LA TRILOGIE DE LA TRAQUE : 3 FILMS DE JUNYA SATO

君よ憤怒の河を渉れ, 人間の証明, 野性の証明 – Japon – 1976, 1977, 1978
Support : UHD 4K
Genre : Thriller, Action
Réalisateur : Junya Sato
Acteurs : Ken Takakura, Yoshio Harada, Ryô Ikebe, George Kennedy, Mariko Okada, Yûsaku Matsuda, Toshirô Mifune, Ryôko Nakano, Hiroko Yakushimaru…
Musique : Hachirô Aoyama, Yuji Ohno
Image : 2.35 et 1.85 16/9
Son : Japonais DTS HD Master Audio 4.0, 2.0 ou 1.0
Sous-titres : Français
Durée : 151, 133 et 144 minutes
Editeur : Carlotta Films
Date de sortie : 21 avril 2026
LE PITCH
Chasse à l’homme : À Tokyo, de lourdes accusations pèsent sur le procureur Fuyuto Morioka. Arrêté par la police, celui-ci parvient à s’échapper et à quitter la capitale…
La preuve d’un homme : Un jeune Afro-Américain est retrouvé poignardé dans un hôtel tokyoïte, où se déroule au même moment un défilé de mode. L’enquête va mener l’inspecteur Munesue jusqu’aux États-Unis, où ce dernier va devoir faire équipe avec son homologue new-yorkais, Ken Shuftan…
Survie en pleine nature : L’officier des Forces spéciales Ajisawa provoque malgré lui la mort de deux personnes au cours d’une expédition. Pris de remords, il décide de quitter l’armée et de changer de vie…
Les grandes battues
Après avoir réalisé le terriblement spectaculaire Super Express 109, Junya Sato est immédiatement consacré comme le nouveau spécialiste du cinéma d’action à gros budget de la Kurokawa. Suivront alors trois longs métrages, considérés désormais comme une trilogie informelle, croisant les genres (action, polar, aventure…) pour brosser le portrait de nouveaux héros, solitaires et traqués, dans un Japon moderne de plus en plus défaillant.
Il fait partie de ces nombreux, mais pas toujours aussi professionnels et efficaces, réalisateurs de studio, traversant quelques décennies de cinéma populaire en délivrant régulièrement quelques succès tout à fait solides. Connu au départ comme un spécialiste du film de yakuza, il va rapidement faire ses preuves dans la gestion d’importants budgets et de projets de plus grande ampleur dont effectivement le déclic sera véritablement l’électrisant Super Express 109, film catastrophe sous tension où le metteur en scène réussit à marier brillamment effets spéciaux, thriller, stars et consonances sociales. La Kurokawa alors en pleine transformation suite à la reprise des studios par le fils du fondateur, lui ouvre forcément grands ses portes et va l’inclure dans sa nouvelle dynamique : des films à plus grands spectacle mais toujours à partir de romans édités par la branche littéraire. Réalisés coups sur coups, Chasse à l’homme, La Preuve d’un homme et Survie en pleine nature sont donc tous trois des adaptations plus ou moins libres de succès d’éditions et qui partagent cette vision, très ancrée dans la culture nippone marquée par la figure du ronin, de l’homme solitaire confronté à une société brutale et où l’individualité n’est que peu tolérée.
Dans l’enfer moderne
Après avoir collaboré sur une précédente adaptation du célèbre manga Golgo 13 en 1973, Junya Sato retrouve par deux fois le minéral Ken Takakura pour interpréter avec virilité et impassibilité cette stature de l’anti-héros tragique mais noble. Dans Chasse à l’homme, il joue ainsi le rôle d’un procureur accusé à tord d’un vol et d’un viol qui va peu à peu réaliser qu’il n’est que l’une des victimes d’un complot nettement plus vaste. Les premières minutes sont extrêmement réussies, suivant l’engrenage terrible se mettant en place sans que le protagoniste ou le spectateur ne comprenne véritablement ce qu’il se passe. La suite est nettement plus curieuse avec sur une musique 70’s hors propos, une construction façon Le Fugitif jalonnée d’épisodes surprenants (un combat contre un ours mal fichu, un cours d’aviation en 5 minutes chrono, une nuit d’amour sur une peau de bête dans une grotte…) avant de retrouver le chemin du thriller politique pour une dernière bobine certes plus resserrée mais aussi plus convaincante dans ses accents paranos. Le cinéaste y insiste sur la corruption qui gangrène la police, la justice et le monde politique japonais.
