THE EYE 1&2

見鬼 , 見鬼2 – Hong Kong, Singapour, Thaïlande, Royaume-Uni, Pays-Bas – 2002 / 2004
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Horreur
Réalisateur : Oxide Pang Chun, Danny Pang
Acteurs : Angelica Lee, Chutcha Rujinanon, Lawrence Chou, Candy Lo, Edmund Chen, Shu Qi, Eugenia Yuan, Jesdaporn Pholdee, Thanarat Poon…
Musique : Orange Music, Payont Persmith
Image : 1.85 16/9
Son : Cantonnais et Français DTS Master Audio 5.1 et 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 99 et 95 minutes
Editeur : Carlotta Films
Date de sortie : 15 septembre 2026
LE PITCH
The Eye : Mann est aveugle depuis l’âge de deux ans. Dix-huit ans plus tard, à la suite d’une transplantation expérimentale de la cornée, elle recouvre l’usage de ses yeux. Mais il semble que l’opération lui ait apporté plus que cela : Mann est désormais en proie à d’étranges visions…
The Eye 2 : Suite à une rupture amoureuse, Joey tente de mettre fin à ses jours dans un hôtel de Bangkok. À son réveil, elle se rend compte qu’elle est enceinte. Mais la voilà également dotée d’un terrible pouvoir : Joey est capable de voir les fantômes des morts. Et ils sont partout…
Deux yeux maléfiques
Si au début des années 2000 la fameuse J-Horror avec Ring, Ju-on, Kairo ou Dark Water, règne en maitre et bouscule durablement autant le marché que les représentations du cinéma d’horreur international, le film hongkongais The Eye, et dans une moindre mesure ses suites, s’inscrit parfaitement dans ce renouveau asiatique. Une autre histoire de fantômes qui revisite un folklore immuable où les esprits sont plus que jamais en peine.
Fiers d’un Bangkok Dangerous bien shooté malgré un budget rikiki grâce, entre autres, à l’intégration futée dans la mise en scène du handicap du protagoniste, les frères Pang, intéressent fortement certains producteurs HK. A la surdité de l’un répond finalement la cécité visuelle de l’autre dans The Eye, coproduction essentiellement entre Hongkong et la Thaïlande, où une jeune femme aveugle, joué par une Angelica Lee très convaincante, se met à avoir d’étranges visions après une greffe de cornée tant espérée. Un point de départ idéal effectivement pour un film d’horreur à la japonaise, parsemé d’apparitions et de fantômes vengeurs s’en prenant à une héroïne d’apparence fragile confrontée à un monde ésotérique qui la dépasse. Mais les deux réalisateurs reprennent justement plus ou moins leur concept de Bangkok Dangerous, articulant une bonne partie de leur mise en scène autour des sensations imparfaites ou biaisées de Mann, jouant constamment du flou que l’entoure, du hors-champs et des distance sonores pour délivrer les séquences les plus flippantes du film. Avec la vue qui revient progressivement, c’est tout un univers qui se transforme pour l’héroïne remettant totalement en jeu sa perception du monde et donc sa propre identité, elle ancienne aveugle devenu voyante (une scène montre son rejet par son ancien orchestre de non-voyant) mais dont on questionne constamment la subjectivité du champ visuel, autant que sa bienveillance envers les âmes perdues. The Eye marie parfaitement ces codes du genre revisités par le point de vue de la caméra, avec le cheminement intérieur de Mann qui doit apprendre à dompter son sens nouveau et sa nouvelle réalité. Une remise en question qui culmine dans une révélation aussi surprenante que logique en milieu de récit et qui embarque le film vers une Thaïlande plus profondément imprégnée encore par ce folklore mystique, entre pouvoirs médiumniques, réincarnations et esprits vengeurs. A la fois efficace et mélancolique, The Eye tient souvent moins du film d’horreur que du drame fantastique.
