ROGUE TROOPER : QUAND MEURT UN GI

Royaume-uni – 1984 / 2024
Genre : Science-Fiction
Dessinateur : Patrick Goddard, Cam Kennedy
Scénariste : Garth Ennis, Gerry Finley-Day
Nombre de pages : 144
Éditeur : Delirium
Date de sortie : 4 septembre 2026
LE PITCH
Sur Nu Earth, la planète paradisiaque devenue un vaste champ de bataille, la guerre sans fin entre les Sudiens et les Norts se poursuit. Le Rogue Trooper, dernier survivant de l’unité de l’Infantrie modifiée Génétiquement (les Genetic Infantrymen ou GI), est soudain confronté à des questions nouvelles : et si ses compagnons tués étaient enfin réincarnés dans de nouveaux corps ? Et s’il y avait d’autres soldats génétiquement modifiés de sa génération encore…
L’âme du soldat
Après un premier tome presque conceptuel, Les Vallée d’Albion, l’autre grande figure du magazine anglais 2000 A.D. revient chez Delirium pour un second album toujours concocté par Garth Ennis et Patrick Goddard : Quand meurt un G.I. Une plongée inédite dans la mythologie du bidasse de l’espace.
Ce n’est pas pour rien si Garth Ennis s’offre entre deux gros titres américains quelques retours au bercail anglais pour explorer le monde guerrier et apocalyptique de Rogue Trooper : c’est un fan. Un lecteur de la première heure, adepte gamin de 2000 A.D. et en particulier donc de ce soldat de l’éternel, perdu dans une guerre sans fin, à l’autre bout d’un cosmos en flamme. Et parmi toutes ces pages de strips, celles qui l’avaient particulièrement marqué étaient les 10 chapitres de On ne meurt que deux fois imaginées par le créateur Gerry Finley-Day et illustrées par Cam Kennedy, soit l’artiste le plus prolifique sur le titre. Coup de chance, ces derniers sont présentés en première partie de l’album. Une mini-saga étonnante dans laquelle sniper, soit l’âme d’un soldat coincé dans une puce qui anime sa meilleure arme, est ramené à la vie, placé dans un corps androïde et envoyé à son tour sur le champ de bataille… pour éliminer le Rogue Trooper ! Une encoche dans la mythologie du personnage, qui disséminait dans ce récit à haute tension quelques éléments de mythologie peu développées (quid de ce scientifique présenté comme l’antagoniste principal ? pourquoi Sniper et pas les autres ? l’apparition de nouvelles capacités vites oubliées…) qui ont cependant toujours fasciné Ennis. 40 ans plus tard, le voilà donc qui en propose la suite immédiate, Quand meurt un G.I., retrouvant le Rogue toujours équipé de son sniper version 2 (avec pouvoir télékinésique donc) bien décidé à mettre la main sur ce Edvark, mais aussi comprendre pourquoi les autorités de Milli-com lui ont tendus ce piège…. Tout en continuant comme il se doit de massacrer les ennemis du Norts.
Compagnons d’armes
La réponse de Ennis aux épisodes originaux se veut nettement plus complexe et profonde, suivant en parallèle l’une des versions féminines des troopers, conçues au départ pour satisfaire les hommes quand ils reviendraient du front, enquêter de son coté aussi sur les origines douteuses et inquiétantes de son « espèce » et les multiples secrets cachés par les autorités. Tout n’est bien entendu que manipulation, et surtout erreurs militaires et scientifiques jamais assumées, dont les soldats sont inévitablement les premières victimes. Ennis se permet même de revenir directement sur le premier choc de la saga Rogue Trooper, le massacre total de la troupe dont Rogue est le seul survivant, soulignant le terrible traumatisme qu’il a provoqué chez ceux qui y ont assisté de près ou de loin. On n’est jamais très loin ici du récit policier avec intermèdes guerriers spectaculaires, mais le scénariste démontre une nouvelle fois son accroche indéniable avec l’univers militaire (futur ou non) et son attachement profond à la figure du brave troufion, animé par sa mission, patriote honorable, inévitablement instrumentalisés et maltraités par les autorités militaires et politiques. Un regard sans doute plus fouillé et moderne sur l’univers de Rogue Trooper toujours aussi solidement illustré par Patrick Goddard, grand habitué des revues 2000 A.D. et Judge Dredd Megazine, qui s’inscrit parfaitement dans la lignée des premiers planches du maitre Dave Gibbons avec un style réaliste et musclé, imposant et dynamique, jouant admirablement de ces lignes pures et précises et de ses aplats noirs intenses et puissants.
Un nouvel album passionnant pour Rogue Trooper en France, permettant au de croiser ces nouvelles aventures imaginées par le talentueux Garth Ennis aux récits de la période « classique » du personnage. De quoi donner encore une fois l’envie que comme le Judge Dredd et ses affaires classées, Delirium puisse trouver le temps de nous réunir la première série dans une belle intégrale historique.