Dans l’enfer forestier
Tourné deux ans plus tard, Survie en pleine nature en est presque le prolongement, reprenant plus ou moins le même casting (la très convaincante Ryôko Nakano est cette fois-ci une journaliste tenace plus qu’une simple love interest) et plaçant Ken Takakura dans la position d’un ancien militaire d’une section d’assaut spéciale qui a recueilli la survivante d’un étrange massacre survenu dans son village de montagne. Là encore la suspension de crédibilité est régulièrement mise à mal (avec quelques éléments de fantastique même) toujours afin de pousser le métrage vers le divertissent débridé et le feuilleton trépidant, passant du polar au film de yakuza, tout en déployant dans sa dernière bobine un tournant survivaliste à la Rambo permettant de déployer un matériel militaire (tanks, hélicoptères…) et des explosions dignes d’un blockbuster. Si les opus ne sont pas toujours crédibles, aidé par un casting toujours solide (dont la jolie idole Hiroko Yakushimaru dans son premier grand rôle) Junya Sato leur offre une belle patine avec sa mise en scène classique mais parfois joliment inspirée (la recherche du cadavre caché sous une pluie diluvienne, les différentes scènes de poursuites et de castagnes…) et offre des divertissements tout à fait sympathiques, quoi que toujours un peu longs, qui soulignent à leur manière une certaine défiance envers les puissants (politiques, yakuza, militaires…) qui régissent l’ordre japonais.
Dans l’enfer de l’histoire
Mais le film le plus marquant reste cependant le La Preuve d’un homme tourné entre les deux et qui pour le coup reste nettement plus attaché à la forme du film policier. L’enquête autour de la mort d’un noir américain découvert durant un défilé de mode luxueux à Tokyo va faire remonter aux détectives japonais, mais aussi au très new-yorkais George Kenney, le fil d’une authentique tragédie familiale insoupçonnée faisant échos au passé douloureux du Japon et sa relation compliquée avec l’ancien ennemi et désormais presque occupant américain. Le scénario est pour le coup une mécanique très réussie, où chaque flashback relance l’affaire et fait monter d’un cran l’implication émotionnelle, et où la noirceur générale vient confronter les deux nations à leurs préjugés et leur racisme ancré. Avec une caméra plus nerveuse et documentaire que pour les deux autres films, Sato capture ici avec beaucoup de justesse le Japon et les USA à ce tournant des 70’s, entre frictions et dialogues réamorcés. Un vrai polar sociétal, pertinent et prenant, auréolé qui plus est de la participation toujours appréciable du grand Toshiro Mifune et porté par une magnifique Mariko Okada dans le rôle troublant d’une mère terriblement forte mais ambiguë. Ce fut d’ailleurs le plus gros succès commercial de cette « trilogie » et l’une des plus grandes réussites de son auteur.
Image
Les trois films ont été restaurés avec la même ferveur au Japon à partir de scans 4K des négatifs 35mm et le résultat est à chaque fois éclatant et impressionnant : les cadres sont une propreté virginale, toujours stables et affichent une définition redoutable et creusée. Si l’édition bluray propose déjà des disques de très haute tenue, le coffret UHD confirme son statut de format idéal appuyant plus encore le piqué de chaque tableau, offrant un relief inédit et une précision renversante tout en soulignant l’élégance du grain et des argentiques. Les couleurs y sont aussi nettement plus chaleureuses, riches et finement contrastées. Pas un signe de faiblesse à l’horizon.
Son
La restauration est tout autant profitable sur les diverses bandes sonores qui accompagnent les films. On y trouve des monos ou stéréos qui reproduisent à merveille les sensations d’origine avec des DTS HD Master Audio tout à fait clairs, concentrés et équilibrés. Les dialogues y sonnent juste sans perditions ou petites saturations. On trouve aussi pour chacun des prestations légèrement modernisées avec des DTS HD Master Audio 4.0 qui ajoutent effectivement quelques sensations supplémentaires, un espace plus incarné et quelques effusions plus proches du spectaculaire voulu des films.
Interactivité
Le coffret est plutôt sobre en apparence mais il contient trois très jolis digipacks cartonnés au design « à l’ancienne » très réussis. Sur les disques on peut visionner les traditionnelles bandes annonces et teaser d’époque et pour chaque opus une introduction dédiée signée Fabien Mauro. Le spécialiste du cinéma japonais revient sur le statut particulier de la Kadokawa et l’importance de la branche d’édition de romans et évoque donc les différentes adaptations. Il revient aussi sur la carrière de Junya Sato, de Ken Takakura ou de l’idole Hiroko Yakushimaru, souligne la réussite des scènes les plus marquantes et décrypte quelques contextes historiques et politiques. Sobre.
Liste des bonus
Présentation de Fabien Mauro : Traqué (20’), Origines (26’), Survival (18’), Bandes-annonces.








