéquation avec l’ambiance générale du film. Les noirs sont bien profonds et les détails ne manquent pas dans le tableau.
Son
Marquée par quelques coupures étranges (à priori dues au mixage initial) et des petites saturations encore audibles, la version originale n’en est pas moins sobrement efficace avec son DTS HD Master Audio 2.0 frontal mais confortable où les dialogues sont bien présents, l’entrechoc des épées tout autant et ou les grandes envolées de Morricone emportent le tout. Le doublage français bien dans son jus est plus plat dans sa dynamique mais à ce petit cachet de la nostalgie.
Interactivité
En premier lieu la section bonus propose de retrouver une ancienne interview croisée entre Matt Cimber et l’actrice Laurene Landon enregistrée pour un ancien DVD US. De la SD un peu flou avec des effets de collage un peu douteux mais qui permet effectivement de revenir sur les coulisses du film, de découvrir de nombreuses anecdotes plus ou moins croustillantes et de profiter des chamailleries incessantes des deux intervenants. On y découvre que le scénario fur réécrit au jour le jour pour se détacher d’un simple ripoff de Conan et intégrer une fable sur le couple à travers les âges, ou que l’actrice batailla plus d’une fois avec son canasson. Très sympa tout comme le segment « Une Amazone en Espagne » où un critique et fan de films de Fantasy se promène dans les paysages qui ont accueillis le tournage de Hundra et révèle, avec quelques accessoires à l’appui, de nombreuses infos sur la production espagnole dont une bonne part œuvrait déjà sur Conan justement. Il laisse aussi la parole au fils du chef opérateur qui était assistant sur le projet et à la costumière, rappelant comment ces tournages ibériques de productions hollywoodiennes alimentaient tout une industrie locale et un grand savoir-faire.
Liste des bonus
Entretien archive avec Matt Cimber et Laurene Landon (48′), »Une Amazone en Espagne » (30′), Bande-annonce.







