HSI SHIH LA PLUS BELLE DE TOUTES

西施 – Taiwan – 1965
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Li Hang-Hsiang
Acteurs : Chiang Ching, Chao Lei, Tsao Chien, Chu Mu, Chang Fang-Hsia, Chang Feng, Chin Shih…
Musique : Edward Yang
Durée : 155 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Mandarin DTS HD 1.0 mono
Sous-titres : français
Editeur : Carlotta Films
Date de sortie : 20 août 2026
LE PITCH
Suite à la chute de son pays face au royaume de Wu, Goujian, le roi de Yue, prépare sa vengeance. Il offre la belle Hsi Shih au roi de Wu, Fu Chai, un homme lubrique et débauché, pour qu’elle devienne sa concubine. Hsi Shih use de son charme pour détourner Fu Chai de ses fonctions, laissant la classe dirigeante corrompue aux commandes. Pendant ce temps, Goujian convoque secrètement ses amis et son peuple pour la guerre…
Exhumation
Si vous êtes avide de découvertes, de films oubliés et de metteurs en scène à réhabiliter, ne cherchez plus : Hsi Shih, la plus belle de toutes est fait pour vous. Avec le recul, il apparaît même impensable de l’avoir eu sous les radars si longtemps.
Le nom de Li Hang-Hsiang ne vous dit rien ? Malheureusement, c’est normal. Hormis sa présence au générique de l’anthologie Four Moods, éditée dans le deuxième coffret consacré à King Hu chez Spectrum Films, il est impossible de connaître légalement son œuvre dans nos contrées. Pourtant, plusieurs de ses films furent présentés à Cannes au début des années 60. Tout bon cinéphile-vore-phage qui sommeille en nous ne peut que remercier Carlotta pour cette spectaculaire mise en bouche qu’est ce Hsi Shih. Les raisons sont multiples. Passée la découverte d’un auteur, le film lorgne sans complexe sur les plus grands péplums de l’âge d’or d’Hollywood. Un croisement peu probable entre le faste de Ben-Hur de William Wyler, le portrait de femme de Cléopâtre de Mankiewicz et la détermination d’Esther et le roi de Raoul Walsh. Excusez du peu.
Transfuge de la célèbre Shaw Brothers, où il a fait ses armes, Li Hang-Hsiang a eu la bonne idée de tenter l’aventure de l’indépendance en créant sa propre société de production à Taïwan : la Grand Motion Pictures. L’expérience ne fut pas de longue durée, mais déterminante dans son intention de concurrencer le cinéma de Hong Kong. Les nombreux prix remportés aux Golden Horse (les Oscars asiatiques) et les entrées généreuses prouvent que le pari est réussi.
Femme de pouvoir
Hsi Shih, la plus belle de toutes est le quatrième et dernier film consacré aux grandes personnalités féminines chinoises des dynasties disparues. Derrière ce titre austère se cache une femme trouble et vengeresse. Autour d’elle se trament complots et trahisons pour sauver un peuple de l’oppression. Le roi envahisseur, inconscient de son avenir, a le mauvais choix de succomber au charme de Hsi Shih, sexe faible, qui se trouvera au final plus fort que lui. Li Hang-Hsiang a les moyens de ses ambitions. Un minimum pour convoquer les milliers de figurants dans ses décors pharaoniques. Mais avoir un financement ne fait pas tout. Le metteur en scène en exploite chaque centime avec un raffinement visuel qui a dû inspirer Zhang Yimou pour Hero et Le Secret des poignards volants. Il joue sur les couleurs : les soldats se croisent et se décroisent dans un ballet de rouge et de blanc magnifique. Dès l’introduction, le ton est donné. Des vagues sont peu à peu perverties par un rouge sanglant. Une audace esthétique accentuée par un doux travelling dévoilant les horreurs des combats passés.
Le dépaysement est total, tout comme ce passage chanté, héritage traditionaliste de l’opéra chinois dont est issue Chiang Ching, l’actrice principale. Le film avance tranquillement, mais sûr de lui ; il prend son temps pour nous conter les ramifications du pouvoir. Jamais ennuyeux, nous embarquons de plein gré dans le destin de cette femme volontaire.
Événement cinématographique majeur en son temps, le film fut projeté en deux parties lors de sa sortie. Les coupes de montage s’en font ressentir par moments dans cette version internationale, amputée d’une bonne heure. Mais ces 155 minutes de visionnage sont déjà une jolie invitation au voyage. Il se pose comme une belle alternative au cinéma de King Hu, dont le metteur en scène fut quelque peu le mentor. Une admirable proposition que nous ne saurions que vous recommander. Carlotta, on attend la suite !
Image
Le film peut paraître perfectible par moments. La définition sur les plans larges faisant intervenir les foules semble un tantinet flou. Pourtant, le film, comme nous le montre le module consacré à la restauration, vient de loin en comparaison de la pellicule d’origine. Restauré en 2021 dans le cadre d’un « programme de restauration numérique des films classiques taïwanais », le film est tiré du négatif original 35 mm afin d’obtenir une résolution 4K, ce qui a permis de diminuer les instabilités et de retirer les poussières et rayures image par image. Celles-ci gagnent en colorimétrie et permettent de voir le film dans des conditions inespérées.
Son
Le film est proposé en version originale mono. Heureusement, celle-ci est assez ample pour restituer l’ampleur de la production. La piste son valorise sans excès la balance dominante des ambiances plus feutrées, avec ses intrigues de cour.
Interactivité
Hormis un module sur un comparatif avant et après la restauration et la bande-annonce du film, la parole est laissée au prolifique Frédéric Ambroisine. Ce spécialiste du cinéma asiatique puise dans ses archives sans fond pour réaliser ce documentaire remettant à sa place ce cinéaste méconnu qu’est Li Hang-Hsiang. Son travail est exemplaire et concis. En une demi-heure, il survole la carrière du monsieur, de ses débuts à la Shaw Brothers, tout en passant par ses chefs-d’œuvre taïwanais. Un parfait complément pour appréhender son importance, nous permettant ainsi d’évaluer son apport et d’apprécier ce film à sa juste valeur.
Liste des bonus
« Li Hang-Hsiang, cinéaste retrouvé » par Frédéric Ambroisine, documentariste et spécialiste du cinéma asiatique (35′), La restauration (5′), Bande-annonce de la restauration (2′).







