SUSPIRIA DE LA COURS DES TÉNÈBRES T.2 : CŒUR DE FLAMME

Suspiria del regno oscuro : cuore di fiamma – Italie – 2021
Genre : Érotique, Horreur
Dessinateur : Andrea Bulgarelli
Scénariste : Luca Laca Montagliani
Nombre de pages : 104
Éditeur : Tabou BD
Date de sortie : 10 septembre 2025
LE PITCH
Madeleine aurait pu devenir une ballerine célèbre, mais le destin en a voulu autrement. Un accident a cloué Marcel, son grand amour, danseur jadis célèbre, dans un fauteuil. Désormais impotent, il sombre dans l’alcool, noyant la rage de sa carrière brisée, dans un apitoiement qui détruit également la vie de Madeleine. Pour subvenir à leurs besoins, la jeune femme vend des bougies dans les rues de Paris… jusqu’à sa rencontre avec la démoniaque Suspiria du Royaume des Ténèbres, qui lui révèle la vie qu’elle aurait pu mener…
Feu purificateur
Le premier tome sorti chez nous il y a un peu moins d’un an ne s’était pas avéré totalement convaincant. Ce second essai, toujours concocté par le même duo d’auteurs italiens plonge plus avant dans cette mythologie démoniaque et délivre un conte morbide nettement plus maitrisé.
Cette série intitulée Suspiria, qui repose lointainement sur les mêmes références que le classique de Dario Argento, ne suivra donc pas de tome en tome de gentilles héroïnes victimes des forces du mal, mais bien ces dernières, prenant la forme d’une famille de démons jouant avec le destin des hommes, se repaissant de leurs malheurs ou les plongeant très volontairement dans la déchéance. Après la pauvrette du précédant La Petite mort, c’est au tour d’une jeune danseuse, réduite à cause de l’accident de son mari à vendre des bougies volées à l’église dans la rue comme d’autres vendraient des allumettes. Madeleine, parce que c’est son nom, a le sens du sacrifice, acceptant toutes les crises de son Marcel et rejetant les avances des autres hommes. Mais le destin s’acharne et Suspiria elle-même vient assister au spectacle s’efforçant d’attirer la pauvre femme dans son giron avant que celle-ci ne tombe dans des griffes plus sadiques encore. Alors que le premier album mettait constamment en avant un érotisme aussi gratuit que suranné, Cœur de flamme délaisse clairement la représentation frontale de la sexualité (une ou deux cases, ça fait peu pour un titre Tabou finalement) préférant mettre en avant une fable gothique méchamment noire.
L’obscurantisme au bûcher
Celle-ci scrute plus ouvertement la violence et la perversion qui peut habiter les rues d’un Paris du siècle dernier, et où en particulier, le regard des mâles est forcément intéressé, égoïste et brutal. Le scénario de Luca Laca Montagliani creuse les noirceurs d’Andersen pour délivrer un mélodrame qui tourne au pur récit d’horreur où les pires révélations ne viennent pas forcément de créatures infernales de passage mais plutôt d’un gentil voisin au fanatisme religieux totalement dégénéré. Entre quelques grandes réflexions philosophiques sur la nature du mal et de l’homme et autres citations déclamées par nos spectateurs installés au royaume des ténèbres (pas forcément les passages les plus intéressants du bouquin ironiquement), l’histoire plutôt simple et volontairement schématique réussit à faire naitre une atmosphère sulfureuse tout en distillant quelques bonnes valeurs sur le respect du corps et la liberté du genre.
Cela reste surtout à nouveau un canevas idéal pour que Andrea Bulgarelli puisse à nouveau exposer tout son savoir-faire. Grand héritier des meilleurs artistes du fumetti, dont il reprend souvent ainsi le découpage simple en deux grandes cases et le noir et blanc tranché révélant tous les pleins et déliés de l’encrage, ce dernier impressionne toujours autant par son expressivité, la puissance de ses formes, la sensualité de ses courbes et la ferme incarnation de ses décors et textures (la nouvelle venue Linceul toute en drapés et transparence est affolante). Encore une fois, même si ses performances sur Suspiria ou sur le très bis et bourrin Ramba, sont particulièrement impressionnantes, on espère vraiment pouvoir découvrir un jour sa signature sur une légende barbare à la Conan façon Buscema.



