JINX

Jinx #1-7 – Etats-Unis – 1996
Genre : Policier, Thriller
Dessinateur et scénariste : Brian Michael Bendis
Nombre de pages : 410
Éditeur : Delcourt
Date de sortie : 27 février 2026
LE PITCH
Une chasseuse de primes, un escroc de bas étage et son acolyte incontrôlable forment une alliance improbable pour retrouver le butin ultime : une réserve cachée d’argent de la mafia (trois millions de dollars), indétectable et susceptible de changer leurs vies. Mais pour cet improbable trio, le vieil adage » plus d’argent égal plus de problèmes » va s’avérer prophétique.
« Men are likes cars… »
Avant d’être l’auteur star de Marvel et DC et le ré-inventeur de Spider-man en mode Ultimate, Brian Michael Bendis était un jeune auteur indépendant et le créateur de Jinx. C’était il y a 30 ans et ce dernier relançait le polar en comics.
Aujourd’hui largement copiée et totalement intégrée dans des dispositifs narratifs mainstream, l’écriture de Bendis était assez novatrice, pour ne pas dire révolutionnaire, en cette fin des années 80. Un auteur qui privilégiait largement les échanges verbeux, les discussions plus ou moins calmes, en tout cas un art du dialogue nettement moins littéraire et fonctionnel que dans le reste de la BD américaine. Ces derniers semblent d’ailleurs pris sur le vif, incluant dans les phylactères les diverses scories du langage, les hésitations, digressions et ne limitant jamais les personnages dans leurs témoignages. Jinx, suite plus ou moins formelle du précédent Goldfish, est donc un comic où ça parle beaucoup. Les pages sont composées le plus souvent d’enchainement de bulles et de blocs de texte enfilés comme des perles où on y découvre forcément les éléments primordiaux de la trame principale, mais aussi et surtout la motivation, le caractère et la nature même des personnages. Ici comme dans d’autres titres à venir ou ce sera l’univers des super-héros par exemple, la pure ligne du polar est surtout pour Bendis une sorte de toile de fond, une atmosphère, lourde, noire urbaine, où va se jouer une tout autre histoire. En amorce donc une sorte de chasse au trésor, à l’argent sale, entre deux magouilleurs de premières rapidement rattrapés par quelques criminels plus endurcis, mais dont les quelques épisodes, parfois bien dangereux et hargneux, viennent surtout donner un éclairage tout particulier à une rencontre : celle entre Jinx, chasseuse de prime moderne, et Goldfish, petits criminel charmeur mais malchanceux.
Le Tarantino de la BD
Lorsqu’ils sont ensemble tout s’arrête et le comics tourne à la comédie romantique, où deux être cabossés se reconnaissent, se séduisent, se repoussent, se retrouvent pour enfin, réussir à potentiellement se reconstruire une vie. Ce sont dans ces passages-là, au téléphone, dans un bar ou dans un lit, que Jinx s’avère le plus séduisant, le plus efficace et le plus juste. Mais l’aspect bavard peut aussi clairement desservir l’intrigue, régulièrement confuse et souvent ralentie par les sorties de route de l’auteur qui s’amuse à disséminer quelques longs flashbacks, un rêve en forme d’hommage à l’âge d’or Marvel ou tout un chapitre en montage parallèle… Comme autant de parenthèses qui distraient l’attention avant que la résolution, ironique, ne tombent finalement assez abruptement au bout de 300 pages bien tassées. Intéressant, original pour l’époque et parfois particulièrement marquant, Jinx est un comic imparfait où un auteur est encore en cours d’affutage et ne demande finalement qu’un projet comme Torso pour véritablement trouver ses marques et son rythme. Visuellement aussi le titre souffle le chaud et le froid, marquant par ses contours épais et ses lourds aplats ébènes un univers de polar noir moderne, mais le mélange entre les premières ébauches conçues comme un roman-photo (tous les personnages ont été joués par des acteurs, dont Bendis lui-même) et des retouches maniéristes imposantes, le tout au milieu des bulles de dialogues qui s’entrecroisent, ne facilitent pas toujours la lisibilité des passages les plus nerveux.
Certains n’ont jamais su se faire aux dessins de Bendis, qui finalement finira par se recentrer sur les scénarios uniquement, d’autres n’ont jamais adhéré à l’omniprésence des dialogues dans ses premiers comics, mais ces créations « débutantes » de l’auteur ont véritablement une énergie et une personnalité à part. Enfin réédité par Delcourt, l’intégrale de Jinx, mérite encore et toujours le détour, surtout qu’elle est ici accompagnée d’un cahier making of d’une cinquantaine de page, très complet et bourré de conseils, pertinents, de l’auteur.




