DEVINE QUI VIENT DINER

Guess who’s coming to dinner ? – Etats-Unis – 1967
Genre : Comédie
Support : Bluray
Réalisateur : Stanley Kramer
Acteurs : Spencer Tracy, Katharine Hepburn, Sydney Poitier, Katharine Hougthon, Cecil Kellaway, Beah Richards…
Musique : Frank De Vol
Durée : 108 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : DTS HD Master Audio 5.1 et 2.0 mono Anglais, Dolby Audio 2.0 mono Français, Allemand, Italien…
Sous-titres : Français, Anglais, Arabe, Tchèque, Allemand…
Editeur : Sony Pictures
Date de sortie : 1 avril 2026
LE PITCH
Joey Drayton, jeune fille de bonne famille, décide de présenter son fiancé à ses parents lors d’un dîner. Quelle n’est pas leur surprise quand ils constatent que le futur mari de leur fille est noir…
Mon beau-père et moi
Devine qui vient dîner est le genre de film qui fait des vagues. Un pavé dans la mare à une époque bien-pensante où de nombreux États américains voyaient davantage les Noirs ramasser le coton que les autorisaient à fréquenter des Blancs. Car si l’on parle de couleurs, le blanc n’en était apparemment pas une. Heureusement, ce merveilleux médium qu’est le cinéma va, une fois de plus, ausculter cette hypocrisie.
On ne parle pas assez de Stanley Kramer. Il est pourtant ce qui peut se faire de mieux dans le cinéma indépendant américain. Franc-tireur, engagé, le réalisateur prend un malin plaisir à chercher des sujets de films pour confronter la société aux maux qu’elle s’est inventés. Il a une double casquette ; celle de producteur ou, ici, celle de metteur en scène, ses films ont valeur de documents historiques. La menace nucléaire avec Le Dernier Rivage, l’antisémitisme avec le chef-d’œuvre Jugement à Nuremberg, la tolérance avec L’Équipée sauvage ou le racisme avec Devine qui vient dîner ? : que ce soit devant ou derrière la caméra, sa ligne de conduite ne change pas d’un iota. Son engagement est sincère et le risque, un détail. L’apanage des auteurs, des vrais.
C’est avec une impertinence et une justesse des plus brillantes que le scénario va, en moins de deux heures, démanteler tous les prétextes et préjugés du racisme. Par un mouvement de caméra, une attention appuyée ou un geste, les non-dits s’expriment sur pellicule. Avant de rentrer dans le cœur de son sujet — une jeune femme blanche présente à ses parents son futur mari noir — Kramer expose les réactions que suscite ce couple mixte dans la société avant de s’attaquer au point de vue de la cellule familiale. C’est le coup d’œil dans le rétroviseur d’un chauffeur de taxi sur les tourtereaux, les regards des passants, un serveur qui refuse un pourboire d’une personne noire, jusqu’aux commérages d’une secrétaire qui propage son venin sur la future belle-famille : toutes ces situations, aujourd’hui risibles (malheureusement pas pour tout le monde) sont ainsi énoncées sans jamais être appuyées. Le réalisateur se réserve pour la rencontre avec les parents afin d’enchaîner des situations aussi cocasses que criantes de vérité.
Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?
Pour cela, il s’entoure d’un casting imparable. Sidney Poitier est alors LA star afro-américaine, lauréat d’un Oscar, il est en train de vivre sa grande année avec la sortie de Dans la chaleur de la nuit. Il se confronte au mythique couple Katharine Hepburn / Spencer Tracy, qui partage l’écran pour la neuvième fois. Leur alchimie se répercute indéniablement sur le film. Tracy est le monsieur Loyal du cinéma, une figure respectable, droite dans ses bottes. Il incarne ce père libéral qui accepte avec bonheur cet homme, médecin réputé… jusqu’à ce qu’il apprenne qu’il est son futur gendre. Histoire de compliquer la situation, le scénario écrit par William Rose fait du personnage de Sydney Poitier un homme bien plus âgé que sa dulcinée, veuf de surcroît, fréquentant la jeune femme depuis quinze jours seulement, tout cela en plus d’être noir. Tout pour plaire. De quoi mettre à l’épreuve ce père qui défend les causes… jusqu’à ce qu’elles franchissent son palier. Au-delà de ses stars chevronnées, Stanley Kramer offre autant de soin à ses seconds rôles qu’il affectionne particulièrement, aussi savoureux que cette gouvernante noire plus raciste que les Blancs ou ce prêtre follement amusé par cette situation, garant de la bénédiction du couple. Il fait figure de père spirituel, représentation cinématographique du révérend Martin Luther King Jr. bouleversant les conventions.
