LUMIÈRE PÂLE SUR LES COLLINES

遠い山なみの光 – Japon, Royaume-Uni, Pologne, Singapour – 2025
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Kei Ishikawa
Acteurs : Suzu Hirose, Fumi Nikaidô, Yoh Yoshida, Camilla Aiko, Kôhei Matsushita, Tomokazu Miura…
Musique : Pawel Mykietyn
Durée : 123 minutes
Image : 1.66 16/9
Son : Japonais DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Éditeur : Metropolitan Film & Video
Date de sortie : 10 avril 2026
LE PITCH
Royaume-Uni, 1982. Une jeune anglo-japonaise entreprend d’écrire un livre sur la vie de sa mère, Etsuko, marquée par les années d’après-guerre à Nagasaki et hantée par le suicide de sa fille aînée, Keiko. Etsuko commence le récit de ses souvenirs trente ans plus tôt, lors de sa première grossesse, quand elle se lia d’amitié avec la plus solitaire de ses voisines, Sachiko, une jeune veuve qui élevait seule sa fille…
Memories
Adaptation fidèle d’un roman de Kazuo Ishiguro, Lumière pâle sur les collines se présente comme un portrait de femme(s) relativement complexe et qui traite du déracinement et de la responsabilité. Trop sage, trop propre, le film de Kei Ishikawa se perd malheureusement dans les effets de manche de son dernier tiers. On retiendra néanmoins sa très belle direction d’actrices, sa direction artistique impeccable et un mystère central qui justifie d’aller au bout du voyage.
Deux époques, deux continents, cinq personnages féminins dont l’un se limite à un nom, à une absence et à une blessure intime. À moins que. Paru en 1982 et primé dans la foulée par la Royal Society of Litterature à Londres, Lumière pâle sur les collines est un gros morceau, une sorte de rubik’s cube caché au centre d’un labyrinthe lui-même dissimulé dans une belle grosse boîte en acajou. L’auteur, Kazuo Ishiguro, y fait bien évidemment allusion à sa double nationalité anglaise et japonaise, à son enfance dans la ville de Nagasaki (frappée, rappelons-le, par la deuxième bombe atomique de l’histoire, le 9 août 1945) et à son propre déracinement puisqu’il quitte le climat subtropical du sud de l’île de Kyushu pour la grisaille de la campagne anglaise à l’âge de six ans. Ishiguro y raconte la relation entre une femme japonaise d’âge mûr, Etsuko, et sa fille cadette, Niki, née d’un second mariage avec un photographe anglais, et qui a pour projet de raconter la jeunesse de sa mère dans le Nagasaki de l’après-guerre. Mais Niki ne sait pas comment parler à une mère qui se raconte peu et qui se ment à elle-même quant aux raisons de son départ du Japon et du suicide de sa fille aînée, Keiko. Chercher la vérité derrière des souvenirs altérés, reconstruits ou enjolivés, tel est l’angle d’attaque du scénario que Kei Ishikawa parvient à extraire du roman particulièrement compact d’Ishiguro-San. Sous le ronronnement paisible d’une narration en deux temps (une scène dans la campagne anglaise de 1982 déclenche une série de souvenirs en 1952 à Nagasaki, lesquels nous ramènent en 1982, et ainsi de suite), Ishikawa construit par petites touches une sorte de thriller intimiste et féministe dont le point d’orgue est (ATTENTION, SPOILERS!) un authentique mind-fuck qui renvoie au twist schizophrène du Fight Club de David Fincher et qui laisse une part de la résolution du mystère à l’imagination du spectateur.
Entre le ciel et l’enfer
Kei Ishikawa investit presque tout dans la forme et délaisse trop vite le fond. Entendons-nous bien, Lumière pâle sur les collines n’a pas volé sa réputation de drame de prestige, coproduction internationale calibrée au poil de uc pour tourner dans les festivals. Empruntant à la préciosité et au minimalisme d’un Yasujirô Ozu (mais quel cinéaste nippon qui cherche à dompter la critique ne s’y réfère pas?) ainsi qu’à l’étrangeté feutrée d’un Kiyoshi Kurosawa, Ishikawa marche sur des œufs et construit ses cadres et son atmosphère avec un soin maniaque. Il en résulte un long-métrage terriblement immersif, presque hypnotique. Mais cet édifice érigé avec une précision mathématique ne se justifie qu’au regard d’une conclusion alambiquée et dont la prétention rogne sur l’émotion. Le désir de contrôle absolu du cinéaste est tel qu’il empêche les vannes de s’ouvrir. Frustration, frustration. Le beau mélo transgénérationnel qui se profilait s’achève donc sur un pet contenu.
Il faut toutefois reconnaître au film le véritable pouvoir de séduction d’un casting ad hoc. La dynamique très ambiguë que dégage le duo formé par Suzu Hirose et Fumi Nikaidô – soit les deux faces d’une même pièce – fascine dès les premières minutes. La retenue et les sourires gênés de la première se heurtent à l’humeur très incertaine de la seconde dans un ballet qui oscille entre le malaise et une sororité solaire. Côté masculin, le vétéran Tomokazu Miura s’affirme en véritable voleur de scène dans le rôle d’un beau-père un peu à la ramasse, sa bienveillance contrebalancée par un fort sentiment de justice liée à la défaite du Japon et au tournant pacifiste de la jeune génération.
Lumière pâle sur les collines parvient donc à se mettre le spectateur dans la poche et capter son attention jusqu’aux toutes dernières minutes (et la douche froide qui va avec) grâce à des questions qui interpellent (quitter son pays mais pour quelles raisons et avec quels effets ?), à des sous-intrigues qui abordent des sujets rarement abordés et notamment le cas de Nagasaki, ville meurtrie et un peu oubliée par l’Histoire quand on la compare à Hiroshima.
S’il fallait résumer cet essai de Kei Ishikawa, il ne faudrait pas y aller par quatre chemins et parler d’occasion manquée. Le cinéaste avait une véritable fresque familiale sous la main, un mélo à la Douglas Sirk, et il a préféré en faire un casse-tête incomplet. C’est pourtant pas passé loin.
Image
Un master redoutable de précision sur le front de la définition, à la colorimétrie très marquée (les teintes chaudes de Nagasaki contre les lumières automnales de la Grande Bretagne). C’est donc très beau et assez irréprochable même si les textures, très numériques, laissent l’impression d’une douceur excessive.
Son
La musique est en retrait (malgré quelques explosions) et laisse le champ libre à un surprenant travail d’immersion acoustique avec des ambiances parfaitement découpées et au réalisme sidérant. Fermez les yeux et vous vous retrouverez dans le Japon des années 50. Les quelques scènes de foule sont remarquables. N’hésitez pas à pousser le volume.
Interactivité
Un making-of sur le vif entrecoupé de propos très policés de la part du casting et du réalisateur. On retiendra pour l’essentiel le grand calme du tournage, les appréhensions du casting féminin et la grande technicité de la production qui se reposent fréquemment sur des effets numériques très discrets.
Liste des bonus
Making-of (34’), Bande-annonce.







