LE PROBLÈME À TROIS CORPS T.1

地球往事 – Chine – 2026
Genre : Science-Fiction
Dessinateur et scénariste : Wu Qingsong
Nombre de pages : 184
Éditeur : Glénat
Date de sortie : 2 septembre 2026
LE PITCH
Alors que plusieurs scientifiques chinois liés au groupe « Les Frontières de la science » se suicident les uns après les autres, le chercheur Wang Miao se retrouve au cœur d’une affaire qui le dépasse. Les autorités qui suspectent cette organisation le chargent de mener l’enquête et d’infiltrer ses membres… Acculé, Wang accepte sans savoir que sa vie va bientôt basculer. Très vite, un compte à rebours parasite son esprit et des phénomènes inexpliqués se produisent.
Puissance solaire
A moins de se désintéresser totalement de la science-fiction ou d’avoir vécu dans une grotte ces dix dernières années, impossible aujourd’hui de ne pas savoir qui est Liu Cixin et en particulier son œuvre phare : Le Problème à trois corps. Un roman monumental qui revient pour une nouvelle adaptation en six volumes et qui est bien partie pour être la plus réussie.
La bande-dessinée est décidément un medium qui s’est très généreusement penché sur les textes de Liu Cixin. On se souvient ainsi de la série anthologique Les Futurs de Liu Cixin éditée par Delcourt et faisant appel à des auteurs et artistes venus autant d’Europe que d’Asie et bien entendu une première proposition consacrée à son roman incontournable, déclinée en 5 tomes avec l’aval de l’auteur et publié en France chez Le Rayon imaginaire. Un travail soigné et fidèle il est vrai, peut-être surtout handicapé par des dessins trop délicats, trop fluides, à la manière des manhwas qui pullulent sur le net. D’emblée le travail visuel de Wu Qingsong (Shi Xiu, Reine des pirates, Les brumes écarlates…) impose une autre dimension, marquant une véritable réappropriation du matériau d’origine par un artiste en pleine possession de ses moyens. Grand spécialiste des estampes et travaillant des matières fouillées, il offre à ses planches une forme d’intemporalité, justement entre la gravure ancienne et la BD moderne, qui sied parfaitement à cette fresque futuriste constamment hantée par les civilisations passées et leur déclin inévitable.
Puits de science.
Les épisodes contemporains sont marqués par une grande précision dans le trait, une expressivité dynamique, des contours réalistes mais tout aussi ardents, quand les visions s’incarnant dans l’univers du jeu vidéo, entre géométrie virtuelle et portraits de grandes figures historiques, transportent vers une fascinante épure. Dessinateur et coloriste, Wu Quinsong maitrise clairement son art, opérant aussi par son découpage et ses contours un travail de vulgarisation bienvenue. Car le roman de Liu Cixin est dense, foisonnant, complexe et mélange constamment des concepts purement scientifiques et philosophiques dans un thriller cérébral vertigineux qui pour le moment encore (la suite tient plus de l’anticipation mathématique) prend la silhouette d’un véritable polar technologique. Ici l’auteur de la BD n’hésite pas à remodeler le texte, à en accélérer le rythme en condensant les évènements et en gommant certains détails, certains personnages secondaires. Les choix sont pertinents et surtout ne font jamais perdre le fil des multiples révélations apocalyptiques et paranoïaques du Problème à trois corps, préservant cette forte présence narrative, glissant vers les démonstrations philosophiques didactiques et les conjectures collapsologies, tout en restant arqué autour des oppositions déjà bien marquées entre les différents courants de pensée, voire politiques, des camps humains.
Car il faut bien rappeler qu’il s’agit bel et bien là d’une réinvention du récit d’invasion extraterrestre, où l’inaction et l’apathie des uns permettent potentiellement la renaissance des autres, renvoyant le lecteur à un faisceau de pensée et de réflexions loin d’être anodines. Sous cette version « illustrée », Le Problème à trois corps se fait plus accessible, plus visuel (forcément), mais ne perd rien de sa force de fascination.




