SMOTHER ME T.1 & 2

スマザー・ミー – Japon – 2024
Genre : Action
Dessinateur et scénariste : Hiroshi Shimomoto
Nombre de pages : 202 et 202
Éditeur : Glénat
Date de sortie : 24 avril 2026
LE PITCH
Le jour où Akio a été vendu par sa mère, il a dû abandonner son nom. Aujourd’hui, il s’appelle Serpent, il a treize ans, et il est tueur à gages. Régulièrement hanté dans ses rêves par le souvenir de ses victimes, il fait alors la rencontre de Lynne, une jeune femme malvoyante. Désireux de gagner l’argent nécessaire à l’opération des yeux de celle-ci, il accepte une mission particulièrement dangereuse…
L’âme du tueur
Nouvelle découverte mise en avant par l’éditeur Glénat, Smother Me est la première œuvre marquante signée Hiroshi Shimomoto. Un artiste qui s’est manifestement construit avec un versant pas forcément mainstream du manga (il cite clairement Amer Beton) et qui surtout aborde sa mini-série avec une certaine liberté.
Visuelle déjà, son trait presque brossé, ses lourds encrages et des ombres omniprésentes annonçant d’emblée un drame sombre et violent. Même ses quelques planches couleurs qui jalonnent les ouvertures de chapitres, se travaillent tout en aplats bruts, presque ocres, ne cherchant jamais la simple beauté de l’image. Dans Smother Me il s’agit surtout d’atmosphère, inquiétante, poisseuse, malade et désespérée et d’une violence qui explose, frénétique et mortelle, provoquant le chaos autour d’elle… jusque dans la composition des pages. Le découpage est nerveux, mais aussi étrangement émotionnel accompagnant au plus près le voyage intime du pauvre Akio, vendu enfant à sa mère à un assassin professionnel qui a pris sur lui de lui enseigner son métier. Dans un Detroit baroque et transformé en arène urbaine, âgé de 10 ans le héros est devenu Serpent et élimine ses cibles à l’aide de corde de piano. Une figure sacrifiée, déshumanisée mais que la rencontre avec une jeune femme aveugle va permettre de remettre son monde en question. Lui qui a été entretenu dans l’idée que les adultes étaient tous des monstres, utilisant les enfants comme bon leur semble, peut-il finalement devenir grandir sans prendre le même chemin ?
Enfant soldat
Une tragédie noire, souvent sanglante, mais où le désespoir finit par trouver quelques chaleurs dans les bras d’une mère de substitution. Le titre du manga, et son double sens anglais (expliqué, rassurez-vous les anglophobes) vise parfaitement juste, soulignant l’importance du point de vue et de la remise en question. En soit le titre reste relativement classique dans son déroulé, et parfois assez sommaire dans la construction de ses personnages, mais il n’y a rien de vraiment étonnant à cela puisqu’il se présente ouvertement comme une réinterprétation des codes du shonen. Un shonen qui se ferait plus adulte, plus franc, plus direct, et où le protagoniste, combattant ultra efficace malgré son jeune âge, doit affronter des homologues nettement plus cruels afin de remonter peu à peu dans la hiérarchie de l’organisation… jusqu’au boss final. Si lui est le Serpent, les autres se prénomment Éléphant, Papillon ou le Singe, et l’aspect secret et tentaculaire de cet univers parallèle n’est pas sans rappeler celui des assassins de la saga John Wick. Histoire achevée en seulement deux, mais bien épais, volumes, Smother Me aurait pu alors s’en doute s’étendre presque indéfiniment, multipliant les ennemis, remontant toujours plus loin dans les techniques d’élimination, mais Shimomoto va ici à l’essentiel, limitant les étapes pour arriver plus vite à un face-à-face mémorable, sur fond de chess boxing, contre une tueuse capable de prévoir les mouvements à l’avance.
On se fait rapidement attraper par Smother Me, titre qui marque clairement la naissance d’un auteur à suivre.




