L’INVITATION

The Invite – États-Unis – 2026
Genre : Comédie dramatique
Réalisatrice : Olivia Wilde
Acteurs : Olivia Wilde, Seth Rogen, Penelope Cruz, Edward Norton
Musique : Devonté Hynes
Durée : 107 minutes
Distribution : Maverick Distribution
Date de sortie : 16 septembre 2026
LE PITCH
De retour d’une journée de travail déprimante, Joe, un professeur de musique, apprend que sa femme Angela a invité sans le prévenir les voisins du dessus, Pina et Hawk, pour le repas. Une première dispute éclate alors …
Cuisine et dépendance
Après l’Italie, la Suisse, la France et la Corée du Sud, c’est donc au tour des américains de nous proposer leur version de Sentimental, comédie de mœurs espagnol à succès écrite et réalisée par Cesc Gay. Pour sa troisième aventure derrière (mais aussi devant) la caméra, Olivia Wilde s’emploie à débusquer les fêlures et l’émotion derrière les rires provoqués par un coup de théâtre gentiment provocateur. Une authentique réussite, en dépit d’un premier quart d’heure qui ne sait pas trop sur quel pied danser.
Tout commence par une pièce de théâtre espagnole – et plus précisément catalane – Els Veïns De Dalt (littéralement, les voisins du dessus) qui tient sa première représentation à Barcelone en mars 2015. Par le prisme d’une situation gênante que nous avons sans doute toutes et tous vécu un jour (ces voisins qui font l’amour si fort que l’on arrive pas à dormir), le dramaturge Cesc Gay confronte deux idées du couple. Le couple à l’ancienne, monogame, qui dure par habitude et par obligation, bien plus que par amour. Et puis le couple moderne, libre, ouvert et dont l’harmonie apparente est à deux doigts de se confondre avec une arrogance à peine supportable. Un seul décor, quatre personnages, deux visions du monde et un humour qui flirte intelligemment avec le vaudeville. Le triomphe se confirme au cinéma cinq ans plus tard avec Sentimental. Et les producteurs des quatre coins du monde de se jeter sur ce matériau imparable, en l’adaptant à la culture locale. Ainsi, la version française, titrée Et plus si affinités …, ne se prive pas une seule seconde de plonger avec gourmandise le couple Bernard Campan / Isabelle Carré dans ce qui ressemble à un épisode XXL de la série télé Scènes de Ménage.
En charge de l’adaptation pour Hollywood, les scénaristes Will McCormack et Rashida Jones (Toy Story 4, Celeste and Jesse Forever) visent clairement à élever le niveau vers la comédie d’auteur taillée pour Broadway et la critique du New York Times. Le choix de situer l’intrigue dans les quartiers bourgeois et branchés de San Francisco n’est pas innocent. Dans la ville la plus ouvertement progressiste des États-Unis, la « simple » comédie de mœurs bifurque très vite vers un mélange de drame conjugal et de chronique sociologique deux « factions » rivales de la sphère bobo : ceux qui ont baissé les armes et qui se sont encroûtés dans leur confort et ceux qui n’ont pas perdu de vue les idéaux hippies, sans craindre de sombrer à l’occasion dans le ridicule le plus horripilant. Tout le mérite de la réalisatrice Olivia Wilde est de ne pas s’arrêter à ce menu en apparence trop prétentieux pour son propre bien, ce que le premier acte nous laisser pourtant redouter.
Plan à quatre
Photographie stylisée, dialogues qui se chevauchent au point d’être parfois incompréhensibles, score free jazz avec solo de violoncelles casse bonbon, direction artistique façon Woody Allen du début des années 2000, … on ne sait pas trop à qui ni à quoi L’Invitation cherche à ressembler dans son entame. Et le couple formé par Olivia Wilde et Seth Rogen repousse toute forme d’empathie ou de sympathie. On se dit que c’est mal barré et puis Wilde trouve enfin le bon rythme et le bon ton, comme par miracle. La cinéaste s’en va chercher son influence du côté de Stanley Kramer et de Dorothy Arzner et ne s’éloigne plus jusqu’à la fin de l’atmosphère sucrée-salée de ces deux maîtres de la comédie US. À l’image du personnage qu’elle incarne à l’écran, Olivia Wilde vise le contrôle total dans une mise en scène à la maîtrise sidérante. C’est de la belle ouvrage, y a pas à dire. Mais le plus surprenant (et le plus réjouissant) en fin de course, c’est bel et bien l’émotion et la douceur qui s’échappe d’une intrigue aussi pimentée. Même lorsqu’ils se révèlent insupportables, faux ou tout bonnement immatures, Olivia Wilde ne cesse jamais d’aimer ses personnages. Et c’est tout autant le fait de la mise en scène – de plus en plus discrète et dépouillée au fil des minutes – que d’un casting de stars qui en ont sous le capot.
Un peu étrange sur le papier, le couple Penelope Cruz / Edward Norton trouve assez vite le bon équilibre entre le sex appeal volcanique et félin de la première et l’innocence désarmante et narquoise du second. Ces deux là ne devraient pas être ensemble et pourtant … ça marche ! Forcément, la dynamique entre Olivia Wilde et Seth Rogen n’est pas la même mais c’est aussi celle qui subit le plus de bouleversements. Comme chien et chats dans le premier tiers, fausse complicité à la mi-temps et véritable solitude (les masques tombent) à la fin. Le jeu d’Olivia Wilde rend ouvertement hommage à Diane Keaton (à qui le film est d’ailleurs dédié) tandis que Seth Rogen affine encore davantage son numéro de gros nounours triste et maladroit. Grâce à eux, L’Invitation n’est pas si loin de nous faire décrocher une larmichette à quelques secondes du générique de fin. En toute honnêteté, on ne s’y attendait pas du tout.





