SILENT ROSE – SIX NOTES SOUS TERRE

France – 2026
Genre : Western, Fantastique
Dessinateur : Steven Dhondt
Scénariste : David Boriau
Nombre de pages : 88
Éditeur : Drakoo
Date de sortie : 30 septembre 2026
LE PITCH
Après avoir réchappé à une bande de tueurs, Silent Rose, célèbre chasseuse de primes, et son frère Bass traversent Flagstone dont les habitants se sont entretués sans raison apparente… Sous le choc, ils font escale à Tuco, connue pour son saloon et son marshal, ancien général sudiste. Un pianiste itinérant apprend alors à Rose et Bass qu’une malédiction sévit dans la région. Elle pousserait ses habitants au pire et s’abattrait sur des territoires cheyennes colonisés : des villes comme Flagstone… ou Tuco.
La mort frappe en musique
Les auteurs de Wanted, Portrait de sang reviennent avec un nouveau western endiablé chez Drakoo. Un nouveau one-shot mais qui partage deux de ses personnages les plus mémorables : la chasseuse de prime Silent Rose et son frère sourd et muet, Bass, une véritable armure à glace qui va de nouveau devoir tonner quelques torgnoles.
Publié il y a trois ans chez le même éditeur, Wanted était un récit auto-contenu mais dont la présence d’une poignée de personnages particulièrement charismatiques ne pouvait pas vraiment rester sans suite. Plutôt que de s’attacher à suivre le destin de l’indien Dull et son photographe de protecteur, David Boriau (Harlem sur la route du diable, La Bibliothèque vampire…) toujours au scénario, cette « suite » tourne son regard vers les camarades un peu plus secondaires mais bien typés Silent Rose et Bass qui vont tomber par hasard sur une ville entière transformée en cimetière à ciel ouvert où toute la population semble s’être entretuée. Des évènements qui pourraient bien se reproduire à Tuco, autre patelin qui a eu la mauvaise idée d’être construit sur d’anciens territoires cheyennes. Wanted prenait la forme d’une traque le long des routes, Silent Rose s’installe plus confortablement dans les décors de la fameuse bourgade de l’ouest avec ses rues poussiéreuses, sa population craintive et rapidement xénophobe, son shériff un peu trop nostalgique du bon vieux sud et, heureusement, un saloon nettement plus chaleureux et ouvert.
Taxe de séjour
Si l’espace est plus réduit, l’atmosphère est toujours empreinte de ces légères touches de fantastique qui marient très efficacement un ton bien musclé et violent façon western spaghetti et l’anachronisme décontracté à la Mystère de l’ouest, où finalement l’explication de la nature du mal qui transforme les populations en fou assoiffés sanguinaires et suicidaires, compte moins que ce qu’elle révèle sur les origines de la nation américaine. Dans Silent Rose, porté par un duo d’anti-héros noir, il est forcément beaucoup question de racisme et de rejet de la différence, mais aussi des fantômes d’une nation fondée sur le sang et un génocide. Rien de nouveau sous le soleil de plomb soit, mais tout cela est plutôt bien amené, donnant un peu de couleurs à un album qui joue surtout la carte de l’action et du rythme trépidant dont personne ne peut vraiment sortir totalement indemne. Les salauds torturent impunément, les prostituées tombent comme des mouches, les balles arrachent des bouts de chairs et la vengeance est toujours un plat qui se mange froid, et terriblement épicé. Atout indispensable de ce diptyque, Steven Dhondt, qui a depuis aussi illustré le réussi et presque horrifique Skinwalker, apporte à nouveau son coup de crayon fébrile et énergique, soulignant plus que jamais sa filiation avec l’art de François Boucq (Bouncer) pour donner corps à un western crasseux, brutal, mais où perce toujours une certaine dose d’humour noir, de distance légère qui renvoie à toute une tradition du genre en BD franco-belge.
Nouvelle réussite donc avec ce Silent Rose qui, peut-être encore plus que Wanted, appelle à un retour indispensable de cette chasseuse de prime ultra charismatique et à une nouvelle aventure empreinte de gunfight et de magie tribale. On guettera sa silhouette à l’horizon.



