HÉROS DE GUERRE : AUDIE MURPHY

France – 2026
Genre : Biopic, Guerre, Drame
Dessinateur : Olivier Frasier
Scénariste : Philippe Pelaez
Nombre de pages : 64
Éditeur : Grand Angle
Date de sortie : 8 avril 2026
LE PITCH
Né dans la misère du Texas, Audie Murphy rêve de rejoindre le front pendant la Seconde Guerre mondiale. Recalé pour son âge et sa frêle carrure, il ruse et s’engage à dix-sept ans grâce à de faux papiers. Sur les champs de bataille, son courage et son audace le propulsent au rang de légende, jusqu’à devenir le soldat le plus décoré de l’armée américaine. Après la guerre, l’Amérique le célèbre une seconde fois. Audie Murphy devient acteur à Hollywood, star de cinéma, figure du mythe américain, et honoré sur le Walk of Fame. Mais derrière les projecteurs, l’ancien soldat reste hanté par les combats et la perte de ses camarades.
L’étoile brisée
Après un premier tome sorti il y a déjà deux ans, la collection Héros de guerre de Grand Angle s’étoffe d’un même coup de deux nouveaux albums. L’un consacré au jeune Johnny Clem durant la guerre de Sécession, et l’autre à Audie Murphy modèle militaire américain de la Seconde Guerre Mondiale devenu une authentique star d’Hollywood. Sacré destin.
Si la collection s’intitule donc Héros de guerre, elle n’a clairement pas à vocation de transmettre une célébration de la guerre, du sacrifice patriotique ou de la bestialité humaine. Les figures choisies sont certes des noms qui ont marqué l’histoire mais dont la trajectoire et les hauts faits sont souvent bien moins simples que la propagande veut bien le raconter. Audie Murphy donc, jeune orphelin échappé d’une famille pauvre, s’engage donc autant pour défendre son pays à la suite du bombardement de Pearl Harbour que pour échapper à la médiocrité promise de son existence. Et malgré un physique loin d’être imposant (tout le monde lui trouve des airs de petit garçon) il fait rapidement preuve de grandes capacités de tireur d’élite et d’un courage sans pareil. De la Sicile à la Normandie, au milieu des tranchés ou dans un hôpital de faction, sa vie se réécrit au gré des batailles et surtout des nombreuses pertes. Si Audie Murphy est monté aussi vite dans la hiérarchie et fut le soldat le plus médaillé du conflit c’est aussi et surtout parce qu’il était souvent l’un des derniers survivants de son groupe. Tragique et l’assurance des premiers temps laisse peu à peu affleurer une douleur, une fatalité, voir une rage meurtrière qui explose dans cette BD lors d’une planche spectaculaire reprise en couverte.
Audie bonne gueule
Que faire de tout cela lorsque l’on rentre au bercail, que l’on est célébré de toutes parts, approché pour devenir un héros de western (Une Balle signée X, Le Vent de la plaine…) et même jouer son propre rôle dans un glorieux L’Enfer des hommes ? On le sait, Audie Murphy fut alors constamment habité par ses traumatismes, le complexe de l’imposteur et pris souvent des risques inconsidérés, en particulier financièrement…jusqu’à sa tragique disparition dans un crash d’avion. C’est presque finalement cette seconde partie qui nous aurait semblé plus intéressant de développer, plus riche psychologiquement, mais le scénariste Philippe Pelaez (Dans mon village, on mangeait des chats, Quelque chose de froid…) le relègue au second plan préférant suivre avec l’assiduité d’un documentaire les grands épisodes militaires du personnage. La proposition reste intéressante et informative, mais l’implication du lecteur n’est jamais totale, viscérale. On est beaucoup plus touché par la mise en page d’Olivier Frasier (la série Alyson Ford), qui garde de son passé de coloriste une narration souvent basée sur les contrastes et les oppositions de teintes. Son trait, semi-réaliste mais penchant plus volontiers du côté d’une ligne claire et dynamique, capture joliment les quelques moments de calme (la jeunesse du personnage, sa rencontre amoureuse…), frais et bucoliques, mais se déploie plus énergiquement au cœur des batailles ou dans les ténèbres d’une chambre d’hôtel laissant Audie avec ses démons.
On aurait aimé que ce biopic d’Audie Murphy aille beaucoup plus loin, embrasse totalement les parts d’ombre du personnage et étende la réflexion aux jeunes sacrifiés du champ de bataille. Reste de très jolies planches et une remise en avant d’une figure pas si connue que cela par chez nous.



