UNE LIBELLULE POUR CHAQUE MORT

Una libélula para cada muerto – Espagne – 1975
Support : Bluray & DVD
Genre : Thriller, Policier
Réalisateur : León Klimovsky
Acteurs : Paul Naschy, Erika Blanc, Ángel Aranda, María Kosty…
Musique : Stelvio Cipriani, Carlo Rustichelli
Image : 1.8516/9
Son : Espagnol et Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 88 minutes
Éditeur : Artus Films
Date de sortie : 21 avril 2026
LE PITCH
Dans les bas-fonds de Milan, une série de meurtres est perpétrée au sein des prostituées, dealers, et homosexuels. Le tueur, qui semble investi d’une mission purificatrice, laisse, en signature, une libellule sur chacune de ses victimes. L’inspecteur Scaporella est diligenté pour mener l’enquête, aidé par sa fiancée Silvana.
Le tueur voit rouge
Friand de cinéma de genre et d’horreur, le cinéma espagnol ne pouvait que se tourner à un moment donné vers le giallo et forcément l’icône de l’épouvante gothique locale ne pouvait que s’engouffrer dans le mouvement. Paul Naschy donc, ancienne victime dans Les yeux bleus de la poupée cassée se mue en enquêteurs retors dans Une Libellule pour chaque mort.
Plus encore que le précédent titre édité par Artus Films, Une Libellule pour chaque mort fait vraiment tout pour se faire passer pour un authentique giallo italien. Tourné à Madrid, le film est censé se dérouler dans les rues mal famées de Milan et fustiger l’effondrement moral de la société italienne. Une délocalisation qui s’explique autant pour les questions de censure habituelle (le régime de Franco refusait que l’on puisse imaginer des meurtres, non voulus par l’état, dans son beau pays) que dans une logique caméléon qui permet une exploitation dans toute l’Europe. De la même façon, avec un souci d’économie mais aussi de quasi-pastiche, le film se constitue intégralement autour d’une bande originale empruntée à quelques classiques du genre, dont 6 femmes pour l’assassin de Mario Bava, et d’un scénario qui répète la vision acide de la bourgeoisie ritale et la perversion des contemporains. Les victimes sont donc systématiquement des femmes légères (prostituées ou non), des artistes drogués et homosexuels, et le coupable se cache comme il se doit au milieu d’un petit groupe de nantis bourrés de secrets et multipliant les trahisons entre eux. Les codes sont bien posés avec même ce petit détail animalier si à la mode depuis le fameux L’Oiseau au plumage de cristal de Dario Argento.
Madame prend l’affaire en main.
Reste qu’étrangement le whodunnit, relativement nébuleux et cafouilleux, ne semble pas intéresser plus que cela le réalisateur, León Klimovsky (Bravo Django, Le Maréchal de l’enfer…) qui s’appuie dessus essentiellement pour délivrer un bodycount plutôt généreux et accentuer l’aspect exploitation du projet avec un érotisme très marqué. A noter que certaines scènes furent tournées en deux versions avec les jeunes femmes habillées ou intégralement nues et que la copie ici présente est, heureusement, intégrale. Artisan productif et déjà acoquiné à l’incontournable Paul Naschy pour La Furie des Vampires soit l’opus le plus célèbre de la série des Waldemar, León Klimovsky brouille parfaitement les pistes, s’accapare efficacement les tropes incontournables du giallo (tueur masqué, ambiance sulfureuse…) et délivre une copie certes parfois un peu trop sage (la plupart des exécutions sont hors-champs) mais tout à fait propre et pas trop languissante. Son film surprend justement dans l’incarnation de sa tête d’affiche, flic expéditif et viril à la moustache à la Franco Nero, qui semble se faire balader tout au long du métrage, tour à tour malmené brutalement par une bande de bikers néonazis dealer de drogue (qui bossent pour un certain Mohammed… allez comprendre), et surtout constamment devancé par une épouse à l’intuition féminine très développée. Joué par la toujours charmante Erika Blanc, celle-ci est la véritable chef de la maison, tour à tour espiègle, autoritaire, maternelle (elle lave monsieur dans son bain comme un bébé) et authentique moteur du récit.
De quoi offrir une certaine distance avec l’action et la tonalité normalement très sérieuse et glauque du giallo. Une madame Columbo qui donne beaucoup de saveur à ce petit thriller ibérique faussement italien.
Image
Jolie restauration 2K pour Une libellule pour chaque mort qui en dépit de quelques points blancs et spots parfois visibles, a profité d’un nettoyage soigné et d’une stabilisation très efficace des cadres. L’ensemble est plutôt propre et garde quelques reflets et textures pellicules tout à fait agréables. Les couleurs sont bien vives et les contrastes bien dessinés. On notera simplement deux plans, très courts (une fuite en moto), manifestement hérités d’une source vidéo très abimées.
Son
La version espagnole mono s’installe dans un DTS HD Master Audio 2.0 tout à fait clair et plutôt bien équilibré. Les dialogues ressortent bien avec naturel et dynamisme. Le doublage français d’origine marque un peu plus les années avec quelques voix bien caricaturales, un petit souffle et un léger écho métallique récurent.
Interactivité
Comme pour Les Yeux bleus de la poupée cassée, cet autre giallo espagnol est disposé dans un digipack Bluray / DVD avec fourreau cartonné. Sur les disques on retrouve le même supplément avec une longue discussion entre les amateurs de bis Emmanuel le Gagne et Sébastien Gayraud autour de la carrière atypique du réalisateur, souvent sous-estimé, León Klimovsky. On y découvre un cinéaste plutôt avant-gardiste et cinéphile à ses débuts en Argentine, devenu artisan plus commercial à son arrivée en Espagne. Les deux intervenants passent en revue ses films les plus réussis et/ou les plus célèbres, certains dont la paternité reste disputée et s’attardent comme il se doit sur Une Libellule pour chaque mort qu’ils voient presque comme un parodie du genre.
Liste des bonus
Portrait de León Klimovsky par Emmanuel le Gagne et Sébastien Gayraud (52’), Diaporama d’affiches et de photos.






