RING : LA TRILOGIE

リング / Ring, らせん / Rasen, リング2 / Ring 2, リング0 バースデイ / Ring 0 – Japon – 1998, 1999, 2000
Support : Bluray
Genre : Horreur
Réalisateur : Hideo Nakata, Jôji Iida, Norio Tsuruta
Acteurs : Nanako Matsushima, Miki Nakatani, Yûko Takeuchi, Rie Ino’o, Kôichi Satô, Hinako Saeki, Hitomi Satô, Kyôko Fukada, Yukie Nakama, Seiichi Tanabe, Kumiko Asô…
Musique : Kenji Kawai, La Finca, Shin’ichirou Ogata
Image : 1.85 16/9
Son : Japonais DTS Master Audio 5.1, Français DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 96, 97, 95 et 99 minutes
Editeur : Factoris Films
Date de sortie : 31 juillet 2026
LE PITCH
Tokyo, une rumeur se répand parmi les adolescents : visionner une mystérieuse cassette vidéo provoquerait une mort certaine au bout d’une semaine. Après le décès inexplicable de sa nièce, la journaliste Reiko Asakawa décide de mener l’enquête mais se retrouve elle-même sous le coup de la malédiction. Pendant les sept jours qui lui restent à vivre, elle devra remonter à l’origine de la vidéo fatale et affronter le spectre qui hante les télévisions : Sadako.
Agent infectieux
Bien des années après un coffret DVD StudioCanal mémorable, la trilogie Ring est à nouveau réunie, cette fois-ci en Bluray, pour un coffret signé Factoris Films. Une trilogie ? Oui mais de quatre films car le petit oublié Spiral (Rasen) retrouve enfin sa place dans la destinée, profondément altérable, de Sadako, victime et bourreau rapidement devenue une icône du cinéma d’horreur.
Aujourd’hui transposée dans une série de films ultra-démonstratifs et passablement crétins (de Sadako 3D à Sadako vs Kayako), très loin des effets suggestifs des débuts, Sadako n’a certainement pas fait sa première apparition à l’écran dans le Ring de Hideo Nakata en 1997, mais bien deux ans plus tôt dans le téléfilm Ring : Kanzenban (inédit en France) avec une vision nettement plus classique et très loin finalement de cette image fameuse du onryô, fantôme vengeur féminin, au long cheveux noirs et à la longue robe blanche. Tout est question d’interprétation naturellement, et la série de romans signé Kôji Suzuki (Ring, Double hélice et La Boucle chez Pocket) ouvre effectivement la voie à des interprétations libres par une première description évasive mais aussi par une nature extrêmement changeante du personnage (qui sera même influencée par le succès des films et réciproquement). L’une des forces des romans est justement de faire de cette créature, entre la rumeur et l’apparition gothique, un cadre malléable que les réalisateurs et scénaristes peuvent aborder à leur manière.
Contamination
Ainsi le Ring 0 de Norio Tsuruta (Kakashi), venant conclure la première période, aborde le passé et les origines du personnage, approfondit les différents flashbacks aperçus et s’efforçe de redonner des contours humains à la pauvre jeune fille. On y découvre sa volonté de devenir actrice au sein d’une compagnie théâtrale, sa fragilité et ses espoirs amoureux, mais aussi les phénomènes mystérieux qui ont lieu autour d’elle, hésitants entre une malédiction liée à sa mère et ses propres pouvoirs psychiques reflétant ses troubles intérieurs comme dans le Carrie de Stephen King. Un drame fantastique, plutôt sobre sur les effets horrifiques, assez classique dans sa mise en scène, entièrement dévoué à une issue que tout le monde sait fatale (la dernière scène est d’ailleurs la plus réussie) mais qui ramène Sadako à son humanité perdue. C’est que les deux films d’Hideo Nakata ont fait le chemin inverse ne décrivant la jeune fille que comme une figure de plus en plus abstraite et insaisissable. Une silhouette, une menace, un esprit incompris dans le superbe Ring, mais aussi une présence nettement plus diffuse dans Ring 2 (comportant sans doute les scènes les plus flippantes de la saga). Tourné dès l’année suivante, le réalisateur et son scénariste Hiroshi Takahashi y prennent leurs distances avec les romans de Suzuki, imaginant une suite inédite à leur premier film pour plonger plus ouvertement dans les rives d’une mythologie mystique et cauchemardesque pas si loin des visions obscures d’H.P. Lovecraft. Les origines de Sadako sont désormais liées à une entité aquatique, mais surtout sa malédiction semble désormais être contagieuse, prenant corps dans l’esprit du pauvre Yôichi, petit garçon témoin des morts de ses parents et de son grand père mais aussi de multiples apparitions, dont la colère refoulée finie par donner une porte d’entrée à la femme-fantôme.
