LES BASSES ŒUVRES

France – 2026
Genre : Thriller, Policier
Dessinateur : Nico Gems
Scénariste : Eldiablo
Nombre de pages : 440
Éditeur : Les Humanoïdes Associés
Date de sortie : 4 mars 2026
LE PITCH
Don Burine ne le sait pas encore, mais son empire est sur le point de s’effondrer.
Zara, une stripteaseuse endettée, a ensorcelé Gabino, le bras droit du boss. Cesare, le bras gauche, complote quant à lui pour prendre le contrôle du gang. Mais Amanda, la femme du boss, veut elle aussi tenir les rênes. Sam Doomis cherche à faire tomber le gang, pour réintégrer la police de L.A. avec les honneurs. El Chupacabra, un justicier raté, veille au grain pour faire régner la justice et protéger Burine, qu’il considère comme un bienfaiteur… En ajoutant à cela le gang rival Mendoza qui veut prendre le contrôle de la ville, tous les ingrédients d’une chute explosive sont en place !
Bye Bye L.Aaaaaaa
Après avoir joyeusement décrit la petite vie hautement colorée de nos banlieues dans Les Lascars, Eldiablo (Monkey Bizness) fait une virée du coté de la zone américaine. Un patelin en périphérie de la glorieuse L.A. mais où là violence et le crime priment. Des illustrations énervées signées Nico Gems pour une brique de plus 440 pages qui tombe lourdement sur le pied. Et le petit orteil en plus !
Dans cette sorte de Sin City où les couleurs qui crachent et piquent les yeux auraient remplacé le noir et blanc tranchant de Frank Miller, rien de nouveau à l’ombre des palmiers flétris : le petit monde du crime règne en maitre dans les rues, la police ferme les yeux et les habitants choisissent soient de fermer leur gueule soit d’espérer passer entre les balles. Don Carmine est bien installé sur son trône, mais autant ses hommes de mains, aussi malavisés qu’abrutis, que les concurrents latinos ou asiatiques, tout le monde veut sa peau. Une cargaison de drogue colossale doit débarquer bientôt et les tensions montent dans chaque camp, poussées bien souvent par des petits jeunes qui se verraient bien reprendre la main. Ou madame Carmine tient, qui en a marre de passer, aléatoirement, pour une pouffiasse ou un objet décoratif. Il faut ajouter à ce joyeux cocktail un flic abruti qui confond badass et meurtrier et qui aimerait bien coffrer tout le monde pour faire oublier sa dernière bavure, un tragique héros masqué, El Chupacabra, qui massacre le plus souvent les innocents et pige à rien à ce qu’il se passe aujourd’hui et une pauvre stripteaseuse qui rêvait d’une carrière au cinéma et qui prépare, dans l’ombre, sa vengeance.
La loi de la street
Une sacrée galerie de personnages, pour la plupart aussi dangereux que barrés, qui se serait échappée d’un polar ultra violent et totalement dégénéré, et qui transforme ce qui aurait pu s’avérer un simple thriller criminel en énorme foutoir qui pue le sang, la sueur, la cervelle explosée et la bêtise crasse. Eldiablo s’amuse comme jamais à citer ses modèles Tarantino et Scorsese à tout va, à secouer ses archétypes, à multiplier les situations improbables et les carnages gratuits, et enrobe le tout avec son sens intact du dialogue coloré et vénère, qui tient moins de la poésie contemporaine que de la mise en exergue de la médiocrité humaine. Imaginé au départ sous la forme d’un weebtoon, Les Basses œuvres a été entièrement retravaillé pour la présente édition avec l’ajout de certains chapitres, le redécoupage des scènes et le peaufinage des illustrations et célèbre plus encore à chaque planche le style extrêmement marqué et énergique du nouveau venu Nico Gems. Les personnages sont des lignes en fuites, des formes géométriques qui se cassent la gueule, constamment en mouvements et en déformations, tandis que les perspectives ultra-forcées semblent prêtes à exploser les bordures donnant presque l’impression de lire une BD graphée sur un mur d’un vieil immeuble en béton. Étonnant, mais parfaitement adéquate.
Y a pas à dire Les Basses œuvres a un sacré (mauvais) caractère et de la niak à revendre. Entre son dessin qui déchire et ses dialogues qui claquent, le pavé a des arguments gros comme ça. La violence et la vulgarité assumée à chaque chapitre et la frénésie constante de ce petit monde au bord de l’explosion risque d’en laisser certain sur le carreau mais les autres prendront sans doute un sacré pied.



