LA MAISON DE POUPÉE

A Doll’s House – Royaume-Uni, France – 1973
Support : Bluray & DVD
Genre : Drame
Réalisateur : Joseph Losey
Acteurs : Jane Fonda, Edward Fox, Trevor Howard, David Warner, Delphine Seyrig, Morten Floor, Anna Wing, Pierre Oudry…
Musique : Michel Legrand
Image : 1.66 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 106 minutes
Editeur : Éléphant Films
Date de sortie : 22 septembre 2026
LE PITCH
Nora est une jeune femme joyeuse et épanouie de la fin du XIXe siècle, qui revient s’installer après un voyage de sept ans dans son petit village norvégien avec ses trois enfants et son mari. Ce dernier s’apprête à devenir le directeur de la banque locale, situation qui met fin à des années de difficultés financières pour le couple. Mais une ombre vient obscurcir cet avenir idyllique : un homme menace de dévoiler que, bien des années auparavant, Nora a forgé un faux pour lui emprunter de l’argent. Le chantage met en péril la réputation de son époux et sa place au sein du couple et de la société.
Contrat de mariage
Quand Joseph Losey (Mr Klein, The Servant…) adapte en 1973 la célèbre pièce à scandale d’Henrik Ibsen rédigée presque cent ans plus tôt, il n’imagine certainement pas que sa production et sa sortie devront se heurter à nouveau à quelques tapages néfastes qui viendront éclipser sa carrière en salles.
Quelques coups durs d’autant plus difficiles à avaler que ce fameux projet était loin d’être un premier choix pour le cinéaste qui après Le Messager et L’Assassinat de Trotsky peinait un peu à mettre en branle un nouveau film, accumulant les refus, reports et soucis de droits. Il accepte ainsi finalement de reprendre la fameuse pièce à l’unique condition de pouvoir la remodeler librement. Les changements opérés avec son scénariste David Mercer ne sont pas si nombreux mais extrêmement notables, réduisant considérablement les grands dialogues initiaux qu’il trouvait répétitifs et bavards et surtout offrant un prologue inédit qui installe de manière bien plus cinématographique la place des personnages et les glissements à venir. L’idée ici est de ne certainement pas se contenter de livrer du théâtre filmé, mais bien d’absorber l’œuvre dans un dispositif cinématographique. Si l’essentiel joue toujours du huis clos réduit à la riche demeure Nora et son époux, Losey choisit de tourner le film uniquement en décors réels et le plus souvent possible en extérieurs dans le petit village norvégiens de Roros apportant un certain réalisme qui se combine très élégamment avec les motifs récurrents de l’enfermement qui obsède littéralement la construction des cadres et les placements de caméra.
Cas de divorce
Pourtant dans La Maison de poupée tout commence presque comme un conte de fée avec la très jolie Nora qui elle peut épouser par amour un homme valable et bien installé (ce qui n’est pas le cas de sa meilleure amie Kristine) et même jouir quelques années après d’une vie de famille comblée et d’un époux dont la carrière est prête à connaitre une élévation bienvenue. Mais une vieille histoire de dette et les menaces d’un maitre chanteur vont vite révéler que la position de Nora est bien moins idéale qu’elle veut le montrer, précaire et surtout entièrement conditionnée par le regard masculin. La Maison de poupée est donc la mise en scène d’une lente prise de conscience vers l’émancipation où hiérarchisation sociale, déterminisme et carcan patriarcale ne peuvent que pousser à une fracture, ici définitive, avec un abandon du foyer qui fit grand bruit à l’époque. La finesse d’Ibsen est de jouer sur la fibre dramatique et familiale pour mieux faire affleurer peu à peu la véritable nature des relations entre les personnages, comme lorsqu’il présente le mari Torvald (joué par l’excellent David Warner) comme un partenaire bienveillant et protecteurs avant de révéler par les dialogue son paternalisme écrasant et sa patience envers une femme qu’il gronde comme une enfant ou limite au rôle d’objet décoratif. La finesse de Losey est d’accompagner cette économie en préservant le même rythme lent, parfois presque éteint et étouffant, où les mouvements de caméra discret mais significatifs rejouent à leur manière les jeux de pouvoirs en cours.
Un film élégant et minutieux dont cependant les grandes tensions en coulisses entre le metteur en scène et ses deux interprètes féminines, Jane Fonda et Delphine Seyrig, toutes deux réputées pour leurs positions politiques et leurs engagements pour la cause féministe et qui trouvait le scénario pas assez démonstratif, peuvent se ressentir parfois dans des interprétations en dents de scie et en particulier un monologue final trop écrit et trop emporté. Une dernière séquence qui ferait presque ressembler le film à un manifeste trop contemporain, ce qu’il avait réussi à éviter jusque-là.
A la sortie du film, les journaux se concentreront d’ailleurs plus souvent sur les débats et prises de positions qui auront animé les coulisses que sur le film lui-même. Occulté par la sortie la même année d’une autre adaptation de A Doll’s House avec cette fois-ci Claire Bloom et Anthony Hopkins dans les rôles titres, cette Maison de poupée n’aura connu qu’une distribution discrète en festival et même une diffusion américaine limitée à la chaine ABC dans le cadre du « movie of the week ». De quoi lui vouloir une mauvaise réputation voir un certain dédain (le film reste rare) qu’il ne mérite vraiment pas.
Image
Inédit en Bluray ici et ailleurs, La Maison de poupée est proposée par Éléphant Films dans une copie qui a malheureusement connu de meilleurs jours. La source vidéo est bien datée, parsemée de divers taches et points blancs, tandis que le grain très fluctuant envahit régulièrement les cadres. La définition fait au mieux pour homogénéiser tout ça mais réussit surtout à donner quelques contrastes aux couleurs et à maintenir une certaine précision même dans les scènes d’intérieurs assez sombres.
Son
La version originale en DTS HD Master Audio est très fidèle à ses origines monos et propose un mixage aussi frontal que resserré. Les dialogues sont en avant, sans trop de soucis de crissements, et les jolies musiques de Michel Legrand viennent souvent agréablement habiller les arrière-plans. Présent aussi dans un mixage équivalent, le doublage français est plutôt de bonne qualité dans son jeu, mais les voix semblent écraser toutes les autres sources sonores.
Interactivité
Journaliste à Positif, le toujours très loquace Frédéric Mercier vient éclairer La Maison de poupée de ses connaissances. De la recherche de Joseph Losey d’un nouveau projet cinématographique à un tournage des plus houleux avec les actrices en passant par le travail d’adaptation et les consonances féministes de la pièce et du film, le critique se montre aussi précis qu’intéressant.
Liste des bonus
Le film par Frédéric Mercier, Positif (34′).







