LE BOSSU

France – 1997
Support : Bluray
Genre : Aventure
Réalisateur : Philippe de Broca
Acteurs : Daniel Auteuil, Marie Gillain, Fabrice Luchini, Vincent Perez, Philippe Noiret, Yann Collette, Jean-François Stévenin, Didier Pain…
Musique : Philippe Sarde
Image : 2.35 16/9
Son : Français DTS Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 128 minutes
Editeur : Rimini Éditions
Date de sortie : 20 août 2026
LE PITCH
Après un mariage secret, Philippe Duc de Nevers doit éloigner sa fille des mains du prince de Gonzague, son cousin jaloux. Au moment de son départ, les hommes de mains de Gonzague attaquent. Malgré l’intervention du chevalier de Lagardère, Nevers est tué. Lagardère s’enfuit alors avec l’enfant jurant de la protéger et de venger la mort de Nevers…
« Lagardère ira à toi ! »
Suivant de peu le tout aussi attachant La Fille de d’Artagnan de Bertrand Tavernier, ce Bossu made in 97, marquait une nouvelle volonté de secouer ce fameux film de cape et d’épée si français et si populaire quelques décennies plus tôt. Et l’esprit vif et la fougue du spectacle dépasse aisément par son entrain et sa modernité quelques mousquetaires récents.
Comme beaucoup donc, le producteur Patrick Godeau (Un héros très discret, Les rayons et les ombres, Camping…) avait été marqué enfant par la grande époque du cinéma d’aventure hexagonal, par ces personnages hauts en couleurs et ces duels à l’épée pleins de style et d’exubérance. En particulier forcément par le fameux Bossu d’André Hunebelle, mémorable divertissement porté par Jean Marais et Bourvil. Plus qu’un remake du film ou une nouvelle adaptation du livre (Godeau avoue avoir été très déçu par un sous-Dumas) l’idée était surtout de glisser sur ces souvenirs et cette nostalgie et de réadapter librement le récit, l’incarner totalement dans les années 90 en y apporter un réalisme inédit, tout en préservant quelques fioritures indispensables, à commencer par la langue. Le scénario signé Jean Cosmos (justement déjà présent sur La Fille de D’Artagnan) prend un malin plaisir à renouer avec ce sens du dialogue presque traditionnel, profitant du contexte historique et des enjeux théâtraux pour multiplier les saillies, les passes ironiques et les échanges aussi vifs que dynamiques avec une pointe de distance contemporaine.
« Soyons modernes, expéditifs »
Du pain béni pour le superbe casting réunis pour l’occasion offrant à Daniel Auteuil l’occasion de livrer un Lagardère nettement plus terrien que celui de Jean Marais (mais la frange de l’un vaut bien la houppe de l’autre), à Vincent Perez de jouer les aristocrates précieux, capricieux mais délicieusement flamboyant, à Marie Gillain de séduire tous et toutes par son entrain et même à Philippe Noiret de reprendre le temps de quelques scènes le rôle de Philippe d’Orléans vingt ans après Que la fête commence… Tout le monde est ici parfaitement à sa place, habité par un plaisir de jeu rafraichissant avec forcément un inoubliable Fabrice Luchini en Gonzague, figure du traitre fielleux, jaloux et manipulateur qui ajoute une belle noirceur à l’ensemble. Il faut avouer que dans tout ça, pas grand monde n’imaginait retrouver à la réalisation Philippe de Broca, alors largement en perte de vitesse et surtout quelque peu enfermé dans son image de patron d’une certaine comédie française. C’est vite oublier que l’auteur de L’Homme de Rio avait signé quelques 10 ans plus tôt un Chouans ! méritant et surtout que ses débuts de cinéastes avaient été marqués par le superbe Cartouche avec Belmondo. Plus de trente ans après ce bijou, de Broca retrouve dans Le Bossu ce sens du grand spectacle et d’un romantisme enlevé qui fait tout le sel d’un cinéma populaire presque indémodable. Les nombreux duels acrobatiques à l’épée, la fameuse passe mortelle de Nevers, les fuites sur les toits ou à travers la montagne enneigée, le massacre des noces ou la révélation finale attestent d’un savoir-faire indéniable qui réussit à manier l’esprit du feuilleton fastueux avec une élégance plus actuelle, admirablement accompagnée par les compositions exaltées d’un Philippe Sarde très inspiré.
Finalement dans cette authentique réussite, ce récit intemporel d’une vengeance d’honneur, pleine d’humour et d’action, seul le traitement de la relation entre Lagardère et la belle Aurore plombe un peu l’ambiance. Des restes du texte initiale qui glissent de manière douteuse vers les limites de la relation incestueuse et que le cinéaste clôtura par un baiser de happy-end mal négocié qui l’embarrassait lui-même. On mettra ça sur le dos des mœurs du 17eme siècle…
Image
Avec Le Bossu, Rimini entame un travail de réédition d’une collection Phillipe de Broca qu’avait lancé TF1 Vidéo en 2015. En tant que partenaire l’éditeur indépendant reprend à chaque fois le matériel déjà exploité par le premier. A commencer par la copie du film, restaurée justement il y a plus de dix ans pour un master 2K très propre, bien solide et bien tenu. Avec la distance des années on peut désormais se montrer plus critique sur le piqué ou la gestion de quelques scènes plus sombres et vaporeuses, sachant que ces soucis seraient facilement réglés par une restauration 4K plus appuyée sur les argentiques, mais le travail présent fonctionne encore parfaitement et fait honneur à la très belle photographie du film.
Son
La piste sonore DTS HD Master Audio 5.1 est toujours aussi efficace avec une mise en avant, volontairement théâtrale, des dialogues et une dynamique générale bien présente qui ne pousse vraiment la spatialisation que lors des grandes scènes de combats. Une prestation efficace et claire.
Interactivité
Si Rimini revoit tout l’habillage de la collection avec une identité et une esthétique plus affirmée, le contenu du disque reste donc le même que celui de TF1 Vidéo nous permettant de profiter à nouveau de cet excellent documentaire d’une heure tourné dans les coulisses du film et déjà glissé sur l’ancien DVD. Visible uniquement en SD, ce dernier suit le tournage pas à pas, multiplie les interviews pertinentes, et revient tour à tour sur les costumes, les décors ou la mise en place des séquences d’escrime et de cascades. On y parle cinéma, histoire, jeu d’acteur avec entrain et sincérité.
Ce document est toujours accolé au documentaire rétrospectif de 2015 réunissant le producteur, le monteur, le caméraman et l’épouse de Philippe de Broca, revenant toutes ses années après sur la création de ce grand film populaire. Là encore les propos sont passionnants, prenant un peu de distance avec le ton uniformément enthousiaste du making of pour conter les difficultés pour trouver un réalisateur intéressé par le projet, quelques moments bien compliqués du tournage (dont une catastrophe évitée de peu), une sortie en salles loin d’être si éclatante que cela finalement et surtout un premier montage de presque trois heures raboté avec beaucoup de patience. On serait vraiment curieux de pouvoir visionner ces scènes coupées un jour.
Liste des bonus
« Le Retour de la grande aventure » avec Patrick Godeau, producteur, Henri Lanoë, monteur, Alexandra de Broca et Yves Agostini, caméraman (25’), Making of (56′), Bande-annonce restaurée.







