GOETZ

France – 2026
Genre : Science-Fiction
Dessinateur : Didier Cassegrain
Scénariste : ‘Fane
Nombre de pages : 176 pages
Éditeur : Comix Buro, Glénat
Date de sortie : 6 mai 2026
LE PITCH
Dans un futur relativement proche, la civilisation terrienne, ayant inexorablement fini de puiser les ressources de la Terre, est partie fonder une colonie sur une petite planète habitée par des peuplades, humaines elles aussi, mais qui en sont encore à l’» âge de fer ». Ces néo-colons, très avancés technologiquement, convaincus d’avoir appris de leurs erreurs, et – comme toujours – persuadés d’être porteurs du Bien, comptaient bien y prendre un nouveau départ. Mais 30 ans ont passé, et le Terrien, « gourmand » par nature, et tout évolué qu’il puisse être, a pris l’ascendant sur ses hôtes : asservissement, viols, pillages des richesses et des terres…
Barbarismes
L’humanité peut-elle apprendre de ses erreurs, changer de chemin, de nature, et enfin trouver la paix sur une nouvelle planète ? Vaste question à laquelle ne répond pas totalement Goetz, space opera guerrier et métaphysique surprenant qui a bien compris que les réponses les plus simples sont rarement les meilleures.
Grand thème classique de la science-fiction, dans Goetz les dernières traces de l’humanité en provenance de la Terre ont finalement dues s’exiler vers une nouvelle planète d’accueil. Mais comme souvent, celle-ci est déjà bien occupée pas d’autres humanoïdes presque identiques aux humains (seul petit bémol de l’album qui aurait peut-être mérité un peu plus d’exotisme) qui du haut de leur société féodale regarde cette science invasive d’un mauvais œil. Bien entendu malgré les bonnes intentions premières, les terriens ne font rien qu’à reproduire leurs anciennes erreurs, ratissant la flore, s’installant comme des conquérants et maltraitants leurs hôtes. Des tensions déjà explosives dans les premières pages où « le roi des roi » prépare plus ou moins sa riposte guerrière. De prime abord Goetz se présente comme une fresque guerrière opposant comme dans Avatar et autre récits civilisationnels, une société humaine baignée dans la haute technologie et prête à toutes les extrémités pour son propre confort (ici une contamination globale qui renvoie autant à la crise du COVID qu’au génocide amérindien) face à des hordes guerrières aussi brutales que les anciens vikings. Nous sommes entre le space opera et le récit barbare avec déjà un terrain fluctuant où le manichéisme de base peine à s’ancrer : les deux peuples, oppresseurs et opprimés, démontrent d’une même faculté au rejet de l’autre et une certaine propension à son élimination.
Les conquérants
C’est là qu’apparait la figure centrale de Guetz, bâtard ou métisse (selon les points de vue), chef de guerre qui suit son propre agenda et surtout semble animé par un sentiment de vengeance contre les uns et les autres. Inspiré de ses lectures de Le Diable et le bon dieu de Jean-Paul Sartre, Fane (Hope One, StreamLiner…) emporte cette importante réflexion sur l’impossible équilibre entre le bien et le mal absolu, ce débat autour de la nature humaine et ses rapports à la foi (qu’elle soit ici en une religion, en la nature ou la technologique) et l’emporte dans l’espace au service d’un récit spectaculaire et souvent sauvage. Habité par la personnalité sanguinaire, mais aussi ambiguë et surprenante de ce protagoniste inattendu, Goetz n’hésite pas à convoquer quelques dieux anciens, proches des caractères très humains de ceux de l’antiquité ou des peuples nordiques, et les aires participer aux batailles. Il n’hésite pas non plus à bifurquer totalement dans sa tonalité pour un ultime voyage qui n’est pas sans rappeler quelques délires mystiques du maitre Jodorowsky… Guetz est une BD construite sur un terrain glissant, qui d’un tableau global et presque planétaire réduit constamment son optique vers le voyage intérieur d’une seule et unique figure quitte à sacrifier des personnages secondaires en cours de route.
Quelques victimes sur le chemin, quelques ruptures trop sèches et un final ouvert que certains pourront trouver un peu facile, mais l’album reste tout à fait passionnant par ces cheminements sinueux, ses réflexions et sa vision spectaculaire d’une remise en question philosophique. Il est aussi particulièrement puissant par les planches renversantes offertes par le très doué Didier Cassegrain (Nymphéas noirs, Carmen Mc Callum, Piège sur Zarkass…). Avec de superbes couleurs directes et un trait d’une grande précision, il fait rejaillir le Simon Bisley et le Frazetta qui sommeillait en lui pour explorer des toiles épiques et mythologiques impressionnantes, où malgré tout la démesure de l’âme humaine, et en particulier celle de Goetz, affleure constamment, réunissant parfaitement les deux grandes voix de l’album.



