LE 17E CIEL

France – 1965
Support : Bluray
Genre : Comédie dramatique
Réalisateur : Serge Korber
Acteurs : Jean-Louis Trintignant, Marie Dubois, Jean Lefebvre, Marcel Dalio, Jean Le Poulain, Paulette Dubost…
Musique : Alain Goraguer
Image : 1.66 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 85 minutes
Editeur : Badlands
Date de sortie : 8 juillet 2026
LE PITCH
François, doux rêveur et modeste laveur de carreaux, tombe sous le charme d’une jeune femme aperçue au dix-septième étage d’un immeuble. Et lorsque celle-ci part en vacances à la mer, il la suit à vélo pour lui déclarer son amour. Il se dit romancier, elle se dit châtelaine. Un garçon, une fille, deux mensonges, un amour impossible ?
Échappée belle
Petit film perdu dans le temps et les mémoires, Le 17e Ciel fut le premier passage de Serge Korber (L’Homme-orchestre, Les feux de la chandeleur…) au format long. Une douce fantaisie amoureuse emportée par l’allégresse de Jean-Louis Trintignant.
Étrange carrière que celle de Serge Korber, grand habitué de la cinémathèque française et proche camarade de la bande à François Truffaut qui eu son heure de gloire avec deux films pour Louis de Funès (L’Homme-orchestre et Sur un arbre perché), voire le Et vive la liberté avec Les Charlots, mais qui connu aussi quelques belles années du coté du classé X (Dans la chaleur de Julie, L’Odyssée de l’extase…) et le purgatoire de la gentille télé à maman (Florence ou la vie de château, Marie Pervenche…). Pas forcément l’œuvre la plus lisible et la plus identifiée du cinéma français, mais dans cette première moitié des années 60, Korber fait véritablement partie de cette nouvelle génération de cinéastes, animée par l’envie de réinventer le cinéma hexagonal, portée par les premiers éclats des copains de la Nouvelle Vague. C’est surtout un auteur cohérent qui montre des thématiques récurrentes, des expérimentations visuelles de courts en courts et dont certainement Le 17e Ciel se présente comme un aboutissement, variation libre et enchantée sur une énième rencontre amoureuse entre deux jeunes gens pleins d’attentes et d’expectatives. Ici Jean-Louis Trintignant en simple laveur de vitre et Marie Dubois (vue chez Truffaut) petite bonne appliquée, qui ont tout pour vivre le grand amour le plus simple du monde mais qui se sentent obligé, par un simple quiproquo, de se mentir sur leurs origines modestes.
Amours sincères
Leur petite valse s’échappe du côté de la côte bretonne, lui se faisant passer pour un grand romancier torturé, elle pour une fille d’aristocrate, tandis que chacun doit dissimuler les menus métiers qui occupent leurs journées. C’est frais et plutôt tendre, Korber n’appuyant pas trop sur la question sociale, préférant surtout aborder cette dichotomie entre le fantasme et la réalité comme une brèche vers une romance tournant à l’onirique. Le film s’ouvre d’ailleurs de manière incongrue sur une sorte de parodie de film d’espionnage, multipliant les tirs au pistolet et les tableaux loufoques, avant de révéler in extremis qu’il s’agit bien là d’un rêve de notre protagoniste. Une belle façon d’installer le personnage, toujours dans les nuages, toujours emporté par son enthousiasme et ses espoirs, transformant les plus basses besognes en petits moments de comédie digne du muet ou du modèle Jacques Tati, aux cotés des apparitions bienveillantes du grand Marcel Dalio (Sabrina, Le Port de l’angoisse…), dirigeant colérique de l’Hôtel, ou du benêt Jean Lefebvre en plongeur à la masse. Serge Korber mélange les genres et les tons, laisse librement vaguer son œuvre, profitant de ses scénettes charmantes pour jouer avec le cinéma-vérité, les effets de montage d’un roman photo, voir parfois même avec les décalages modernes en droite ligne de celle d’A bout de souffle de Godard. Et puis, voir ainsi Trintignant, fringuant, séduisant la belle dame sur la plage dans un moment presque circulaire ne peut qu’évoquer aux cinéphiles un certain Un Homme et une femme qui sortira sur les écrans que quelques mois plus tard.
