LES CHEVAUX DE FEU

Тіні забутих предків – URSS – 1964
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Sergueï Paradjanov
Acteurs : Ivan Mikolaïtchouk, Larissa Kadotchnikova, Tatiana Bestaeva, Spartak Bagashvili, Nikolai Grinko, Leonid Yengibarov…
Musique : Miroslav Skorik
Durée : 96 minutes
Image : 1.37 16/9
Son : Ukrainien DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titres : Français
Éditeur : Carlotta Films
Date de sortie : 3 mars 2026
LE PITCH
Dans un village houtsoule situé au cœur des Carpates ukrainiennes, les jeunes Ivan et Marichka s’aiment passionnément malgré la rivalité et la haine qui opposent leurs deux familles. Devenu adulte, Ivan décide de partir dans les alpages pour gagner sa vie, promettant à Marichka de revenir l’année suivante pour l’épouser. Victime d’un terrible accident, cette dernière se noie en voulant rejoindre son amoureux dans les montagnes. Ivan va alors sombrer dans le désespoir le plus total, obsédé par le souvenir de sa promise…
Tragédie ukrainienne
Chef-d’œuvre du cinéma soviétique, et pas seulement, le film somme de Sergueï Paradjanov Les chevaux de feu nous est délivré dans une sublime restauration 4K. Une œuvre à part aussi bien sur le fond que sur la forme où la caméra mobile de Paradjanov nous entraîne dans les tourbillons de l’Amour et de la Mort.
D’origine arménienne (il réalisera en 1969 Sayat Nova : La Couleur de la grenade, consacré à la vie d’un poète arménien), né en Géorgie (plusieurs films incluront son pays natal comme La Légende de la forteresse de Souram en 1985), Sergueï Paradjanov est également considéré comme l’un des fondateurs d’un cinéma ukrainien, grâce à ses premières réalisations dont cet immense Les chevaux de feu.
En tournant ses films dans des dialectes locaux (et en les présentant non doublés en russe), et en mettant en quelque sorte les individus et communautés en « concurrence » avec le Peuple soviétique, il sera accusé de nationalisme (entre autres…) par le pouvoir moscovite et emprisonné à partir de 1973 jusqu’en 1982… Désavoué par le pouvoir et raccourci contre la volonté du cinéaste, Les chevaux de feu est l’adaptation des Ombres des ancêtres oubliés, tiré de l’œuvre de Mikhaïl Kotzioubinski, auteur ukrainien décédé en 1913 et dont les ouvrages sont considérés comme des exemples de réalisme ethnographique. La version filmée va évidemment dans ce sens avec une attention portée aux coutumes, artisanat et spécificités du peuple originaire des Carpates, les houtsoules. On notera également l’omniprésence de la Religion (chrétienne orthodoxe) dans le film, autre élément à décharge pour Paradjanov par rapport à l’Etat totalitaire et athée soviétique…
Toutefois, Paradjanov nous conte avant tout une terrible histoire d’amour impossible qui semble d’ailleurs avoir une résonance autobiographique (sa première femme fut assassinée par sa belle-famille) tout en lorgnant vers la tragédie shakespearienne. En effet, comment ne pas songer à Roméo et Juliette avec ce couple Ivan-Marichka dont les familles s’entredéchirent (le père d’Ivan est assassiné par celui de Marishka lors de leur jeunesse) et qui ne pourront vivre leur amour…
Tableaux de maître
…si ce n’est dans l’au-delà comme semble nous signifier la dernière séquence du film où un Ivan « ensorcelé » retrouve l’esprit de sa bien-aimée, au teint cadavérique faisant quasiment songer à un film d’horreur comme le développe Daniel Bird dans les bonus.
Cette fin, où on peut voir des arbres peints en rouge, ne fait que renforcer le côté singulier et unique du film où Paradjanov, visiblement inspiré par L’enfance d’Ivan premier film de Trakovski sorti deux ans plus tôt, et son assistant Iouri Illienko nous dressent des tableaux de maître à longueur de pellicule tout en faisant tournoyer une caméra mobile, quasi-organique qui s’attache à filmer selon des points de vue impossibles. Formé par Sergueï Ouroussevski (Soy Cuba, quand les cigognes passent…), Illienko apporte sa touche avec ses travellings insensés, dont une fabuleuse plongée des deux amoureux dans la rivière ou encore dès la première scène avec une chute d’arbre à la première personne ! On retiendra aussi quelques trouvailles comme la caméra aspergée de sang lors de la mort du père d’Ivan. Les paysages magnifiques qui évoluent au long de saisons, l’aspect quasi-documentaire de certaines séquences dédiées au folklore houtsoule (dont cette fameuse scène de mariage avec les mariés aux yeux bandés) sont magnifiés par la partition musicale de Miroslav Skorik ainsi que par les acteurs, Ivan Mikolaïtchouk en tête. A l’instar de Paradjanov, il dut subir les foudres de l’Etat et ne tournera que très peu malgré un statut de « star » qui lui doit d’être considéré encore aujourd’hui comme le plus grand acteur ukrainien.
En somme, Les chevaux de feu est un film beau et mélancolique, plein d’audaces techniques et qui vaut témoignage quant au quotidien et à la vie des houtsoules. Un chef d’œuvre à (re)découvrir.
Image
20 ans après sa sortie en DVD chez Films sans frontières, le film de Paradjanov entre dans le monde de la HD grâce à ce sublime Master 4k réalisé en 2024. Les tons saturés, une colorimétrie impressionnante et renversante, ainsi qu’un grain argentique bien préservé font de cette copie un « must have ».
Son
La piste Mono est exempte de défauts. Le mixage de la BO folk de Skorik et l’excellent rendu des dialogues permettent un joli confort d’écoute.
Interactivité
Pour cette sortie du chef d’œuvre de Sergueï Paradjanov, Carlotta nous propose plus de deux heures de bonus vidéo !
L’entretien avec Daniel Bird s’avère être passionnant tant il connait son sujet. Nombreuses anecdotes concernant le contexte, le tournage et ses trouvailles, ou encore les destins des différents protagonistes. Le film « Paradjanov, le dernier collage », revient quant à lui sur la vie chaotique du cinéaste, entre exils, emprisonnements mais toujours la créativité comme ses nombreux collages insensés réalisés en prison.
Enfin, cerise sur le gâteau, le court-métrage Les mains d’or est également proposé. Tourné quelques années avant Les chevaux de feu, Paradjanov y explore déjà le folklore ukrainien et son artisanat.
Liste des bonus
« Caméra émotion » : Entretien avec Daniel Bird, écrivain, réalisateur et spécialiste du cinéma d’Europe de l’Est (33’), « Paradjanov, le dernier collage » : Hommage au cinéaste plasticien réalisé par Rouben Kevorkiantz et Krikor Hamel (68’), Court métrage : « Les Mains d’or » de Anna Nikolenko, Aleksei Pankratyev et Sergei Parajanov (1960, 35’), Bande-annonce 2025 (2’).





