UNE PETITE DOSE DE TREMBLEMENT

Tremor Dose – Etats-Unis – 2019
Genre : Fantastique
Dessinateur : Noah Bailey
Scénariste : Michael W. Conrad
Nombre de pages : 152
Éditeur : 404 Editions
Date de sortie : 21 mai 2026
LE PITCH
Tout le monde rêve, mais ces rêves sont-ils les nôtres ? Qui contrôle nos pensées pendant notre sommeil ? Ginn, une jeune étudiante, fait des cauchemars terriblement perturbants mettant en scène un homme qu’elle n’a jamais rencontré. Lorsqu’elle trouve un prospectus affichant sa photo et la question : » Avez-vous rêvé de cet homme ? », elle se soumet à un entretien qui commence à déconstruire sa perception de la réalité.
Comic Paradoxal
Le site Comixology est en train de s’imposer comme le nouveau vivier créatif de la BD américaine et nos éditeurs français ont bien raison de s’en arracher le catalogue. C’est donc 404 Editions qui, comme toujours, nous propose un superbe recueil (grand format, couverture et papier en qualité luxe, cahier graphique bonus…) du très étrange Une Petite dose de tremblement, thriller onirique au noir et blanc aussi neigeux qu’un vieil écran de télé.
Ce qui est agréable avec un album comme Une Petite dose de tremblement c’est que pendant de nombreuses pages, le lecteur ne sait absolument pas dans quoi il est tombé. Le dispositif initial est simple : une jeune étudiante est interrogée par deux scientifiques dans une salle impersonnelle au possible. Un décors bureautique digne de Severance où là aussi l’apparente ultra normalité du cadre provoque un sentiment d’inconfort et d’étrangeté rapidement confirmé par les demi-mots et allusions échangés par les scientifiques et le regards scrutateur et nettement moins détendu, qu’il veulent bien l’avouer, qu’ils portent sur elle. Inconnu en France pour le moment, Noak Bailey (High Strangeness, Plague House…) propose qui plus est des planches en noir et blanc extrêmement granuleuse, expressives et parfois ultra-réalistes, voir limite grotesques, dans la masse de détails (chair, peau, visages…) déployée dans ses cases. Des traces d’un héritage assez comics underground dans la représentation de l’humain, de ses émotions et de sa corporalité, mais aussi dans son intégration dans un environnement on ne peut plus changeant.
Le rêve du papillon
C’est que si la situation est ancrée dans un bureau des plus rigides, la discussion porte sur les rêves de Ginn, et en particulier les apparitions dans ceux-ci d’un homme curieux, intrus incongrue souriant même lorsque la protagoniste règle brutalement ses pulsions violentes avec un père absent. Ces songes envahissent les pages, déconstruisent leur découpage et entraine le scénario d’un Michael W. Conrad très loin de ses habituels aventures mainstreams (Action Comics, Wonder Woman, Nightwing, X-O Manowar Unconquered…), vers le surréalisme psychanalytique ou l’inquiétante étrangeté d’un David Lynch. Le titre n’est en l’occurrence jamais aussi intriguant que lorsqu’il ne cherche pas à donner de véritable explication à ces allers-retours d’un monde à l’autre et laisse ses frontières particulièrement poreuses entre la mise en image d’une auto-psychanalyse et le petit trip fantastique dissonant où les tableaux ridicules et les pulsions mortifères se mélangent sans limites logique. Dès lors, le semblant d’explication ne peut qu’être en partie décevant et la seconde partie d’Une Petite dose de tremblement où justement Ginn devient véritablement actrice de ce qui s’avère une extrapolation SF entre la satire sociale et l’aventure fantasmagorique, s’engouffre dans des ressorts nettement plus prévisibles et du coup presque rationnels et explicatifs. Toute proportion gardée. Noah Bailey délivre à nouveau quelques échappées gentiment délirantes et Michael W. Conrad mêle les rêves dans les rêves, mais la trame s’arrête alors trop tôt ou trop tard pour totalement convaincre, sur une fin ouverte qui en dit trop ou pas assez.
Pas maitrisé jusqu’au-bout, Une petite dose de tremblement reste tout de même une proposition graphique originale et étonnante, expérimentation narrative et visuelle qui emporte le lecteur vers une lecture à demi-éveillée provoquant quelques sensations tout à fait déstabilisantes. A chacun de voir s’il accepte ce saut illusoire où s’il préfère rester bien assis dans le canapé.




