CHEYENNE

France – 2026
Genre : Histoire, Drame, Western
Dessinateur et scénariste : Patrick Prugne
Nombre de pages : 96
Éditeur : Daniel Maghen Editions
Date de sortie : 22 avril 2026
LE PITCH
L’histoire se situe en 1864, au moment où colons et chercheurs d’or déferlent sur les plaines de l’ouest, soutenus par l’armée, au mépris des traités censés garantir aux indiens la préservation de leurs territoires. Charlie et George, deux frères métis, se retrouvent pris entre l’hostilité des blancs et la colère des indiens. L’histoire commence quand ils tentent de rejoindre leur mère, Owl Woman, qui vit parmi les Cheyennes du chef Black Kettle sur les rives de la Big Sandy Creek.
Histoire d’un peuple
On peut dire sans peur de froisser d’autres auteurs ou d’en faire trop, que Patrick Prugne est incontestablement le spécialiste de la BD sur la culture amérindienne. Du survival Vanikoro à la relecture du destin de la belle Pocahontas, l’auteur continue de faire revivre le destin de ce peuple en s’inspirant très fréquemment de véritables épisodes historiques. Comme ici les Guerres des plaines et l’un de ses épisodes les plus sanglants.
Cheyenne fait ainsi écho au terrible massacre de Sand Creek où après de longues tentatives de pourparlers et l’option d’un accord satisfaisant pour les tribus Cheyenne et l’état américain, ce dernier choisie finalement de se débarrasser définitivement du problème en massacrant leurs émissaires et leurs camps. Guerriers, chefs, femmes, enfants tous seront abattus où passés par les armes sans une once de pitié. Une blessure béante dans l’histoire de la fondation du pays et qui fut longtemps considéré comme une simple bataille avant d’être véritablement réévalué comme le massacre qu’il est. Sur le site même des évènements, les deux stèles cohabitent, témoins d’un changement de regard salvateur. Si l’auteur s’en approche avec une volonté finalement assez factuelle, incluant quelques figures historiques connues mais reposant aussi sur le témoignage littéraire connu de l’un des personnages principaux, Prugne préserve toujours cette vision non pas épique, mais qui célèbre constamment la figure humaine au sein de paysages qui la dépasse.
Les terres perdues
L’album s’ouvre ainsi sur une simple famille de colons en route pour la terre promise, dessinée presque comme des anomalies (la suite sera encore plus tragique), puis embraye avec deux frères métis chassés de la guerre et qui découvrent que les tensions entre blancs et indiens sont loin de s’être apaisés. Eux aussi ne sont pas à leur place dans le cadre, il faudra que l’un deux reviennent rapidement auprès des siens (les Indiens donc) pour que les planches se refassent sublimes. Chez le dessinateur les Indiens font définitivement partie de l’image, à leur place, dans l’ordre naturel des choses, là où les héros de westerns (cowboys, cavalerie…) plus sombres, plus limités, ne peuvent totalement se fondre. Si l’histoire en elle-même est peut-être un peu moins prenante et marquante que d’autres propositions précédentes, en particulier à cause d’une approche presque documentaire parfois, la force de son dessin est indéniablement intacte. Il capture ce monde perdu comme personne, redonnant aux grandes plaines leurs âme d’autrefois, mariant faunes locales (chevaux, bisons, oiseaux divers…) avec le peuple autochtone menacé dans des toiles pastorales fascinantes et sublimes. Bien entendu, ici tout est fait mains, des premiers croquis (parfois encore légèrement visibles et c’est très agréable) jusqu’à la colorisation aquarelle aux rendus délicats et évocateurs.
Un vrai voyage dans le temps en grand format qui profite d’un petit cahiers bonus proposant quelques recherches visuels et témoignages de voyage de l’artiste.



