LES ÉVADÉS D’ALCATRAZ

Out of Alcatraz #1-5 – États-Unis – 2025
Genre : Thriller
Dessinateur : Tyler Crook
Scénariste : Christopher Cantwell
Nombre de pages : 147 pages
Éditeur : Delcourt
Date de sortie : 12 mars 2026
LE PITCH
Née de l’un des plus grands mystères non résolus du XXe siècle, cette odyssée nous entraîne sur les traces des fugitifs les plus célèbres de l’Histoire américaine, alors qu’ils courent désespérément vers la liberté à travers la campagne californienne laissant dans leur sillage une traînée de corps et de douloureuses révélations.
Sauvés des eaux
La version officielle stipule que le 11 juin 1962 lors d’une tentative d’évasion de la célèbre prison d’Alcatraz, trois prisonniers ont disparu en mer, ne laissant aucun corps ou aucun radeau pour attester de cette déclaration officielle. Et si la réalité était tout autre ? Et si ces hommes avaient rejoint la berge et disparus dans la nature ?
C’est le point de départ des cinq chapitres qui composent cette mini-série imaginée par le scénariste Christopher Cantwell (Briar, The Blue Flame…) et le dessinateur Tyler Crook (BPRD, Bad Blood…) qui repose en partie sur une sorte de légende urbaine. Depuis, des témoins disent avoir vu les frères Anglin dans des pays d’Amériques du Sud, des courriers auraient été reçu par le FBI, laissant les amateurs de ce type de mystères dans l’expectative et de nombreuses théories, peu vérifiables, sur les bras. Mais finalement la réalité historique du fait divers n’intéresse pas tant que cela les auteurs qui préfèrent clairement dépeindre au travers de leurs échappées la réalité du pays qu’ils traversent. Eux même en quête d’une liberté que l’on comprend très vite inaccessible (leur évasion s’est faite en échange de quelques années comme ouvriers dans un camp de travail de l’autre coté de la frontière mexicaine…), ils vont ainsi s’allier avec une jeune femme qui tente de se refaire après avoir été persécutée pour ses origines afro-américaines et seront poursuivi par deux représentant des forces de l’ordre, homosexuels, obligés de cacher leurs sentiments pour préserver leur carrière.
Les chemins de la liberté
Les Evadés d’Alcatraz capture ainsi le destin terrible des laissés-pour-compte, des rejetés d’une société trop conservatrice et inégale où le meurtre d’un SDF n’intéresse personne, où les femmes au foyer se font frapper par leurs maris et où les petits nantis se croient au-delà des lois. Le récit n’est donc pas celui d’un polar, ou très vaguement d’une traque, mais plutôt une chronique noire et amère d’un pays construit comme une gigantesque prison où d’aucuns peuvent véritablement espérer vivre leur vie comme ils l’entendent et s’accrocher à un quelconque espoir. Dramatique jusqu’au bout, le road trip ne fait pas non plus des protagonistes des victimes absolues, loin de là, soulignant souvent leur ambivalence, leur rapport à la violence, leurs égoïsmes et leurs dissensions alors que les embuches se multiples devant eux. A la manière des grands auteurs américains, et pas que des romanciers de vieux polars sombres et violents, Cantwell construit un thriller à hauteur d’hommes, ni plus ni moins, mêlant fresque sociale et tragédie de la délinquance avec un bel équilibre. Prenant, souvent intense et douloureux, Les Évadés d’Alcatraz est tout aussi solidement mis en images par le trop rare Tyler Crook dont les contours à l’ancienne et le réalisme stylisé ont parfois un petit quelque chose du regretté Darwyn Cooke. Avec sa colorisation peinte à la main, ses textures et ses changements parfois brutaux d’atmosphère, Crook capture indéniablement l’époque raconté avec des accents cinématographiques indéniables.
Un album particulièrement réussi, qui dépasse le simple récit d’évasion pour en faire une œuvre nettement plus complexe sur la réalité profonde de la liberté et les sacrifices qui doivent être faits pour l’obtenir dans un monde habité par l’injustice.



