SORCIERS & BOURBIERS : LE COLOSSE ROUGE

France – 2026
Genre : Fantasy
Dessinateur : Léa German
Scénariste : Alex Chauvel
Nombre de pages : 89
Éditeur : Delcourt
Date de sortie : 23 avril 2026
LE PITCH
Gaillardine, sorcière indépendante poursuivie par la loi, et Yvain, chevalier errant se faisant passer pour un ménestrel, décident de s’associer pour sortir de prison. Ensemble, ils devront affronter le commandeur Albéric de Mortemer, moine-soldat incorruptible, Raban de Thuringe, guerrier colossal revenu à l’état sauvage et Ida Trencavel, jeune veuve prête à tout pour le rester.
L’Aventure sourie aux audacieux
L’auteur des Murailles invisibles revient avec une nouvelle proposition originale. Une aventure médiévale et fantastique dans une France de conte ou éclosent quelques nouveaux héros de cape et d’épée lancés dans une aventure rocambolesque. Un titre bourré d’action et de surprises.
Comme il le raconte dans le petit bonus présenté en fin d’album, l’idée de ce qui deviendra Sorciers et Bourbiers est venu à Alex Chauvel après avoir découvert, tristement médusé, un certain épisode 9 d’une certaine guerre dans les étoiles. Déconcerté par la pauvreté du scénario et l’utilisation navrante des personnages (et en plus un sabre à lame jaune !), il s’imagine revisiter à sa façon les veilles légendes de chevalerie et tout le décorum de la Fantasy. Quelques années plus tard voici donc le premier album de ce qui se présente comme une longue série potentielle, bien installée dans une région un peu perdue du royaume de France, marquée par les attaques sanguinaires d’un géant recouvert de tatouage. Pour mettre fin à ces exactions, une troupe de croisés menée par Albéric de Mortemer est dépêché sur place, mais leur route va aussi croiser le chemin d’un ménestrel pas franchement doué au luth (mais nettement plus aux poignards), une sorcière au cheveux rose en quête de ses origines et une jeune veuve prête à toute pour préserver son indépendance. Une petite troupe pas forcément alliée mais pas toujours ennemis non plus dont on va découvrir progressivement les personnalités mais aussi les lourds passés ou les petits secrets bien cachés.
Colosse et pieds d’argiles
Dans Le Colosse rouge personne n’est vraiment qui il prétend être et les questions d’honneurs, de vengeance et d’amitié viennent triturer un scénario plutôt direct dans ses grandes lignes. La force du récit et ses plus beaux moments viennent clairement des personnages et leurs interactions, joutes verbales mais aussi joutes tout court avec quelques surprises à la clef. C’est un récit généreux et fantasque que nous offre Alex Chauvel, jamais très loin dans sa constitution et l’équilibre entre les protagonistes, d’une partie de Donjons et Dragons, et qui n’hésite pas d’ailleurs à croiser allègrement humour franc et humour noir, action violente et délires presque enfantins, avec légèreté. Une approche toujours sur le fil, maniée aussi par Léa German, surtout connue jusque-là pour ses illustrations de livre jeunesse. Son dessin tout en rondeur et en souplesse, ses personnages constamment en mouvements aux expressions échappées d’un cartoon, pourraient ainsi faire croire de prime abord à une série exclusivement réservée aux plus jeunes. Il n’en est rien et le décalage constant est totalement voulu dans cette BD entre plusieurs eaux quitte parfois à boire un peu la tasse en cours de route. En effet à cause sans doute d’un découpage toujours très serré et d’une dynamisme exacerbé, la lecture semble parfois un peu chaotique, pas parfaitement lisible. Les grandes scènes de batailles sont souvent très réussies, mais les passages normalement plus calmes, dialogués ou tournés vers la comédie, se laissent sans doute un peu trop emporter par la petite folie des personnages.
On s’y perd un peu dans ces cavalcades et ces élucubrations, mais il faut reconnaitre que par son esprit libre et taquin, Sorciers & Bourbiers reste un premier tome tout à fait sympathique qui impose déjà des personnages que l’on se plaira volontiers à retrouver dans une suite prochaine.