Pandémie
D’une certaine façon la transformation est totale lorsque le dernier plan du film montre la légende urbaine renaitre sous la forme d’une ancienne victime de Sadako, elle-même trahie par un journaliste qu’elle hante désormais. Cette idée d’une possible transmission de l’esprit de Sadako et surtout d’une transformation constante était déjà largement présente dans les romans de Suzuki, poussant le vice jusqu’à un La Boucle totalement méta et vertigineux où la demoiselle se met littéralement à plier la réalité sous sa volonté. Un angle auquel le trop peu connu Rasen, reste finalement le plus fidèle. Produit par la Kadokawa en même temps que le premier Ring et projeté au Japon en double programme, le film est d’une certaine façon la véritable suite. Celle qui adapte le roman Double Hélice et qui reprend fidèlement l’histoire là où elle avait été laissée. Si Jôji Iida (Tokyo Babylon 1999) n’a clairement pas une mise en scène aussi fouillée que Nakata et que les compositions de Kenji Kawai (entre autres) manquent cruellement dans le tableau, le film plonge totalement dans l’idée délirante d’une mutation de Sadako, autrefois porteuse du virus de la variole, et qui peu à peu se détache de la fameuse vidéo maudite pour prendre chair dans le monde réel. Le final apocalyptique est absolument fascinant et l’utilisation constante de concepts purement scientifiques mêlés à un rythme et une construction de thriller surnaturel lui donne véritablement une identité propre et curieuse au sein de cette étrange saga qu’est Ring.
Les quatre films enfin réunis dans un seul et même coffret, on peut enfin totalement se rendre compte de l’aspect insaisissable et fluctuant de la nature de Sadako, créature de cinéma (mais aussi de littérature) qui dépasse totalement ses créateurs et ne cesse de vouloirs leur échapper. Dans l’idée ont aurait même pousser le vice jusqu’à espérer la présence dans ce même coffret du mauvais remake coréen Ring Virus et de la variation gothique et plutôt réussie de Gore Verbinski, Le Cercle, autre cas contacts qui chacun à leurs manières ne manquent pas d’intérêt.
Image
Dans ce coffret trois disques, le premier consacré à Ring n°1 est en fait celui qui était déjà présent dans le combo 4K / Bluray de The Jokers. Même bonus, même menu et surtout même superbe copie produite à partir d’un scan 4K des négatifs et une restauration aux petits oignons redonnant au film reliefs et couleurs tout en jouant délicatement avec le grain d’origine. Les trois autres métrages n’ont pas connu les mêmes honneurs et sont disposés dans des remasterisations fournies par la Kadokawa, mais sans véritable retour à la source. Ring 2 et Ring 0 s’en sortent cependant très bien avec une définition solide et des cadres propres et stables rehaussés par une colorimétrie bien équilibrée. Quelques scènes plus sombres et quelques contours noirs grisaillent légèrement mais rien de vraiment gênant. Spiral est un peu moins gâté, sa photo plus crue et lumineuse et une source vidéo moins performante affichent une gestion du grain plus aléatoire.
Son
Les quatre films sont visibles avec leurs doublages français, en DTS HD Master Audio 5.1, tentant toujours aussi difficilement de retrouver le ton si particulier et laconique des films originaux. Quelques ambiances et jaillissement pointent leur nez, mais les homologues japonais (là aussi DTS HD Master Audio 5.1) sont nettement plus performants avec des atmosphères franchement bizarroïdes, perturbantes et angoissantes où, il faut le reconnaitre, les compositions de Kenji Kawai se marient particulièrement bien avec les effets dissonants et les glissements lugubres.
Interactivité
Plus de vingt ans après le coffret DVD de StudioCanal, la trilogie Ring est enfin à nouveau réunie dans un coffret Bluray… avec une fois encore le « quatrième » opus Spirale autrefois uniquement proposé en single dans la collection Asian Star de Mr Dionnet. Tous sont donc réunis dans un digipack cinq volets avec fourreau cartonné, accompagné d’une reproduction de deux affiches en guise de poster réversible.
Du coté des suppléments proprement dits, on retrouve sur le disque de Ring les bonus proposés par The Jokers, soit l’interview d’archive du romancier Koji Suzuki qui revient sur les origines du livre, ses inspirations et son regard sur le premier long métrage dont il a consciencieusement choisi de rester à distance. Suit un petit documentaire rétrospectif qui rappelle l’importance des fantômes féminins dans la culture japonaise, la représentation de Sadako dans les films puis étend le propos sur l’importance du personnage dans la culture populaire japonaise, le tout avec les interventions d’Hideo Nakata, du scénariste Hiroshi Takahashi ou de l’actrice Rie Ino.
Les deux suppléments disposés sur le troisième disque sont eux totalement inédits. Le youtubeur Aa L’épouvantail nous refait un tour d’horizon de la représentation du fantôme dans le cinéma d’épouvante japonais et s’efforce de tirer des filiations avec notre chère Sadako, autant dans cette mythologie basée sur la rumeur et la colère que sur la représentation iconique et ses cheveux longs pendants devant le visage. Accompagné d’images des films en guise d’illustration, l’interview croisée audio de Rie Ino et Takuya Wada (responsable des maquillages sur Ring) délivre pour le coup un regard plus original sur le personnage, l’actrice racontant son casting, ses apports en tant que danseuse et son attachement au personnage, tandis que son accompagnateur délivre quelques informations sur le design générale et là aussi sa fierté d’avoir participé à créer cette icône.
Liste des bonus
« Psychologie de la peur » : une interview de l’auteur de Ring, Koji Suzuki (25’), « L’écran démoniaque » un documentaire de Yves Montmayeur sur la conception de Sadako (17’), Sadako : la reine des Fantômes par Azz L’Epouvantail (25’), Interview croisée de Rie Ino et Takuya Wada par Romain Plourde (10’), 1 Poster 50×40 recto verso.








