LA LÉGENDE DES STRYGES T.1 : LES EAUX DU CHAOS

France – 2025
Genre : Fantastique
Dessinateur : Nicolas Begue
Scénariste : Corbeyran
Nombre de pages : 48 pages
Éditeur : Delcourt
Date de sortie : 17 septembre 2025
LE PITCH
Égypte, 1869. Alors qu’une guerre se prépare entre la France et la coalition des États allemands dirigée par la Prusse, l’archéologue français Alexandre Sardin met au jour un ensemble de sarcophages. À l’intérieur, sept corps à la physionomie hors du commun baignent dans un étrange liquide noir, futur enjeu d’une lutte sans merci entre l’archéologue et l’occultiste prussien Sandor G. Weltman…
Le retour des anges maudits
Série culte de la BD hexagonale des années 2000, Le Chant des Stryges s’est finalement achevé en 2018. Après 7 longues années d’absence, Corbeyran revient à son univers phare avec La Légende des Stryges, nouveau diptyque qui s’ancre dans la France du milieu du XIXe siècle, en pleine fièvre de l’égyptologie.
18 tomes en trois saisons donc pour Le Chant des Stryges, mais la saga ne se limite clairement pas à cette série centrale puisqu’on peut y ajouter les propositions parallèles de Le Maitre du jeu, Le Clan des chimères, Les Hydres d’Arès, Le Siècle des ombres mais aussi un titre comme Asphodèle. Un gigantesque terrain de jeu mythologique et historique largement exploré par ses créateurs, où le risque de proposer un nouvel album est double. Il y a en effet toujours un risque de redite et de signer la BD de trop. Il y a aussi le risque de n’aboutir à une lecture uniquement accessible aux amoureux de la première heure, maniant ce récit de dieux et de complots sur le bout des doigts. Bonne nouvelle Les Eaux du chaos ne tombe dans aucun de ces pièges proposant un récit qui tout en reprenant les fondamentaux de l’univers des Stryges (relectures des civilisations humaines, conspiration à tous les étages…) développe véritablement une trame parallèle et supplémentaire qui, pour l’instant, se suffit parfaitement à elle-même. Nouveaux personnages, nouvelle époque et surtout une plongée dans les milieux aventureux de l’égyptologie pour une découverte archéologique qui risque de révolutionner toute l’histoire de l’humanité : des momies gigantesques aux traits rappelant ceux du panthéon d’alors et un curieux liquide, noir, aux propriétés encore mystérieuses.
Sur les traces de Seth
Entre Alexandre Sardin, l’archéologue bien moins aventureux qu’Indiana Jones et l’étrange magna Sandor Weltman qui lui propose un partenariat financier, on ne sait pas vraiment encore qui va mener la danse, mais les tensions sont déjà apparentes. Comme souvent Corbeyran happe le lecteur immédiatement en ménageant ses révélations, en plaçant progressivement ses personnages et ses enjeux et surtout en faisant renaitre cette sensation envoutante de mélange entre récit presque policier et une ambiance bien plus sombre, nourrie de vieilles sorcelleries et de retour d’êtres immortels menaçants. Une très bonne entrée en matière pour ce retour des Stryges mais aussi une porte d’entrée tout à fait efficace pour les nouvelles venues, qui ne manqueront pas d’être séduits à coup sûr par les planches du nouvel illustrateur Nicolas Begue. Ancien coloriste de talent sur des séries comme Voltaire amoureux, La Quête de l’oiseau du temps ou Les Chroniques de la Lune Noire, il s’impose ici admirablement comme un artiste complet, reprenant le style du créateur Richard Guérineau (qui signe d’ailleurs la couverture) mais sans rester dans son ombre. Une touche de semi-réalisme, des personnages pleins de vie et de caractéristiques, des décors admirablement dépeints, des matières et un relief très présents et surtout ces voyages dans le lointain passé, peuplé de créature mythiques foulant le sol humain, ou des décors plus proches du Paris de la révolution industrielle, laissent une impression profonde et bluffante.
Une bonne dose de sang neuf pour cette série non pas vieillissante, mais déjà presque vénérable et foisonnante.