Le Cadet de mes soucis
Une voie dans laquelle s’engouffre totalement sa « suite » produite deux ans plus tard, variation sur le même thème où on retrouve la même atmosphère surnaturelle et une nouvelle jeune femme victime de vision terrifiante. Ici pas question d’opération des yeux, mais d’une grossesse accidentelle qui n’est pas forcément bien vécue par Joey (Shu Qi, alors en pleine ascension), jusque-là surtout occupée par ses déboires sentimentaux et un certain matérialisme. Forcément plus classique dans son habillage, et reprenant plus ou moins les mêmes effets de montage et de cadres que le premier métrage, The Eye 2 se montre à la fois nettement plus graphique dans sa manière de dépeindre les esprits des décédés (le fils et la mère à moitié écrasés sur le sol après leur suicide…) tout en en gardant surtout l’idée d’une omniprésence constante de la mort et de la fragilité du corps. Un nouveau portrait du féminin donc, objectivisé, confronté souvent au regard jugeant des autres, mais aussi nettement plus ambigu, Joey étant à la fois touchante par sa trajectoire brisée qu’elle-même violente dans certains de ces choix destructeurs. Souvent considéré comme très inférieur au premier, The Eye 2 se montre pourtant presque aussi fort. En particulier lorsqu’il fait cohabiter cette vision idéalisée de la femme enceinte, symbole de vie, et des morts oppressants, qui attendent leur tour pour une potentielle réincarnation. L’accouchement dans l’ascenseur entre hystérie mystique, terreur gynécologique et émanations glauques peut laisser quelques traces…
Un double programme qui rappelle une fois encore la grande vitalité du cinéma d’horreur asiatique en ce début de millénaire. Deux films de genre qui là encore maniaient intelligemment la forme pour donner corps à des angoisses des plus humaines, et plus particulièrement féminines, qui malgré quelques tics de mise en scène et des effets spéciaux un peu vieillissants, préservent une efficacité certaine. Au vu du sacré bordel mal fagoté du troisième opus, on ne regrette qu’à moitié son absence dans le coffret de Carlotta.
Image
Le premier The Eye a tout récemment été entièrement restauré à partir d’un nouveau scan 4K des négatifs 35mm. Pas une mince affaire puisque l’objet à la photographie parfois vaporeuse, parsemé de zooms et de retouches numériques diverses ne facilite pas forcément sur le papier une copie parfaitement homogène. D’ailleurs, même sur le disque UHD qui lui est dédié, les différences de qualité entre les séquences sont encore perceptibles, voir marquées. Mais c’est là qu’on voit que le travail effectué est resté volontairement proche de la nature du film et de la volonté de ses auteurs. Le grain oscille, les bords fluctuent parfois, mais dans le détail, le piqué est extrêmement rigoureux et profond et l’apport du doublet HDR / Dolby Vision développe naturellement la colorimétrie vers des teintes chaudes et intense qui consolident le tout.
Sa suite n’a cependant pas eu les mêmes honneurs et reste uniquement proposé en format Bluray. Un nouveau master HD invisible en dehors de l’Asie d’ailleurs mais qui s’avère, il faut bien le dire, d’excellente tenue. Quelques légères scories (points, granulation…) peuvent encore être aperçus dans certains plan mais cela reste discret tandis que l’ensemble est très propre et stable avec une définition solide et des teintes aussi maitrisées que les noirs.
Son
Pour les deux films, les pistes sonores originale et française sont à chaque fois proposées avec un DTS HD Master Audio 2.0 proches des intentions initiales, sobres, frontaux mais efficaces, mais aussi avec des DTS HD Master Audio 5.1 nettement plus tendus. En vo en particulier où les ambiances enveloppantes se font des plus inquiétantes et où les divers effets de sursauts et de jaillissement sont impactés par une dynamique bien nerveuse.
Interactivité
Disponible en duo Bluray ou en combo UHD pour le premier et Bluray pour le second, les packs The Eye de Carlotta films sont disposé dans un même coffret digipack avec fourreau cartonné et proposent les mêmes suppléments avec forcément une mise en avant du premier film. L’interview inédite, en anglais, du producteur Peter Ho-Sun Chan ne parle donc que très peu des deux suites, revenant surtout sur sa découverte des frères Pang, le travail d’écriture, leur professionnalisme et leurs nombreux talents, ne s’offrant la paternité que d’un unique plan du film. Pas inintéressant du tout, en particulier lorsqu’il souligne l’identité panasiatique du métrage. Le segment est suivi par un essai analytique signée par une journaliste anglaise qui discute de l’œil profondément féminin du film et donc sa sensibilité particulière. On retrouve aussi pour The Eye et The Eye 2 les making of très promo d’époque, entre interviews enthousiastes et grosses bandes-annonces et la fin alternative de The Eye 2 déjà croisée à l’époque du DVD qui offre une conclusion plus rationnelle mais pas totalement logique.
Liste des bonus
Réflexions sur The Eye : Entretien avec Peter Ho-Sun Chan (22’), Voir et ressentir : La Vision au féminin dans The Eye (15’), 2 Making of (17’ et 13’), Fin Alternative, Bandes-annonces.