Le film avance ainsi avec intelligence, ne condamne jamais directement mais dénonce sournoisement. Tout le monde en prend pour son grade, osant même le racisme inversé en provoquant les mêmes réactions chez les parents de Sidney Poitier apprenant qu’il épouse une femme blanche. Une intelligence renversante qui met côte à côte les deux pères autour d’une cause commune : la peur de ce mariage et des persécutions qui pourraient toucher leur progéniture et leur avenir. La crainte de critique qui se répercuteront sur leurs futurs petits-enfants et générations futures. Le film s’aventure par ricochet sur d’autres sujets majeurs ; l’émancipation des enfants vis-à-vis de leurs parents et les sacrifices de ces derniers. Aucun effet n’est appuyé, tout est calculé. Devine qui vient dîner ? s’expose dans une belle fluidité jusqu’à la plaidoirie finale dont Spencer Tracy garde le secret s’adressant à son entourage comme au spectateur. Une dernière scène pour un grand acteur, qui décédera dix jours après le tournage, heureux d’avoir pu terminer ce film d’utilité publique alors qu’il menait un autre combat, celui de la maladie.
Soixante ans se sont écoulés depuis la sortie du film. Les lois ont changé, les mentalités moins. La comédie reste une arme toute-puissante pour éprouver le temps : un document qu’il est bon de visionner pour faire le point, un bilan sur nos préjugés, un miroir nous est tendu, à nous d’y confronter nos regards.
Image
La copie provient d’un transfert HD remontant déjà à une dizaine d’années. Pourtant, le film tient encore très bien la route en matière d’image. Nous conservons la source argentique avec son grain, nettoyée de ses défauts, même si ceux-ci restent plus prononcés sur les gros plans où le maquillage de Katharine Hepburn apparaît davantage. Sans mauvais jeu de mots, les noirs sont bien marqués et les lumières s’exposent avec naturel. Idem pour les couleurs, qui révèlent de beaux contrastes.
Son
Une version originale en 5.1 bien propre, avec très peu d’ambiances et d’effets, vu le sujet du film. Pour la piste française, nous restons sur le mono d’époque, plus étouffé mais doté d’un doublage d’origine de très bonne facture.
Interactivité
Pour ne pas oublier l’importance du film dans l’histoire américaine, Devine qui vient dîner ? s’offre quatre présentations, dont une portée par nul autre que Steven Spielberg. Deux modules complémentaires se consacrent ensuite au film proprement dit. Non pas un making-of, mais des bonus relatant les difficultés de monter un projet aussi controversé et de le mener à son terme. Problème et non des moindres, tout le monde connaissait les problèmes de santé de Spencer Tracy, au point que les assurances refusaient de le prendre en charge.
Stanley Kramer, véritable architecte social du cinéma américain, est également mis à l’honneur avec un document dans lequel le metteur en scène interviewé n’hésite pas à critiquer les erreurs de son gouvernement. Son engagement est une bonne raison de le voir recevoir le prix Irving G. Thalberg Memorial Award et de constater qu’un prix à son nom est aujourd’hui encore décerné (ici à Al Gore pour son documentaire Une vérité qui dérange) afin de saluer les films à portée sociale du monde du septième art.
Liste des bonus
Présentations (9′), Une histoire d’amour d’aujourd’hui (30′), Une forme d’amour particulière (17′), Stanley kramer à la recherche de la vérité (17′), Stanley Kramer reçoit le prix Irving Thalberg (2′), Présentation à Al Gore du prix Stanley Kramer (4′), Galeries photo (4′).






