L’AUBERGE DU PÉCHÉ

France – 1950
Support : Bluray & DVD
Genre : Policier
Réalisateur : Jean de Marguenat
Acteurs : Ginette Leclerc, Jean-Pierre Kerien, Edouard Delmont, Jean Parédès, André Valmy, Alice Tissot, Howard Vernon, Christianne Barry…
Musique : Henri Verdun
Image : 1.37 16/9
Son : Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français pour sourds et malentendants, Anglais
Durée : 108 minutes
Editeur : Pathé
Date de sortie : 25 mars 2026
LE PITCH
Gilberte, serveuse dans une auberge, rêve d’une autre vie. Alors quand un mystérieux voyageur lui confie un sac de billets de banque avant d’être assassiné, elle n’hésite pas à cacher son butin. Mais le danger se rapproche et Briquet, un inspecteur en vacances, décide d’enquêter sur l’affaire…
Une communauté bien curieuse
Petit film policier de l’après-guerre, L’Auberge du péché fait partie de ces nombreuses productions qui ont disparu au cours des années, devenu quasi-invisibles, oubliées. Ravivé par une restauration de haute tenue, le dernier film de Jean de Marguenat retrouve un certain éclat avec la distance des années.
On ne parlera pas forcément de nostalgie, le film ne travaillant certainement pas une vision idéalisée de la petite France populaire de la fin des années 40, mais il capture plutôt joliment un esprit très particulier, marqué entre la volonté d’embellie et une certaine noirceur, lucide, toujours présente dans les mémoires. Réalisateur artisan dont on se souviendra surtout des deux courts-métrages et du long Adémaï au Moyen-âge consacré à ce personnage de doux naïf incarné par Noel-Noel, Jean de Marquenat adapte avec légèreté le roman policier de Georges-André Cuel, Café noir. Il y embrasse certes l’enquête factuelle cumulant en seulement deux jours, deux morts dans ce petit village bien tranquille, mais qui apporte aussi une petite distance qui se tournerait plus volontiers vers la chronique rurale. Le récit multiplie les personnages, les petites anecdotes accumulant autant les suspicions que les rencontres, et s’amuse clairement de voir quelques détectives en herbes (certains de véritables policiers, d’autres en vacances, d’autres amateurs…) tenter de démêler le vrai du faux et surtout remettre la main sur un sac remplis de billets de banque.
Tournée générale
Aidée par le travail du directeur photo Charles Bauer (Rire de Paris, 7 Hommes… une femme), la mise en scène se montre tout à fait efficace lorsqu’elle cite directement les ambiances à couper au couteau, inquiétantes et mystérieuses, du film noir redécouvert en France tout récemment. Mais il alterne ces petits moments de tensions avec des intermèdes faisant vibrer la corde de la comédie hexagonale, voir provinciale, tandis que d’autres, en particulier lorsque le récit s’intéresse à l’indépendante et sauvage « La Follette » (Christiane Barry) se tournent plus volontiers vers l’émergence du néo-réalisme italien. Un constant mélange des genres et des tonalités qui effectivement peut empêcher le métrage de trouver véritablement son rythme et son identité, mais qui lui offre aussi une certaine singularité de film au carrefour des époques et des influences. L’autre belle qualité de L’Auberge du péché est bien entendu la solidité de son casting où l’on croise un détective acéré joué par Jean-Pierre Kérien, quelques seconds rôles savoureux (Jean Parédès, André Valmy, Howard Vernon…) et bien entendu en tête d’affiche la grande Ginette Leclerc. Inoubliable dans La Femme du boulanger de Pagnol ou Le Corbeau de Clouzot, elle dédouble son image en incarnant les deux sœurs Gilberte et Laura (comme dans le film de Preminger), reprenant à la fois sa célèbre figure de femme fatale (la serveuse désirée par tous et qui rêve d’évasion) tout en proposant dans un second temps un portrait de femme nettement plus nuancé, ambiguë et moderne.
Si l’aspect policier peut effectivement passer au second plan, la galerie de portraits et l’ambiance agréablement divertissante rend l’essai tout à fait sympathique. A redécouvrir.
Image
Pathé propose à nouveau une très belle restauration patrimoniale avec un retour à la source et un scan 4K particulièrement payant. Les cadres ont été admirablement nettoyés et stabilisés, les contrastes joliment équilibrés et le tout assure une restitution pointilleuse et profonde. On apprécie surtout cette teneur argentique omniprésente et un grain parfaitement géré de bout en bout. C’est ce qu’on appelle une résurrection.
Son
Le travail effectué sur la piste mono est tout aussi chaleureux offrant une clarté sans doute assez inédite sur le film et gommant nombres de petits défauts accumulés par le temps. Un soupçon de souffle persiste mais guère plus.
Interactivité
Un seul supplément est disposé dans la section bonus mais il s’avère très complet et rigoureux. Il revient sur les origines du film, littéraires, la carrière du cinéaste Jean de Marguenat, les grands acteurs qui l’habitent, mais aussi ses multiples influences cinématographiques et son approche multiple des genres. Écriture, mise en scène, psychologie des personnages et construction dramatique sont abordés avec clarté.
Liste des bonus
« L’Auberge du péché : Un film sous influences » (23’).






