TENDRE POULET & ON A VOLÉ LA CUISSE DE JUPITER

France – 1977, 1980
Support : Bluray
Genre : Genre : Comédie, Policier, Aventure
Réalisateur : Philippe de Broca
Acteurs : Annie Girardot, Philippe Noiret, Catherine Alric, Hubert Deschamps, Paulette Dubost, Roger Dumas, Guy Marchand, Francis Perrin, Roger Carel, Marc Dudicourt…
Musique : Georges Delerue, Giorgos Hatzinasios
Image : 1.66 16/9
Son : Français DTS-HD Master Audio 1.0 Mono
Sous-titres : Français
Durée : 106 et 101 minutes
Editeur : Rimini Editions
Date de sortie : 15 septembre 2026
LE PITCH
Tendre Poulet : Lise Tanquerelle, commissaire de police, retrouve par hasard Antoine Lemercier, un professeur de grec ancien qu’elle a connu dans sa jeunesse. Alors que leur idylle renaît, une série de meurtres vient bouleverser leur quotidien et mêler les affaires de cœur à l’enquête criminelle.
On a volé la cuisse de Jupiter : En voyage en Grèce avec son mari Antoine, Lise Tanquerelle se retrouve mêlée à une mystérieuse affaire de disparition archéologique. Entre trafiquants, poursuites et rebondissements, le couple voit ses vacances se transformer en une aventure mouvementée.
Elle roucoule pas, elle flingue
Annie Girardot et Philippe Noiret, on le sait, forment un duo qui fait des étincelles. Leur complicité avait déjà fait merveille dans La Vieille Fille de Jean-Pierre Blanc, où ils se révélaient particulièrement touchants. Mais lorsque Philippe de Broca, le réalisateur de L’Homme de Rio et des Tribulations d’un Chinois en Chine, les réunit devant sa caméra, la rencontre prend une tout autre dimension.
Avant de devenir une commissaire de police incarnée par Annie Girardot, l’héroïne de Tendre Poulet a connu une première vie littéraire sous la plume de Jean-Paul Rouland et Claude Olivier, auteurs du roman Le Commissaire Tanquerelle et le Frelon sorti en 1976. L’adaptation cinématographique prend forme deux ans plus tard, avec Michel Audiard associé à l’écriture des dialogues. Une rencontre particulièrement heureuse : à l’énergie de De Broca répondent la gouaille du dialoguiste et le talent de deux comédiens qui savent donner à la moindre joute verbale des allures de numéro d’équilibriste.
La Commissaire a de jolies menottes
Tendre Poulet commence comme une comédie romantique. Un accrochage automobile entre un homme et une femme, la découverte d’un passé commun et les retrouvailles d’une complicité que les années n’ont pas tout à fait effacée. Il n’en faut guère davantage pour raviver la flamme. Lui, professeur de grec ancien, se laisse volontiers séduire par cette femme de caractère. Elle, en revanche, omet un détail de taille : elle est commissaire de police. Le meurtre qui survient bientôt vient rappeler que les affaires du cœur et celles de la police font rarement bon ménage.
Le film révèle alors sa seconde nature, celle d’une enquête policière menée tambour battant. Avec son meurtrier mystérieux, ses fausses pistes et ses indices savamment distillés, Tendre Poulet emprunte volontiers aux codes du whodunit. Transposé de l’autre côté des Alpes, le scénario aurait même pu donner naissance à un giallo, avec son tueur ganté et ses apparitions inquiétantes en caméra subjective dans la foule. De Broca préfère toutefois la légèreté au macabre et orchestre une alternance particulièrement fluide entre investigation et badinage amoureux. Sa commissaire doit composer avec les exigences de son métier, les responsabilités de mère et les premiers émois d’une relation qui reprend vie. Un quotidien mouvementé, dont les complications nourrissent aussi bien l’intrigue que la comédie.
