GHOST PEPPER T.1

Ghost Pepper #1-5 – Etats-Unis – 2025
Genre : Science-fiction
Dessinateur et scénariste : Ludo Lullabi
Nombre de pages : 160
Éditeur : Delcourt
Date de sortie : 23 avril 2026
LE PITCH
L’humanité a survécu à une menace monstrueuse, mais le monde n’est est pas devenu meilleur pour autant. Loin s’en faut ! Chaque jour, Loloi prend la route pour livrer sa délicieuse cuisine au grand public au volant de son food truck, déjouant des adversaires perfides et gardant une longueur d’avance sur les robots censés protéger l’humanité. Mais tout bascule lorsqu’elle croise la route d’un mystérieux guerrier nommé Ash…
Muito Picante
Ghost Pepper a de prime abord des airs de révélations. Un premier vrai succès en solo pour l’artiste Ludo Lullabi qui a fait son trou sur le marché américain grâce au soutien de l’éditeur Images Comics. Cependant, le monsieur est loin d’être inconnu puisqu’on l’a croisé comme collaborateur de Joe Madureira sur la série Battle Chasers (et son style en a gardé quelques chose), comme illustrateur incontournable des univers des jeux vidéo World of Warcraft ou Heartstone et même, il y a bien longtemps de cela, sur un certain Lanfeust Quest… car oui, il est français.
En soit on sent que Lullabi prend un pied fou à pouvoir enfin un univers qui lui est propre et a expérimenter à sa façon avec les codes des comics. Plutôt de la BD en général puisque son découpage, sa narration, son mélange des genres et l’ultra-dynamisme de ses compositions piochent effectivement allègrement du coté des différentes écoles, européennes, américaines et japonaises, pour délivrer une prestation qui passe avant tout par le dessin. On ressent même une certaine touche à l’italienne dans ces contours libres, fluides et audacieux où là encore les postures et les attitudes semblent toujours en mouvement. Les planches sont d’autant plus réussies qu’elles reflètent un univers SF fait de bric et de broc, visions futures d’un monde post-apocalyptique peuplé de machines géantes, d’hommes augmentés et de demi-dieux ultra puissants mais dans un décor low tech, ravagé et appauvris par d’anciennes catastrophes et d’anciens combats. Une prestation largement murie et qui visuellement réussit tout ce qu’elle entreprend que ce soit les bastons les plus homériques, les visions les plus grandioses ou les nombreux moments de comédie où l’objectif se resserre véritablement sur les personnages.
La bonne recette
En l’occurrence, les protagonistes principaux sont Loloi une cuisinière en foodtruck qui garde précieusement sa recette secrète et Ash, un étrange personnage, taciturne, froid, rigide mais extrêmement puissant et colérique. Un duo auquel il faut tout de même ajouter un drôle de robot qui se trimbale constamment sur les épaules de Ash et multiple les remarques acerbes et un peu plus tard Toogle, colosse et commis mécanisé d’un concurrent culinaire trop jaloux qui finit par déclarer, très maladroitement, sa flamme à Loloi. C’est par cette petite bande que se révèle l’environnement de Ghost Pepper, aux reflets madmaxien, mais où l’ensemble de la société semble entièrement tourné vers la dévotion envers Bataar, celui qui aurait sauvé le monde d’un titan ravageant tout sur son passage. Si la droite ligne de l’aventure est pour l’instant plutôt classique, les héros se découvrant laborieusement une trajectoire commune, ce premier recueil se montre plus original dans ses curiosités (on n’est pas loin parfois du cartoon) et surtout l’intention porté au fameux antagoniste, dépeint au départ comme une sorte de dieux vivants… mais que l’on découvre finalement très faillible, alarmé par le retour de Ash, entièrement dévoué à sa famille et donc on ne peut plus humain.
Ludo Lullabi offre ici de très bonnes bases pour une série au long cours, présentant des personnages charismatiques et plutôt originaux, jouant avec un univers reconnaissable mais plein de petites particularités et surtout emballant le tout avec une vigueur communicative. Et encore une fois, les planches en jettent méchamment.



