MAD T.1

Japon – 2024
Genre : Science-Fiction
Dessinateur et scénariste : Yûsuke Ôtori
Nombre de pages : 176 pages
Éditeur : Kazé Manga
Date de sortie : 15 avril 2026
LE PITCH
Sur une planète tombée aux mains d’une race d’aliens venue du ciel, John, un homme qui a perdu toute raison de vivre, avance en direction de la source d’un mystérieux signal en compagnie d’une poignée de survivants qui s’accrochent à cette dernière lueur d’espoir…
Mutations
Après une (trop longue) parenthèse de trois ans sous le nom Crunchyroll, Kazé revient enfin en tant que tel et reprend en main son catalogue manga. Pour marquer ce retour très attendu par les lecteurs, l’éditeur publie la série évènement MAD, avec au passage une petite édition collector avec sur-jaquette alternative et carte lenticulaire du meilleur effet.
Annoncé depuis plusieurs mois par Kazé, MAD est certainement l’une des dernières grandes révélations de la revue numérique Shonen Jump +. En cours de publication au Japon avec déjà six recueils, la série est la première production d’envergure de Yûsuke Ôtori qui s’était uniquement signalé jusque-là par quelques histoires courtes louées pour leur étrangeté. Il faut dire que le mangaka, très marqué par les références européennes dit-il (dont Moebius et Nicolas de Crécy) propose un trait fébrile, anguleux, un peu brut et strié qui détonne de la ligne plus nette du tout venant de la BD japonaise. On sent une approche qui se veut personnelle et adulte, jusque dans le choix des personnages pour l’instant visibles, matures pour l’essentiel, affichant des traits marqués, abimés qui reflètent parfaitement l’atmosphère particulièrement lourde et désespérée du titre. Dans MAD donc, des prédateurs alien, dissimulés sur la surface d’une météorite, ont rapidement ravagé la planète, dévorant toutes les espèces vivantes à porté et les humains en particulier. L’effondrement a été rapide, tragique, et John, comme beaucoup d’autres, cherche vainement une raison de continuer à vivre. Son premier gros plan est terrassant, la suite est tout aussi triste, devenu manchot et continuant de dialoguer avec une sœur décédée, il fait presque office de zombie, suivant le groupe plus par habitude que pour véritablement remonter à ce fameux signal plein de promesse. Il faudra un carnage de plus et une confrontation directe avec la mort, pour que son instinct de survie reprenne le dessus.
Nouvelle espèce
Un point de départ sobre et efficace, où l’artiste impose une ambiance délétère incontestable mais aussi un sens de la narration imparable. Si les dessins semblent parfois un peu brouillons, pas toujours parfaitement maitrisés, son découpage lui est acéré au possible, travaillant les cadres et le rythme des images avec une grande pertinence : pas ou peu d’onomatopées pour souligner le silence de ce nouveau monde, des cadres allongés aux airs de cinémascope et des enchainements de valeurs qui font forcément penser à un storyboard des plus visuels. La longue séquence du champ de mine, les échanges de regards et l’arrivée terrifiante des créatures se passe de tout dialogue (ou presque) mais fait ressentir toute la tension de l’évènement. Un grand narrateur certainement, et un sacré cinéphile puis dans les grandes lignes ce volume inaugural pourrait clairement s’apparenter à un manga officiel de la saga Aliens, que ce soit dans le design même des créatures, leurs mouvements et leur animalité, où le décorum SF low tech où très vite un groupuscule militaire va se montrer aussi dangereux et immoral que la Weyland Yutani. Aux frontières du récit d’horreur, MAD peut être vu comme le Alien Earth que beaucoup avait espéré devant le dernier plan d’Alien Résurrection.
Est-ce que la suite restera sur cette voie ou creusera plus volontiers ses propres particularités ? En tout cas le premier tome marque la naissance d’un auteur à suivre et d’une fresque apocalyptique tout à fait accrocheuse.




