SHANGO : PIRATE NOIR DES CARAÏBES T.1

France – 2026
Genre : Aventure
Dessinateur : Guy Michel
Scénariste : Arnaud Delalande, Marc de Banville
Nombre de pages : 56
Éditeur : Robinson
Date de sortie : 18 février 2026
LE PITCH
En 1639, dans l’actuel Bénin, Shango, fils d’un chef du royaume d’Oyo, est capturé et arraché à son village. Avec d’autres prisonniers, il est entraîné vers la côte pour être vendu comme esclave aux Hollandais et embarque à destination des Caraïbes. Ainsi débute l’épopée héroïque de Shango.
Unchained
Les grands océans n’ont pas été traversés que par des hordes de flibustiers européens cherchant l’aventure et la fortune dans les lointaines caraïbes, mais aussi par des pirates noirs, aussi dangereux et redoutés, venant harponner les navires d’esclaves et célébrer la liberté retrouvée. Shango était l’un d’eux.
Il n’est pas réellement un pur personnage historique et si on fait quelques recherches on ne trouvera pas de trace d’un grand pirate nommé Shango. Mais l’album en présence co-écrit par Arnaud Delalande (Surcouf, Le Dernier Cathare…) et le journaliste Marc de Banville (ancien grand reporter pour l’agence CAPA), prend plein pied dans un contexte tout à fait réel et fouillé, soit un XVIIeme siècle où les côtes africaines sont de plus en plus colonisées par des comptoirs européens ou quelques chefs de guerre locaux échanges leurs prises de guerres humaines, contre des armes à feu nettement plus puissantes que leurs arcs et lances. La traite négrière est déjà une manne pour les futurs colons, et bien entendu une tragédie pour les hommes et les femmes noires, traités comme du bétail et embarqués sur des navires pour l’autre bout du monde… des traversées à laquelle beaucoup ne survivront même pas. Kidnappé après un rite judiciaire de sa tribu (affronter un lion blanc pour prouver son innocence), Shango est à son tour kidnappé par des guerriers adverses et revendu sur l’une de ses embarcations. Mais l’album n’est pas un remake d’Amistad et très vite le héros montre une force physique et de caractère qui vont lui permettre de survivre, et de faire peu à peu sa place dans les multiples attaques par des pirates adverses, des passations de contrats, jusqu’à forger son propre destin sur la fameuse île de Tortuga.
Black Pearl
La dernière planche le montre, sans surprise, désormais capitaine d’une ancienne galère promettant l’émancipation à un équipage essentiellement noir. A l’instar des grandes figures de l’ouest noires longtemps gommées de la culture populaire, les pirates d’ébène ont essentiellement été réduits à quelques figures caricaturales (façon Astérix) ou à des seconds couteaux, masses sauvages et inquiétantes aux grands dents blanches. Shango a un petit quelque chose de la revanche, de la réhabilitation, le personnage et sa destinée se montrant nettement plus nuancés et complexes que ce que l’on avait lu jusque-là. Lui-même d’origine haïtienne, Guy Michel (Le Sang du dragon) se réapproprie totalement cet univers largement popularisé par les grandes romances de pirates et les films à grand spectacle, mais en offre une vision sans doute moins romanesque et sage, largement plus portée par la violence et la fureur que par une noblesse empruntée. Les abordages sentent le sel, la poudre, la sueur, le sang et la mort, les visites dans les cales où les hommes s’entassent prennent des airs de cauchemar et Shango lui-même, massif, musculeux et charismatique offre un excellent contraste avec les reflets de cette aristocratie européenne (costumes, navires…) qui cachent sous la « civilisation » des coutumes barbares.
Une fougue qui entraine parfois l’apparition de seconds plans un peu moins précis, moins détaillés où les formes et les expressions peuvent sembler plus brouillonnes, mais aussi des planches dont les évènements s’enchainent inlassablement sans vraiment prendre le temps de confronter l’homme à l’océan et à l’existence. Tout n’est que combats, batailles, traitrises et retournement de situations. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne s’y ennuie pas.




