MÉTAL HURLANT N°20 : PHILIP K. DICK

France – 2026
Genre : Science-Fiction, Fantastique
Dessinateur : Shintaro Kago, Nicolas Desrues, Edouard Cour, Aurélien Maury, Gwendal Briec, Thomas Rouzière, Afif Khaled…
Scénariste : Damien Cuvilier, Jerry Frissen, Matéo Lavina, Eldiablo…
Nombre de pages : 272
Éditeur : Les Humanoïdes Associés
Date de sortie : 26 août 2026
LE PITCH
Bienvenue dans le numéro spécial Philip K. Dick de Métal Hurlant où la frontière entre fiction et hallucination se brouille, où les personnages doutent – comme vous – de la réalité de leur existence, où la paranoïa devient leur seconde peau et où la vérité change à chaque page. Des histoires et des interviews (Wojtek Siudmak, Brian Yuzna, Pacôme Thiellement), qui laissent un goût d’incertitude, un soupçon d’angoisse…
Confessions d’une bande de barjos
Après avoir consacré deux numéros mémorables au maitre de l’horreur sans nom, H.P. Lovecraft, Métal Hurlant jette désormais son dévolu sur une autre légende de la littérature SF : Phillip K. Dick. Une vision du monde où là aussi les frontières entre le réel et l’irréel ne cessent de s’effondrer, pour une œuvre dont la paranoïa continue aujourd’hui encore de se distiller dans la pop culture… et l’actualité.
Et à meilleure raison puisque si Mr Lovecraft basait plus ou moins volontairement son univers mythologique sur des thématiques sous-jacentes que l’on sait relativement nauséabondes (soit une belle xénophobie de son époque), celle de Phillip K. Dick bien souvent tournée vers l’avenir a malheureusement prouvée depuis quelques décennies qu’elle était loin d’être échappée de l’esprit d’un illuminé. Monde virtuelles, contrôles des esprits, dédoublements de personnalités, colonisations destructrices, déshumanisation et totalitarisme rampant, K. Dick est l’une des plumes qui a le mieux cerné le glissement de la civilisation occidentale. Outre quelques chefs d’œuvre du cinéma dans le balluchon (au hasard Blade Runner, Total Recall ou Minority Report), le prolifique romancier (plus de 40 romans et 120 nouvelles) est bien entendu la première inspiration des planches proposées dans ce nouveau Métal Hurlant offrant régulièrement quelques virées aux limites de la folie. Comme l’inaugural Votre manuscrit n’a pas été retenu d’Aurélien Maury, petit coup de génie qui avec une ligne simple mais élégante conte l’enquête menée par l’auteur lui-même sur sa propre disparition.
Simulacres
La porosité de l’esprit et de l’identité est forcément un sujet assez récurrent comme dans Ce que les morts veulent nous dire de Gwendal Briec et ces grands cerveaux cryogénisés qui préparent leur échappée, le Moi de Maribel Conejero où une jeune femme se perd dans ses avatars reflétant tous ses échecs, Enfin le succès de Koren Shadmi et son auteur manqué qui va se faire remplacer par son modèle ou enfin Dieu est un fumeur de havane de Eldiablo et Afif Khaled dans lequel le créateur de l’univers soigne sa solitude en vivant comme dans une réalité virtuelle la triste existence des humains. Certaines propositions frappent plus que d’autres, autant par leur style graphique singulier que par le choix des histoires. En l’occurrence Le grand Tour de Fabrizio Dori et son moyen-âge presque mystique sublimement peint, Minos de Toni Fejzula et son labyrinthe mental et le cafardeux Monade Anoconique de Jacques Després au noir et blanc comme gratté sur la page, frappent surtout par leur beauté esthétique. Instinct du récurrent Nikola Pisarev joue plutôt sur une peinture plus sombre et inquiétante, s’enfonçant lentement dans la folie de son narrateur et les autres coups de cœur iraient sans doute vers Le Chresmocog de Hugues Micol, illustration absurdement terrifiante d’un monde ou tout le monde est forcément coupable (et à l’avance) et le surprenant Otages de Baptiste Tanguy et Paul Lucido aux accents de roman noir à la conclusion terrible et déchirante… et totalement parano.
La partie rédactionnelle du numéro est plus recentrée que d’habitude (seule rubrique persistante, celle d’Otto Maddox compile les belles couvertures pulp US) et se concentre effectivement sur le thème du moment : un retour sur l’histoire, compliquée, du jeu vidéo Ubik, la création de l’expérimental A Scanner Darkly avec le réalisateur Richard Linklater, un guide de lecture complet mais sélectif, et une évocation plus ou moins poussée de l’œuvre et de la personnalité de K. Dick par le truchement de l’essayiste Blast Pacôme Thiellement et le génie de la BD américaine Robert Crumb qui signa en 1984 pour l’ancienne formule du magasine la nouvelle L’Expérience religieuse de Philip K. Dick. L’occasion aussi de revenir sur ses propres névroses et ses liens étroits avec les stupéfiants, la paranoïa, les délires internes et plein d’autres belles choses.