Un film tout à fait dans cet esprit florissant du jeune cinéma français des années 60, inspiré, inventif et affranchi. Juvénile aussi certainement, quitte à se perdre parfois un peu, à se laisser flotter au gré du vent, mais toujours avec un bel esprit et un vrai sens de la belle image. Une jolie redécouverte en somme.
Image
Grande rareté, peu connu et assez peu visible aux cours des années, Le 17e Ciel nous parvient en Bluray grâce à Badlands dans une très belle copie. Le travail de restauration est plus que manifeste avec nettoyage très appliqué des cadres, désormais dénués de la plupart des imperfections, et une restitution soignée des matières de pellicule. Les argentique sont bien présents, le grain d’origine aussi, parfois très prononcé et qui par les origines assez modestes de la production peut entrainer parfois quelques petits flaconnages peu envahissants. L’ensemble est vraiment très beau avec un noir et blanc maitrisé et contrasté et une définition pointue jouant agréablement avec les textures et la profondeur des plans. Belle surprise.
Son
Seul forcément certains petits accros dus au montage sonore d’origine et aux petites variations dans la captation peuvent venir titiller les oreilles des spectateurs les plus pointilleux. Le nouveau mixage DTS HD Master Audio 2.0 fait lui aussi preuve d’un rafraîchissement bien appréciable, offrant des dialogues vifs et clairs, et soutenant impeccablement les musiques mémorables d’Alain Goraguer.
Interactivité
Petit éditeur soit, mais grandes ambitions, Badlands nous offre encore un programme éditorial des plus complets. Proposé dans un boitier scanavo classique mais avec fourreau cartonné, le Bluray comprend en plus du film de nombreux bonus venant recontextualiser le métrage. Par le biais de deux portrait signé Sébastien Le Pajolec (Maitre de conférences à la Sorbonne) qui dans un premier temps explore en profondeur les origines du film proprement dit, ses rapprochements évidents avec les mouvements du cinéma français d’alors, son ton décalé et ses recherches formelles, puis dans un second segment se consacre intégralement à explorer la carrière du cinéaste Serge Korber. De bonnes informations et quelques pistes d’analyses toujours bonnes à prendre qui remettent un peu en avant cet auteur à part. Ce dernier est d’ailleurs bel et bien présent avec une interview datant d’il y a quelques années où Korber revient sur son admiration, son amitié et ses collaborations avec le scénariste Pascal Jardin, faisant preuve d’ailleurs d’une belle humilité.
Du coté des archives Badlands a aussi retrouvé une émission, Cinéma-vif, consacrée au tournage du 17e Ciel, permettant d’observer quelques images du tournage et de profiter d’interviews du réalisateur, de Marie Dubois et de Marcel Dalio, avec une franchise rafraichissante et quelques réflexions agréables sur le métier, la direction d’acteurs et le soutien des jeunes générations par le « vétéran » Dialo.
Enfin le disque comprend aussi pas moins de six courts métrages signés par Korber avant le passage au long, petites variations toujours portées par l’humour et la fantaisie s’attardant sur le stress d’un instituteur avant la rentrée des classes, les plans « amoureux » d’une veuve noire bien charmante, des joies (ou pas) de la vie de couple ou de l’exploration d’un grand sommet en mode survie. Le ton décalé est déjà là, comme bien souvent l’éclosion des sentions amoureux et les multiples rêveries des personnages.
Liste des bonus
La tête dans les nuages : Présentation du film par Sébastien Le Pajolec (31’), Le Mystère Korber par Sébastien Le Pajolec (19’), Le Jardin secret, Pascal Jardin par Serge Korber (18’) Émission « Cinéma-vif » du 12.03.1966 (27’), Bandes Annonces, Courts-métrages : « La rentrée » (1962, 15’), La Dame à la longue vue (1962, 15’), « L’épouse infernale » (1963, 17’), « Eve sans trêve » (1963, 12’), Delphica (1963, 13’), Altitude 8.625 (1964, 19’).