La plume d’Audiard fait ici des merveilles. Ses dialogues fusent, rebondissent et donnent au film un rythme presque musical, soutenu par le débit mitraillette de Girardot et les envolées lyriques de Noiret. Leur complicité repose autant sur les mots que sur les silences, les regards et les petites piques qu’ils s’envoient avec une gourmandise communicative. Parmi les seconds rôles, Catherine Alric apporte une fraîcheur bienvenue en jeune femme ingénue, tandis que la caméra de De Broca magnifie un Paris des années 1970 encore familier et déjà en cours de mutation. Le cinéaste passe avec une aisance remarquable de l’efficacité du polar à l’espièglerie visuelle, multipliant les trouvailles de mise en scène sans jamais ralentir la mécanique. L’ensemble est vif, élégant et solidement tenu, avec ce supplément de fantaisie qui transforme une enquête policière en véritable plaisir de cinéma.
Entre Tintin et James Bond
Trois ans plus tard, On a volé la cuisse de Jupiter déplace le terrain de jeu. Philippe de Broca retrouve une partie de la veine aventureuse de L’Homme de Rio et confirme qu’il aurait constitué un candidat idéal pour porter à l’écran les aventures de Tintin. Courses-poursuites, rebondissements, exploits acrobatiques et péripéties rocambolesques : tous les ingrédients sont réunis pour transformer les vacances grecques de notre couple en une succession d’ennuis aussi spectaculaires que divertissants. La mise en scène conserve son allant, les paysages offrent un dépaysement appréciable et l’humour fait mouche à plusieurs reprises. Pourtant, la surprise est moins grande que dans le premier opus.
Les dialogues d’Audiard, toujours aussi fluides, perdent une partie de leur mordant. Le duo Girardot-Noiret fonctionne à merveille, mais la dynamique a changé : la séduction laisse place aux habitudes de la vie conjugale, avec une mécanique comique plus classique. Devenue Mme Lemercier, notre commissaire Tanquerelle semble également avoir perdu une part de son identité. Ses talents d’enquêtrice passent au second plan, au profit d’une aventure collective dans laquelle son époux prend une part bien plus active que dans le film précédent. Le scénario gagne en mouvement ce qu’il perd en singularité. Francis Perrin semble ici jouer un rôle qu’il aura incarné cent fois tout au long de sa carrière et le retour de Catherine Alric, dans un rôle différent mais étonnamment proche de celui qu’elle tenait dans Tendre Poulet, laisse perplexe. Des facilités de casting qui ne compromettent guère le plaisir, mais mérite d’être relevées.
Le changement de décor constitue en revanche l’un des grands atouts de cette suite. De Broca profite pleinement des paysages grecs, en particulier du site spectaculaire des Météores, en Thessalie, avec ses pitons rocheux couronnés de monastères. Ces formations géologiques impressionnantes avaient déjà servi de décor à Tintin et le Mystère de la Toison d’or en 1961, avant de réapparaître dans Rien que pour vos yeux en 1981. Voilà qui place littéralement notre chère commissaire entre le petit reporter d’Hergé et le séduisant espion de Ian Fleming. Une filiation qui sied parfaitement à cette aventure ensoleillée, où l’esprit de la bande dessinée rencontre les fantaisies du cinéma populaire. Plus classique que son prédécesseur, On a volé la cuisse de Jupiter n’en demeure pas moins un excellent divertissement. L’intrigue multiplie les détours, le couple vedette conserve tout son charme et le cinéaste sait ménager ses effets jusqu’aux dernières secondes, lorsque le titre prend enfin tout son sens. Une ultime pirouette qui résume bien l’esprit de l’entreprise : ludique, généreuse et suffisamment malicieuse pour nous laisser sur un sourire.
