ENCELADE

France – 2026
Genre : Science-Fiction
Dessinateur : Joan Urgell
Scénariste : Romain Benassaya
Nombre de pages : 96
Éditeur : Les Humanoïdes Associés
Date de sortie : 6 mai 2026
LE PITCH
En 2247, sur Encelade, une découverte bouleverse à jamais le destin de Sorany Desvœux : un cristal d’origine inconnue, énigme vivante et source d’une énergie prodigieuse…
Dix ans plus tard, cette matière alimente un exode interstellaire sans précédent. À bord de l’Arca XVII, immense arche transportant 36 000 âmes vers un nouveau monde, Sorany se retrouve au cœur de tensions grandissantes. À l’approche du « Seuil de Jupiter », anomalies et ferveur religieuse clandestine ébranlent la mission. Foi et raison s’affrontent lorsqu’une secte voit dans le cristal une relique sacrée et en Sorany l’instrument d’un dessein supérieur.
Futur antérieur
Dans le prolongement du précédent album Arca, Romain Benassaya et Joan Urgell continuent d’explorer le futur de l’humanité et le devenir de ses tentatives de colonisations lointaines. Il est cette fois-ci question de cultes, de porte mystérieuse et d’insectes géants…
Attention petit imbroglio au niveau des titres, si le précédent album Arca donc, était adapté du propre roman de Benassaya Pyramide, le présent Encelade est lui basé sur son roman… Arca. Passé cette petite dance acrobatique, il est aussi important de savoir que si les deux histoires se déroulent dans un même univers et une même chronologie (la mission Arca III et directement évoquée dans Encelade) les deux proposent des récits totalement indépendants et complets dont finalement le seul véritable lien est l’observation d’une mission de colonisation de l’espace qui tourne à la catastrophe. Ici dès le décollage ou presque, puisqu’avant même que l’Arca XVII ne puisse passer en vitesse lumière grâce à cette étrange cristal énergétique découvert sur le satellite Encelade, un curieux culte d’illuminés provoque une mutinerie dans la station. Un culte voué à un dieux insectoïde et qui tente de mettre la main sur Sorany, celle qui justement avait découvert le cristal, seule selon eux capable d’en déclencher les véritables pouvoirs.
La dernière chance
Benassaya imagine ici un thriller spatial qui joue une nouvelle fois avec des concept assez complexes de science-fiction, travaillant une structure générale dont la manière d’imbriquer les évènements et les temporalités peut tour à tour rappeler 2001 l’Odyssée de l’espace ou Les Maitres du temps. Même si on sent parfois que quelques raccourcis ont été fait pour adapter la trame en BD, le tout est bien rythmé et surtout préserve coûte que coûte sa logique jusqu’au bout. On y perçoit pleinement cette volonté de remettre constamment en cause le devenir de l’homme, toujours menacé par ses propres travers, ses faiblesses en tant qu’espèce et individu. Les apocalypses et les disparitions silencieuses sont toujours là, à l’encablure d’une décision, d’une simple porte cosmique, et les liens entre les évènements qui se déroulent sur la station et ceux qui se seraient déroulés sur une planète Mars en cours de terraformation, offrent une dimension supplémentaire au scénario, le rapprochant ouvertement des dégâts catastrophiques et des politiques de répression malheureusement si communes dans notre monde présent.
Un album ambitieux et dense qui respire grâce aux illustrations spectaculaires de Joan Urgell. Ces designs technologiques des plus convaincants (vaisseaux, costumes, accessoires…) et les paysages profonds et réalistes qu’il impose à chaque page crédibilisent fortement l’aspect anticipation d’Encelade, tandis que sa colorisation à l’aquarelle, charnelle et presque impressionniste parfois en souligne admirablement les atmosphères et les émotions. C’est très beau même si en effet on note une trop grande proximité dans les traits des différents personnages, rendant parfois quelques passages un peu ardus à cerner (l’héroïne et la chargée de sécurité se ressemblent comme deux gouttes d’eau par exemple). Un menu défaut pour un voyage qui jongle habilement entre science et croyance.




