AUTOFICTION

Amarga Navidad – Espagne – 2026
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Pedro Almodovar
Acteurs : Leonardo Sbaraglia, Bárbara Lennie, Aitana Sánchez-Gijón, Victoria Luengo, Patrick Criado, Milena Smit, Quim Gutiérrez, Belén Riquelme…
Musique : Alberto Iglesias
Image : 2.35 16/9
Son : Espagnol et Français DTS Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 107 minutes
Editeur : Pathé
Date de sortie : 23 septembre 2026
LE PITCH
Raul est un cinéaste culte en pleine crise créative. Lorsqu’un drame frappe l’une de ses plus proches collaboratrices, il s’en inspire pour écrire son prochain film. Peu à peu, il imagine Elsa, une réalisatrice en pleine écriture, dont le parcours commence à refléter le sien. Les deux cinéastes deviennent les deux facettes d’un même personnage, dans un jeu de miroirs ou l’impudeur de l’autofiction dévoile autant qu’elle détruit. Mais jusqu’où peut-on aller pour raconter une histoire ?
Montage dans le plan
Comme l’annonce le titre français (l’espagnol se voulant plus sibyllin) Autofiction est un nouveau film dans lequel Pedro Almodovar se livre directement, ici sur sa perception du cinéma et l’impact qu’il peut avoir sur sa vie et ses proches. Mais chez ce dernier rien n’est jamais simplement autobiographique puisque la fiction vient toujours y mettre son nez.
Almodovar sait donc disposer dans ces métrages qui se rapproche trop de sa vérité, divers alter-égo qui permettent forcément de jouer avec les souvenirs, la personnalité et le rapport au cinéma du metteur en scène. Ici le jeu est sans doute plus trouble encore puisqu’il est tout simplement double avec Raùl, cinéaste homosexuel vieillissant, très installé mais qui cherche à retrouver l’inspiration, mais aussi Elsa elle-même réalisatrice de deux films que personne n’a vu et de pubs, qui se lance à nouveau dans l’écriture. Mais Elsa n’est pas tout à fait réelle puisqu’elle est la création de Raùl, véhicule de ses propres angoisses et espoirs. Pas de fantastique ici, il s’agit d’une constante mise en abyme des affres de la création, où le montage, extrêmement maitrisé, permet de passer d’un point de vue à l’autre, tout en y ajoutant divers flashbacks, pour créer une forme de va et vient constant entre les perspectives sans jamais (trop) perdre le spectateur. Le récit aurait pu alors paraitre nébuleux, jouant au plus malin pour mieux destructeur la trame dans un coup d’esbroufe, il n’en est rien étonnement, Almodovar préférant installer progressivement un curieux dialogue entre lui et ses avatars, eux et le spectateur mais aussi tous avec les proches qui auraient pu servir de modèles à leurs divers personnages.
Horizons personnels
Un touchant geste de mea-culpa de la part d’un créateur qui s’est toujours largement inspiré de la vie qui l’entoure et donc de sa famille, de ses amis et collègues, se permettant de mettre des morceaux d’eux et de leur vie dans ses films. Dans Autofiction il montre comme de tels gestes n’ont rien d’anodins et ne sont en définitive jamais gratuits. C’est sans doute pour cela qu’il se permet comme jamais de multiplier les références à ses œuvres précédentes, aux codes même de son cinéma, et d’une certaine façon d’intellectualiser à outrance son travail. A celui qui semblait constamment habiter par les émotions, fortes, puissantes et déstabilisantes, il laisse tout de même place ici à une œuvre relativement froide, à distance et cérébrale. Quelques scènes ressortent véritablement du lot comme ce moment chanté, intense, dans un lit alors qu’une soirée huppée et très queer se déroulent dans la pièce d’à côté, ou cette admirablement scène d’échanges houleux entre Raùl et son ancienne assistante prenant définitivement ses distances avec celui qu’elle perçoit comme un vampire, mais l’essentiel d’Autofiction s’incarne dans une série de tableaux figés. Le sens du cadre, le jeu sur les lignes, les associations de couleurs, l’incarnation dans les paysages atypiques de Lanzarote, tout cela conforte la sensation d’un cinéaste conscient et habile, maitre de ses effets, mais la pureté des formes peut aussi avoir, comme ici, ses propres limites.
Pedro Almodovar signe ici un long métrage intéressant, virtuose parfois, vertigineux même dans certains enchainements, mais pour lequel on aurait surtout aimer pouvoir se passionner, se laisser totalement emporter.
Image
Filmé en 4K avec des cameras Arri Alexa, le film s’installe très confortablement sur support HD déployant une image extrêmement propre et nette, souvent bien profonde, avec juste ce qu’il faut de relief, et surtout un traitement très soutenu des couleurs. Leur vivacité et leurs contrastes sont forcément primordiaux que ce soit dans la juxtaposition de serviettes rouges et jaunes sur une place de sable noir intense, où dans des intérieures nettement plus vifs et structurés mais où là encore les couleurs primaires viennent sculpter les cadres. Très beau. On aurait été curieux de pouvoir visionner le film en UHD.
Son
Plutôt sobre dans son approche sonore, Autofiction développe des DTS HD Master Audio 5.1 qui mettent surtout en avant les dialogues. Cependant les ambiances discrètes sont bien là, réalistes, mais aussi les moments de tensions où la dynamique générale se fait plus présente pour rebondir sur un changement de point de vue, la force d’un paysage ou l’intensité d’une chanson intradiégétique.
Interactivité
Ici quelques pastilles enregistrées sur le plateau lors du tournage de quelques scènes et de courtes interventions du casting font office de vague making of. Cela n’apporte pas grand-chose, heureusement l’éditeur à profité de la venue du cinéaste à Pompidou pour enregistrer quelques échanges avec ce dernier. On y discute forcément de l’aspect autobiographique d’Autofiction, mais finalement assez peu, Almodovar déviant rapidement pour sa fascination intacte pour le cinéma et sa manière d’appréhender un nouveau sujet (les personnages, les décors…). Très intéressant mais bien trop court.
Liste des bonus
Les coulisses du tournage (6’), Interview de Pedro Almodovar (8’).