Au fond, Tendre Poulet et On a volé la cuisse de Jupiter composent un diptyque à l’image de leurs interprètes : élégant, espiègle et plein de vie. Le premier séduit par son équilibre entre romance et enquête policière, le second par son goût de l’aventure et ses décors grandioses. Philippe de Broca trouve en Annie Girardot et Philippe Noiret des partenaires idéaux, capables de faire pétiller ses dialogues et de donner du relief à ses fantaisies. Deux comédies populaires de haute volée, portées par une générosité de chaque instant et un sens du spectacle qui conserve aujourd’hui toute sa saveur.
Image
Pour ces deux éditions de sa “collection Phillipe de Broca”, Rimini réemploie les masters HD utilisés précédemment par TF1 Studio. Et tant mieux, car les deux films bénéficient d’une belle tenue d’ensemble, avec toutefois un avantage pour On a volé la cuisse de Jupiter. Tendre Poulet affiche une image propre et stable, aux contrastes renforcés et au piqué appréciable, tandis que le grain conserve une texture plutôt agréable. La photographie de Jean-Paul Schwartz rappelle cependant les limites de certaines productions des années 1970, dont les couleurs hétérogènes et les décors intérieurs supportent inégalement le passage à la haute définition. Les séquences en extérieur tirent leur épingle du jeu, avec un gain de clarté appréciable. La restauration 2K de sa suite se montre autrement plus spectaculaire : la copie est lumineuse, les contrastes denses, les couleurs éclatantes et les détails particulièrement précis, notamment dans les gros plans et les paysages grecs. Le relief des scènes en plein jour profite pleinement de cette définition accrue. Quelques baisses de définition subsistent, notamment au générique, mais elles restent anecdotiques. Deux présentations solides, avec une préférence pour le second volet.
Son
Les deux films profitent d’une piste DTS-HD Master Audio mono qui assure une restitution claire et confortable. Les dialogues, essentiels au rythme des échanges entre Annie Girardot et Philippe Noiret, sont intelligibles et bénéficient d’une belle présence. Le mixage se montre propre, sans souffle notable, avec des effets bien restitués et des silences suffisamment denses pour préserver l’ambiance des scènes. Les compositions musicales de Georges Delerue pour Tendre Poulet et de Giorgos Hatzinasios pour On a volé la cuisse de Jupiter ressortent avec une certaine vigueur. Ces pistes conservent naturellement les caractéristiques d’un mixage mono, sans chercher à élargir artificiellement l’espace sonore. L’ensemble remplit donc parfaitement son office, en privilégiant la clarté des dialogues et le confort d’écoute. À noter également la présence de sous-titres français destinés aux personnes sourdes et malentendantes pour les deux films.
Interactivité
Là encore, l’éditeur reprend les suppléments des précédentes éditions TF1 Studio, avec, pour chacun des deux films, une bande-annonce composée et une interview de Catherine Alric réalisée par Jérôme Wybon. D’une durée de 7 minutes pour Tendre Poulet et de 12 minutes pour On a volé la cuisse de Jupiter, ces deux modules permettent à la comédienne de partager ses souvenirs de tournage. Elle évoque notamment Annie Girardot, sa marraine de cinéma, la complicité entre les acteurs, l’ambiance du tournage en Grèce et la rapidité d’exécution de Philippe de Broca. L’entretien consacré au second volet revient également sur un troisième épisode envisagé après le succès du film, auquel Philippe Noiret aurait finalement refusé de participer, au grand regret d’Annie Girardot. De superbes photographies d’époque viennent illustrer ces témoignages, qui vont à l’essentiel tout en donnant envie d’en entendre davantage. Car si ces entretiens sont fort sympathiques, leur brièveté laisse un goût de trop peu : on aurait volontiers prolongé ces retrouvailles avec une équipe dont les souvenirs méritaient assurément un espace plus généreux.
Liste des bonus
Tendre Poulet : « Tendres souvenirs » : Entretien avec Catherine Alric (8′), bande-annonce restaurée.
On a volé la cuisse de Jupiter : « Souvenirs de Grèce » : Entretien avec Catherine Alric (12’18 »), bande-annonce restaurée.







