ET DIEU… CREA LA FEMME

France – 1956
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Roger Vadim
Acteurs : Brigitte Bardot, Curd Jürgens, Jean-Louis Trintignant, Jeanne Marken, Jean Tissier, Christian Marquand…
Musique : Paul Misraki
Image : 2.35 16/9
Son : Français DTS Master Audio 1.0
Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
Durée : 95 minutes
Editeur : L’Atelier d’images
Date de sortie : 15 mai 2026
LE PITCH
Juliette, une jeune femme d’une beauté redoutable, n’attire que convoitises autour de sa personne. Trois hommes se disputent son cœur indécis.
Ainsi naquit B.B.
Véritable déclaration d’amour de Roger Vadim à sa muse et acte d’émancipation d’une jeune femme maitresse (alors) de son image, Et dieu… créa la femme reste le film d’un scandale et d’un choc, celui de la véritable découverte de LA Bardot, renvoyant au fantasme de la belle et fougueuse française mais annonçant aussi l’émergence d’une nouvelle génération plus indépendante.
En 1956, cela fait déjà quatre ans que l’on croise le visage de la petite Brigitte dans le cinéma français, mais sous-utilisée, elle ne fait pour l’instant office que de starlette, de jolie ingénue. Pour Roger Vadim, dandy et fils de diplomate, et son épouse, le long métrage que va devenir Et dieu… créa la femme est donc ouvertement un véhicule qui doit faire exploser la personnalité de la jeune femme et l’inscrire pleinement sur celluloïd. La Juliette du film, c’est clairement Bardot tant Vadim lui redonne dans les dialogues d’authentiques propos de son épouse et s’inspire directement de son comportement de tous les jours ou mondain… comme cette fameuse danse finale qu’elle aurait véritablement livrée lors d’une grande soirée. Il n’y crée pas un personnage mais s’efforce surtout de capturer à l’écran la réalité de cette future icône, suivant ses petits gestes désinvoltes, son déhanché, son phrasé languissant, ses regards de biche, en remplaçant le glamour emprunté des femmes de cinéma par une jeunesse incandescente et ébouriffante. D’ailleurs Juliette s’habille comme Brigitte, d’une simple petite robe noire sans afféteries, de fines chaussures sans talon (ou pieds nus bien entendu) et le maquillage des premiers minutes, laisse peu à peu place à un visage sans artifice et une crinière de sauvageonne. Plus que dans le célèbre tableau d’ouverture – la jeune femme nue allongé sur le ventre et zieutée par un Curd Jürgens – c’est dans cette épure progressive que Bardot se met véritablement à nu jusqu’à ce mambo endiablée et brulant où toute sa sensualité sauvage explose littéralement le cadre : elle ne joue pas, elle est.
La femme sauvage
Pas étonnant que les messieurs des Cahier du cinéma (Truffaut et Godard en tête) soutinrent le film et l’interprétation de l’actrice principale, fascinés par cette approche naturaliste novatrice, Vadim optant même (pour des questions financières mais peu importe) pour un tournage essentiellement en décors naturels (le St Tropez avant l’invasion mondaine) à une époque où le studio était encore largement la norme. Sans le savoir, Et dieu… créa la femme plante les graines de la Nouvelle Vague à venir et d’authentiques bouleversements pour le cinéma français. De la même façon, en s’affirmant sans arrière-pensée autre que de se livrer, Bardot concrétise un féminisme nouveau, où le corps de la femme, et ses désirs, lui ré-appartient à totalement. Après une première sortie un peu froide en France, le film va faire date grâce à son retentissement à l’étranger (en particulier aux USA et en Allemagne) et faire éclore la carrière et l’image de B.B. dans le monde entier.
Logique mais presque indépendant de la qualité intrinsèque du métrage. Même si le Technicolor est superbe et que certaines séquences possèdent une vraie énergie cinématographique, il faut reconnaitre que c’est elle qui fait véritablement vivre le film, objet avançant laborieusement entre son drame sentimental et ses vagues questions d’accaparement économique (une trame secondaire ajoutée juste pour s’offrir Curd Jürgens, alors seul nom connu de la production), trainant les pieds derrière ses hésitations à elle et peinant à faire exister ce curieux triangle amoureux totalement déséquilibré avec d’un côté un Jean-Louis Trintignant déjà ambigu et presque maladif et un Christian Marquand au physique plus « viril » mais totalement transparent. Le scénario n’est pas un modèle de nuance (on se serait bien passer de la grande baffe machiste finale), la réalisation se montre souvent trop sage et il parait évident que sans l’aura Bardot le film n’aurait pas grand-chose, ou si peu, à raconter.
Image
Cette nouvelle édition UHD reprend tout naturellement la restauration luxueuse du film effectué en 2017 pour le Bluray de TF1 Vidéo. Un travail d’envergure effectué à partir d’un scan 4K des négatifs 35 qui offrait une seconde jeunesse au film en particulier en faisant, enfin, rejaillir la beauté d’une Technicolor initiale. Avec l’apport du support UHD donc, le film resplendit avec encore plus d’intensité. Les teintes se montrent plus fortes et plus riches et le piqué nettement plus poussé souligne le relief des cadres et des décors. Ici les quelques plans plus fragiles (fondus enchainés, plans légèrement halés…) contrastent plus fortement avec le reste du master.
Son
Le mono d’origine est une nouvelle fois préservé, mais dans des conditions d’écoute sans pareil, claires, nettes et équilibrées, sans l’ombre de la moindre perte en cours de route. Le DTS HD Master Audio assure une belle précision et redonne même un peu de coffre aux arrière-plans sonores.
Interactivité
L’Atelier d’images poursuit le travail entamé en 2017 par TF1 Vidéo en proposant cette édition 4K proposée dans un boitier scanavo classique mais contenu dans un fourreau cartonné et accompagné d’un livret contenant deux grands textes signées Samuel Blumenfeld revenant sur la naissance du film en présence puis sur le lien ténu entre l’actrice et St Tropez et surtout l’explosion d’une célébrité des plus envahissantes. L’édition reprend aussi le disque Bluray précédent et permet donc de découvrir ou revoir le long documentaire consacré à Roger Vadim et narré par Gaspard Ulliel. Entre carrière cinématographique et grandes histoires d’amour, le film hésite entre art et people mais livre tout de même un portrait assez complet et propose surtout quelques images rarissimes comme les vrais débuts de Bardots, les coulisses de Barbarella et Et dieu… créa la femme et même certaines des fameuses scènes coupées de ce dernier.
Sur le disque UHD l’éditeur propose une rencontre avec la journaliste Wendy Bouchard, qui porte un regard « de l’intérieur » sur le portrait de femme du film, mais elle s’efforce surtout de souligner les forces et les fragilités de la femme et revient longuement sur son attachement à la cause animale. L’intervenant se montre nettement plus maladroite lorsqu’elle essaye de balayer certaines déclarations gênantes d’une Bardot vieillissante.
Liste des bonus
Un livret par Samuel Blumenfeld (40 pages), Entretien avec la journaliste Wendy Bouchard (18’), « Vadim, Mister Cool » : portrait de Roger Vadim par Olivier Nicklaus (56’), Bande-annonce originale.






