MÉTAL HURLANT N°17 : L’HÔTEL DE LA DERNIÈRE NUIT

France – 2025
Genre : Science-Fiction, Fantastique, Horreur
Dessinateurs : Ronan Toulhoat, Afif Khaled, Philippe Scoffoni, Valentin Ramon, Miran Kim…
Scénaristes : Fabrizio Dori, Grégory Panaccione, Adrien Mangold, Salvador Sanz, Daniel Bancou…
Nombre de pages : 272
Éditeur : Les Humanoïdes Associés
Date de sortie : 3 décembre 2025
LE PITCH
Pour la plupart d’entre nous, une chambre d’hôtel est un lieu de transition, un endroit de passage que l’on s’empresse d’oublier. Pourtant… les plus curieux se demandent parfois ce qu’il s’y est déjà passé, qui y a séjourné et pour quelles raisons ? Vous aussi, vous désirez savoir d’où viennent ces étranges bruits dans la suite d’à côté ? Les hôtels, ces zones de vies dans lesquelles se superposent les réalités et le temps, se révèlent bien souvent des points de bascule entre le quotidien, l’inconnu et l’extraordinaire.
Sans réservation
L’hiver approche et pourtant les Humanos ne nous ont pas concocté de numéro spécial Noël ou un séjour à la neige, préférant proposer à ses lecteurs un road-trip en chambre, passant d’un hôtel à l’autre, d’un établissement de luxe à un vieux motel miteux, sur terre ou à l’autre bout de l’espace. Des lieux de rencontre, d’introspection, de solitude et où surtout beaucoup finissent pas se perdre.
Chaque numéro de la revue a désormais un thème bien établi où les auteurs et artistes acceptent plus ou moins de s’aventurer. L’hôtel, lieu de villégiature pas toujours voulue, souvent pour une nuit, parfois pour une vie, semble cependant avoir inspiré tous les participants qui a de très rares exceptions prêtes se sont docilement pliés au jeu. Il faut dire que tout cela est parfaitement encadré par le programme éditorial qui par ses articles s’intéressent à la course à l’espace motivé par de curieuses ambitions touristiques et une fascination pour ce que seraient les hôtels de l’espace, tandis que plus proche de nous le grand Enki Bilal revient sur la création de son premier long métrage : Bunker Palace Hotel. Suit une virée du coté des derniers séjours de Sam Peckinpah passé dans le Murray Hotel à Levingston, noyant sa dépression, avant de plonger dans une analyse du fameux Overlook Hotel de Shining, modernisation sociale de l’ancienne demeure hanté gothique. Les interviews éclairées de John McTiernan (Predator, Piège de cristal…), Shintaro Kago (Dementia 21, Fraction…), Winshluss (Pinocchio, Monsieur Ferraille…) et Naoki Urasawa (Monster, 21st Century Boy…) charpentent le tout avec les rubriques habituelles mais bien entendu totalement indispensables : les lectures d’Otto Maddox, le traditionnel Mange-Livre et son versant connecté, Cyberpunk. Et la bédé alors dans tout ça ?
Voyages voyages
Elle est massivement présente naturellement abordant ces chambres impersonnelles avec une grande variété de style et de ton. Ainsi Salvador Sanz y voit l’antre d’une créature sans corps qui erre de pièce en pièce jusqu’à se faire dévorer par une créature plus terrifiante encore. Jerry Frissen et Afif Khaled en font le décor d’une nouvelle forme de maison hanté, Alexander et Dona Asisi le théâtre d’un cauchemar fiévreux, Koren Shadmi et Miklos Felvideki l’écrasante personnification organique de la colère d’un couple et Benoit Feraumont la tanière d’une ancienne d’un succube très habile avec les applis. Il semblerait aussi que les hôtels et leurs successions de chambre provoquent quelques angoisses liées à la crise d’identité et à l’émergence d’une figure double, comme c’est le cas ici dans le Desert Lake Motel de Lola Owl et Iwan Lépingle, le suivant Le Petit homme de Prague de Miguel Vila ou le plus atmosphérique L’Amant épris de Enzo Berkati. Mais les chambres peuvent aussi être de véritables zones de rencontre, au carrefour d’une inexistence, versant essentiellement représenté ici par les trips futuristes comme Étoiles fugitives (Daniel Blancou, David Ferracci) où l’ultime échappée vers une colonie spatiale plus accueillante se double avec un couple qui accumule les rendez-vous manqués, La Somnambule (Alexandre Kha) et son assassin robotique secourant les belles endormies, Villa Castignola (Marvin Paval, Julien Noirel) où une traque criminel se perd entre les dimensions et le très beau et mélancolique Bye Bye Planète Poussière (Anne Masse) comme dernier écho d’un monde lessivé, éreinté, par son exploitation industrielle. Les amateurs avides d’expérimentations graphiques pourront aussi plonger dans les formes déstructurées et les couleurs explosives du Cornelius de Miguel Babiano et Alex C. Santana ou se perdre dans le cycle temporel infini de Jacques Desprès et son Yomi Motel sculpté comme un vieux conte de l’âge d’or de Métal Hurlant, véritable pont entre les époques par son mélange déroutant de SF, d’horreur grotesque et d’humour absurde.
Un volume tout en étages et en détours où chaque porte s’ouvre sur une proposition et un imaginaire différent. Un numéro habité en tous cas, il ne faut juste pas se tromper de numéro de chambre.






