LE SPECTRE DU PROFESSEUR HICHCOCK

Lo spettro – Italie – 1963
Genre : Épouvante
Réalisateur : Riccardo Freda
Acteurs : Brbara Steele, Peter Baldwin, Elio Jotta, Harriet White, Umberto Raho…
Musique : Francesco De Masi
Durée : 97 minutes
Distributeur : Les Acacias
Date de sortie : 28 octobre 2026
LE PITCH
Le Professeur Hichcock, passionné de sciences occultes, vit dans une vieille maison isolée, en compagnie de sa jeune épouse Margaret, et de sa gouvernante, Catherine. Gravement malade et paralysé, il nécessite les soins constants de son confrère, le Docteur Charles Livingstone, qui l’aide à expérimenter sur lui une nouvelle thérapie, entre deux séances de spiritisme. Margaret est la maîtresse de Charles, et les deux amants n’attendent qu’une chose : la mort d’Hichcock…
Le professeur et sa muse
Restauré en 4K en 2025, Le spectre du Professeur Hichcock refait son apparition dans les salles de cinéma françaises dans une magnifique copie plus de soixante ans après sa sortie ! Tourné à l’apogée du cinéma gothique italien, le film réunit deux maîtres du genre, l’actrice Barbara Steele et le réalisateur Riccardo Freda, dans un jeu de massacre baroque et cruel.
Longtemps visible dans des versions tronquées et des copies fatiguées, Lo spettro a enfin eu les honneurs d’une restauration Made in Italy réalisée sous l’égide de Minerva Pictures et de l’éditeur Severin en 2025. Il avait notamment été présenté lors de la dernière édition de L’étrange festival en présence de l’immortelle Barbara Steele. Actrice incontournable du cinéma gothique italien, il est difficile encore aujourd’hui de la dissocier du genre (et vice et versa), tant elle l’imprima de son regard fou. Et malgré une carrière éclectique où elle côtoya Federico Fellini, Louis Malle ou David Cronenberg… ce sont bien ces petits films italiens, devenus cultes à l’instar du Masque du démon de Mario Bava ou de La sorcière sanglante d’Antonio Margheriti, qui firent d’elle un visage inoubliable du Septième Art.
Ici, dans Lo spettro, elle retrouve le cinéaste Riccardo Freda quelques mois après le succès du sulfureux L’horrible secret du Professeur Hichcock en 1962. Bien que le titre français surfe opportunément sur le premier opus, il ne s’agit ni d’une suite ou d’un remake mais plutôt d’une relecture. Ainsi, après avoir joué la victime expiatoire à la merci de son mari nécrophile dans L’horrible secret…, Steele incarne ici au contraire une femme fatale et machiavélique, et signe l’une de ses interprétations les plus impressionnantes tant le professeur Freda semble avoir trouvé en elle sa muse la tourmentant à souhait, la scrutant et l’envahissant de son regard. Les yeux de l’icône du cinéma gothique italien n’ont ainsi jamais semblé aussi grands et nous ne pourrons que regretter que sa collaboration avec l’auteur des Vampires (« premier » film d’épouvante italien, en 1957) s’arrêtera avec ce second opus.
La Mort sonne toujours deux fois
Artisan reconnu mais réalisateur sous-estimé, Riccardo Freda demeure un auteur toujours passionnant à redécouvrir ayant su traverser les genres (le péplum, le film d’aventures, historique…) avec réussite comme le prouve sa contribution majeure au Gothique italien. Alors que le scénario du précédent film, signé Ernesto Gastaldi, marchait dans les pas d’Edgar-Alan Poe ou d’Alfred Hitchcock (et son Rebecca. Comment ne pas songer à la gouvernante Mrs. Danvers avec la composition de l’excellente Harriet White également présente dans Lo spettro ?), Lo spettro prend d’autres chemins. Autant inspiré par le triangle amoureux et les amants diaboliques du Facteur sonne toujours deux fois de James M. Cain que des Diaboliques de Henri-George Clouzot, le film prend même un accent giallesque à bien des égards. Entre ses mélodies de boîte à musique (belle BO de Francesco De Masi), ses zooms appuyés, sa caméra fétichisant les objets ou encore son thème de machination, Lo spettro semble aussi bien annoncer les futurs thrillers de Lenzi que la forme baroque d’un futur Dario Argento.
Malgré un scenario assez banal, la mise en scène de Freda sublime le film et nous plonge dans les abîmes de la folie grâce à un final dantesque avec notamment une scène de meurtre filmée en vision subjective aussi moderne qu’efficace. Longtemps resté dans l’ombre de L’effroyable secret du Professeur Hichcock et jugé plus mineur, Lo spettro mérite amplement d’être redécouvert dans cette magnifique version restaurée.







