AMÉRIQUES

France – 2026
Genre : Histoire, Aventure
Dessinateur : Laurent Paturaud
Scénariste : Esther Gil
Nombre de pages : 96
Éditeur : Éditions Daniel Maghen
Date de sortie : 26 août 2026
LE PITCH
Au crépuscule du XVIIIe siècle, un vent de révolte souffle sur les treize colonies d’Amérique. Bravant les interdits du roi de France, un jeune officier français et ses compagnons d’armes s’embarquent pour le Nouveau Monde aux côtés du marquis de Lafayette. Là-bas, ils espèrent rejoindre les troupes du général Washington sur les champs de bataille, où l’écho des tambours de guerre résonne comme un chant d’indépendance…
L’autre révolution
Après leurs portraits complets et romanesques de Victor Hugo et Mata Hari, Esther Gil et Laurent Paturaud continuent de scruter l’Histoire avec Amériques qui est à la fois un regard sur la naissance de cette nation pleine de promesse et sur l’un des premiers français à s’être engagés pour la cause de l’indépendance : Charles-François Du Buysson.
Un nom souvent un peu oublié dans les cours d’histoire, placé dans l’ombre du plus célèbre Marquis de Lafayette considéré comme un véritable héros de la Guerre d’indépendance et le reflet d’un royaume de France entièrement dévoué à cette affrontement lointain entre le nouveau continent et le terrible Empire Britannique. Comme le montre très bien l’album en présence, les faits sont cependant nettement plus nuancés, ne serait-ce que parce que notre cher Louis XVI fut plus ou moins contraint et forcé de s’impliquer dans le conflit, et que les motivations réelles étaient nettement moins de venir en aide à un pays opprimé que de donner un coup violent à un ennemis politique, diplomatique et économique de toujours. Extrêmement documenté, bourré de détails et d’informations mais toujours disposé avec un grand sens du didactisme, le scénario de Esther Gil dépeint solidement l’arrière-plan des évènements et jalonne son récit de grands moments attestés et importants, entre les accords militaires, les grandes batailles et les rencontres avec des figures indissociables de l’époque. Au milieu de cette reconstitution chevronnée, le véritable Du Buysson, compagnon d’aventure de La Fayette donc, offre un regard plus humain et plus passionné, soulignant le courage (voir l’intrépidité) de ces nobles français ayant traversé l’atlantique, les terres ennemis, des contrées inconnues d’eux et combattu au lointain aux cotés de camarades ne comprenant pas toujours ce qu’ils faisaient là.
Un grand destin
Le récit se permet alors même d’imaginer une rencontre amoureuse, mais chaste, entre ce dernier et une fille de propriétaire terrien, Gabrielle de Souvigny, elle-même totalement dévouée au combat pour la liberté. Quelques élans sentimentaux dans une fresque qui semble constamment emportée par les évènements, les années et les combats qui s’enchainent, quitte effectivement à ne pas avoir toujours le temps nécessaire pour scruter l’humain dans tout ça, croisé aux détours d’un rapide dialogue entre deux missions, d’une blessure entre deux batailles. Amériques peut ainsi avoir par instant des aspects presque scolaire dans sa volonté d’informer et d’embrasser un maximum de détails en un peu moins de cent pages. Une densité qui force le respect mais qui ne peut pas plaire à tout le monde, même si les superbes illustrations de Laurent Paturaud réussissent souvent à lui donner un sens épique et un certain lyrisme. Avec des contours réalistes, mais toujours assez doux et délicats au niveau des visages et des paysages naturels évocateurs, s’appuyant sur une magnifique colorisation à la main, le dessinateur retrouve avec pertinence les compositions, les textures et les lumières des peintres romantiques anglo-saxons. Certaines planches sont véritablement superbes.
Un grand document à la fois aventureux et éducatif, profondément historique et littéraire, qui donne à revisiter un grand moment du destin commun entre les États-Unis et la France. On apprécie aussi, comme toujours avec Daniel Maghen, la grande qualité de l’édition (couverture, papier…), celle-ci étant en outre accompagnée d’un cahier iconographique de 17 pages proposant des portraits complets des personnages, et divers documents d’époque appuyant la démarche générale.




