LA BURALISTE DE VALLECAS

La estanquera de Vallecas – Espagne – 1987
Support : Bluray & DVD
Genre : Comédie dramatique
Réalisateur : Eloy de la Iglesia
Acteurs : Emma Penella, JosĂ© Luis GĂłmez, JosĂ© Luis Manzano, Maribel VerdĂş, Fernando GuillĂ©n, JesĂşs Puente…. Â
Musique : Patxi AndiónDurée : 106 minutes
Image : 1.37 16/9
Son : Espagnol LPCM 2.0
Sous-titres : Français
Editeur : Artus Films
Date de sortie : 3 mars 2026
LE PITCH
Leandro et Tocho, deux petits voyous sans envergure, et surtout sans expĂ©rience, pĂ©nètrent dans un bureau de tabac avec l’intention de braquer la caisse. Mme Justa, la gĂ©rante, et sa nièce Angeles, parviennent Ă dĂ©jouer les intentions des malfrats. Mais, pendant qu’à l’extĂ©rieur, la police – et les habitants du quartier – prĂ©pare l’assaut, une complicitĂ© inattendue naĂ®t entre les voyous et les « victimes ».
Plaza de España
Artus Films continue d’exhumer et de nous faire découvrir la filmographie d’Eloy de la Igliesa avec un de ses films les plus atypiques ainsi que son plus grand succès, La buraliste de Vallecas. Un régal de comédie sociale et grinçante portée par un excellent quatuor d’acteurs.
Longtemps invisibles dans nos contrées, les films du cinéaste espagnol Eloy de la Igliesa sont désormais disponibles grâce aux éditions Artus. Ainsi, après les sorties des emblèmes du cinéma « quinqui » (genre populaire s’attachant à suivre le parcours de délinquants, drogués et laissés pour compte et dont de la Igliesa fut l’un des grands auteurs) que sont Navajeros, Colegas, El pico 1 & 2 ou des hybrides Cannibal Man, Le député ou Personne n’a entendu crier, c’est cette fois sa seule véritable comédie, La buraliste de Vallecas qui apparaît en HD.
Parfois considéré à tort comme un intrus dans la filmographie du basque voire une simple commande, le film est en fait une adaptation d’une pièce de théâtre (qui s’inspire d’une authentique fait divers de 1980 dans le quartier de Vallecas) du début des années 1980 signée José Luis Alonso de Santos, un proche du cinéaste. Une œuvre engagée qui dénonçait une fracture sociale et la marginalisation d’une partie de la population, tout en prenant partie pour les braqueurs. D’ailleurs, signalons l’excellente chanson du générique « Vallekas » signée par Patxi Andion, célèbre chanteur rompu à la chronique sociale et qui s’était d’ailleurs exilé en France sous le franquisme.
La buraliste de Vallecas n’est donc pas qu’un simple film comique et se rapproche des comédies « à l’italienne » par cette façon de parler de sujets graves avec le sourire. Et, clé de son succès, le long-métrage brosse finalement un portrait complexe et subtil de cette Espagne des années 1980. Alors que la pièce de théâtre se concentrait uniquement sur les braqueurs et les otages, cette fois de la Igliesa fait parler littéralement la rue en dressant une sorte d’agora, de forum sur la place devant le bureau de tabac assiégé (et le choix du quartier madrilène de Vallecas, ouvrier et berceau de contre-culture, est tout sauf anodin). D’abord poussée par un élan de colère, de vindicte, la foule, après avoir subi un matraquage en règle de la Policia (clin d’œil aux répressions franquistes !?) et les discours d’un politicien en campagne, changera peu à peu de camp.
Stockholm Ă Madrid
Pendant que le peuple gronde et que la police improvise, le bureau de tabac, dont la devanture représente le drapeau espagnol, devient le théâtre d’un braquage virant à une certaine connivence entre les deux duos formés d’Emma Penella et Maribel Verdu pour les « otages », et de José Luis Gomez et José Luis Manzano pour les braqueurs. Difficile de ne pas songer notamment au film d’Edouard Molinaro, Pour cent briques t’as plus rien où malfrats et victimes s’unissaient pour partager le butin. Ici, aucun trésor de guerre dans le modeste établissement de Mme Justa, mais une véritable rencontre entre des personnes du même rang, de la même classe, des « pauvres ». Ainsi, lorsque la buraliste demande au jeune Tocho pourquoi ne pas attaquer plutôt les riches ou la Banque d’Espagne, celui-ci répondra que c’est plus facile de « voler les pauvres car ils sont plus nombreux. »
Quasi-surréaliste, le huis-clos voir alors nos héros danser, fumer, boire, manger et parler de leurs rêves et de leurs déboires. Les deux « couples » que forment Manzano et Verdu (les « adulescents » découvrant les joies de l’amour) et Gomez et Penella (les « anciens » nostalgiques) sont ainsi particulièrement touchants. Finalement la seule violence que déploieront les deux pauvres braqueurs (qui se font dévaliser aux cartes par la Justa !) sera lors de leur arrestation lorsqu’ils s’en prendront aux caméras de médias envahissants et sensationnalistes (une typicité espagnole). L’ultime séquence du film verra d’ailleurs l’hilarant commissaire campé par Antonio Gamero tenir en respect ces même « rapaces » qui voulaient interroger les otages larmoyantes sans doute victimes du « syndrome de Stockholm »…
Drôle et émouvant, tout en offrant une radioscopie grinçante de la société espagnole, La buraliste de Vallecas a toute sa place dans la filmographie de Eloy de la Igliesa, le côté « trash » en moins. Un chant du cygne puisque l’artiste ne tournera dès lors plus jusqu’au début des années 2000 et que sa muse, Manzano (qui est doublé sur le film à cause de sa dépendance à la drogue), s’éteindra d’une overdose cinq ans plus tard…
Image
Le Master 2K présente une copie joliment restaurée. Les couleurs chaudes et les contrastes nous font retrouver l’esprit « quinqui » des films de De la Igliesa, ainsi que le grain argentique bien restitué. Stabilité du cadre, copie propre sans défauts…Du beau boulot !
Son
Inédit en France, le film est disponible seulement en version espagnole. Le Master 2.0 Mono remplit parfaitement son rôle : mixage qui favorise l’immersion et dialogues parfaitement clairs sans souffle.
Interactivité
Comme toujours avec les éditions de notre ours favori, Artus Films, le packaging est élégant avec fourreau cartonné et images du film. En ce qui concerne les bonus, outre une bande-annonce d’époque réjouissante, Marcos Uzal (Les cahiers du cinéma) nous délivre une intervention particulièrement riche où sa connaissance de la société espagnole transparaît. Le film est remis dans son contexte, notamment politique, et Uzal analyse les différents clins d’œil de De la Igliesa à ses compatriotes. Il revient également sur les différents comédiens et leur parcours, ainsi que sur la fin de carrière contrariée du cinéaste déclaré « persona non grata » dans le milieu du cinéma espagnol en raison de ses déboires et dépendances…
Liste des bonus
 Flics et voyous » : Présentation du film par Marcos Uzal (40’), Diaporama d’affiches et photos (30”) ; Bande-annonce originale (4’).





