THE JUNCTION

Royaume-Uni – 2022
Genre : Fantastique
Dessinateur : Norm Konyu
Scénariste : Norm Konyu
Nombre de pages : 176
Éditeur : Glénat
Date de sortie : 21 janvier 2026
LE PITCH
Lucas Jones réapparaît sur le pas de la porte de son oncle, dans sa ville natale de Medford, après 12 ans d’absence. La joie des retrouvailles laisse rapidement place aux doutes et au mystère. Où était-il passé ? Où est son père, qui a disparu au même moment ? Et surtout, comment est-il possible que Lucas soit toujours le même jeune garçon de 11 ans ? Comme l’enfant reste muet, c’est à l’inspecteur David King et à la psychologue Jean Symonds de tenter de trouver des réponses…
L’enfant perdu
Après avoir été révélé l’année dernière avec Downland, l’artiste anglais Norm Konyu revient chez Glénat pour un nouvel album inédit (même format, même présentation) : The Junction. Un autre voyage dans une petite bourgade bien étrange qui ne devrait exister sur aucune carte.
C’est d’ailleurs là que dit avoir habité pendant plus de dix ans le jeune Lucas Jones, porté disparu avec son père et revenu parmi les siens, mais sensiblement toujours âgé de 11 ans. Un policier et une psychiatre enquêtent, mais les éléments d’explications apparaitront surtout par le biais du journal intime du gamin, décousu, bourré d’ellipses et de scènes rêvées, mais finalement assez révélateur. Il y décrit un quotidien des plus étranges, presque figé, ou les nouveaux habitants apparaissent du jour au lendemain, où on entend la nuit des trains que l’on ne voit jamais, et où les adultes semblent constamment se porter des regards lourds de sens. Que se passe-t-il et que s’est-il passé à Kirby Junction ? Norm Konyu réussit parfaitement à distiller une curieuse atmosphère, doucereuse, flottante, sombre parfois mais jamais vraiment inquiétante. Le décor du récit renvoie ainsi beaucoup moins au Twin Peaks de David Lynch qu’à un onirisme de fable où pour le coup tout prend sens une fois que les pièces du puzzle ont été parfaitement combinées. On y pense aussi parfois au Neil Gaiman de Coraline et autres récits enfantins, où le fantastique vient réanimer l’esprit d’anciens contes et confronter ses personnages à des notions plus lourdes, comme la perte et le deuil.
Au bout du chemin
Le regard de Lucas est ici omniprésent, petit garçon simple mais intelligent, curieux, sensible et aventureux qui semble redécouvrir à chaque page son environnement. Les ambiances automnales, les longues plongées dans la littérature classiques, les promenades en bicyclette, l’incompréhension réciproque du monde des adultes, tout ne pourrait être qu’une chronique nostalgique si cela ne se déroulait pas à Kirby Junction. Une histoire poétique et délicate, pleine d’humanité où la plupart des lecteurs ne seront pas forcément très surpris quant à l’issue finale et les explications générales, mais qui surtout s’efforce de parler à chacun de ses lecteurs de sujets assez complexes avec un esprit poétique. Avec une approche graphique toujours aussi particulière aussi. Ancien du monde de l’animation, l’artiste travaille ses planches à partir de croquis fait à la main, de choix de textures et de couleurs posés sur le papier, mais transpose ensuite le tout en numérique pour les retravailler et les combiner via Adobe Illustrator. Ses dessins deviennent alors géométriques, vectoriels, sans véritablement de volume mais avec une patine légèrement froide et immobile faite de blocs et de volumes délimités par leurs couleurs. Décontenançant de prime abord, mais superbement agencé, le tableau d’ensemble donne là aussi une identité très particulière à l’album, entre le livre pour enfant (le voyage dans la forêt, les rêves inspirés de Jules Vernes…), l’aquarelle et l’expérimentation numérique.
Le talent est là, il ne reste au lecteur qu’à accepter de se laisser happer.




